L’ancien président et commissaire au sein du Mauritius Turf Club (MTC) n’a pas perdu de son verbe malgré qu’il ne fait plus partie du board des administrateurs des courses. Il suit l’actualité hippique de près en particulier l’affaire Buttié dont il fut , en septembre 2013, le premier à  faire état au sein du board des commissaires. Jugeant qu’à  l’époque, personne au sein du board n’avait trouvé nécessaire de faire une enquête, il estime que désormais, «le board des administrateurs  n’a plus le droit moral de continuer», puisque ce même board n’a pas su prendre des décisions pour défendre l’intérêt des courses et du MTC.
—Jean-Michel Giraud vous n’êtes plus administrateur du MTC depuis février dernier. Néanmoins, vous ne pouvez ne pas être insensible à tout ce qui se dit actuellement sur votre club. D’abord, en tant que membre de ce club, quels sont vos sentiments?
—Croyez-moi je ne suis nullement surpris sur ce qui se dit ou sur ce qui s’écrit dans les journaux ces jours-ci. Depuis deux ans, j’ai tiré la sonnette d’alarme lorsque j’étais au sein du board des commissaires, aujourd’hui connu comme le board des administrateurs. En tant que membre de ce club, je suis vraiment peiné et en colère de voir ce qu’est devenu le MTC.
—Qu’est devenu le MTC selon vous?
— Tout sauf un club qui inspire le respect de ses membres et des turfistes.
— La Saga Buttié-Appavoo prend la direction du Champ de Mars. Vous avez en septembre 2013 demandé à ce que cette propriétaire de chevaux soit entendue par le board des commissaires sur des allégations des paris illégaux. Chose qui fut faite le 1er octobre. Qu’est-ce que les commissaires de l’époque n’avait pas vu qui pourtant intéresse aujourd’hui la police ?
— J’avais demandé à ce que le board des commissaires administratifs entende Mme Buttié en raison du fait que j’avais été mis en présence d’un certain nombre de documents qui tendent à montrer qu’il y a eu la pratique des paris illégaux. A l’époque, je dois vous le rappeler, que ces mêmes documents étaient la possession du président du MTC d’alors Gilbert Merven — ndlr: il est toujours président du MTC — un mois avant moi sans qu’aucune action ne soit prise. J’apprends ces jours-ci qu’il y a eu aussi une réunion le 26 août 2013, toujours avec le président Merven et cette fois en présence des commissaires administratifs Soobagrah et Ulcoq, de même que M. Parisi qui a fourni les documents en question  qui tendent à prouver qu’il y a eu des paris illégaux.
Donc ma première conclusion est que je n’étais pas le seul commissaire à être informé de l’existence de ces documents avant la réunion du board de la mis septembre et que tout ce beau monde n’a pas cru nécessaire, voire l’importance d’ouvrir une enquête. La police a cru bon de voir de plus près dans cette affaire, laissons les faire et nous verrons bien ce qu’il adviendra de l’enquête.
— Êtes-vous en train de dire, Jean-Michel Giraud, qu’au MTC on a essayé d’étouffer cette affaire?
— Je ne suis pas en train de dire qu’au MTC on a essayé d’étouffer cette affaire. Ce que je suis en train de dire c’est qu’il a fallu mon intervention pour que les choses bougent.
— Cette affaire revient au devant de la scène 7 mois après les faits…
—… C’est bien que finalement la police a trouvé qu’il a suffisamment de faits qui nécessitent une enquête. Le MTC avait bel et bien fait une déposition à la police à la mi-octobre 2013 avec une copie à la GRA. Il est clair aujourd’hui avec cette enquête policière que ni la Police des jeux ni la GRA n’ont réagi comme il se doit en pareille situation.
—Vous êtes de ceux qui croient que la GRA et la Police des Jeux sont des bouledogs sans dents?
— Je suis de ceux qui croient que la GRA et la Police sont des bouledogs  qui ne savent pas ou qui ne veulent pas utiliser leurs dents. Pourtant tout le monde sait, même au plus haut sommet de l’Etat, à quel point les paris illégaux font du mal à l’industrie des courses qui fait face à un manque à gagner et qui entraîne l’Etat dans ce manque à gagner.
— Le nom de Ian Paterson a été cité dans cette affaire, pensez-vous que vu l’ampleur qu’a prise l’enquête de la police, le Chief Stipe aurait dû prendre un congé du MTC ou démissionné?
— Je suis plutôt d’avis que le board des administrateurs du MTC devrait tout simplement mettre un terme au contrat du Chief Stipe avant qu’il ne demande un congé. Rien que pour ses dîners avec les propriétaires et des jockeys il aurait dû être sanctionné.
— Est-ce que la police vous a déjà contacté sur cette affaire et que cherche-t-elle?
— Non la police ne m’a pas encore sollicité dans le cadre de cette enquête. Mais si elle le fait c’est avec plaisir que leur donnerai mon éclairage sur cette affaire.
— Est-ce que le silence du MTC dans l’affaire The Colonel’s Son et Pierneef est douteuse, voire complice?
— Ce n’est pas le silence du MTC qui me surprend. C’est avant tout le silence de la GRA et de la Police des Jeux. Si j’en crois  tout ce qui a été publié sur cette affaire dans les journaux, la transparence demande qu’il y ait une enquête tout de suite. Non pas qu’on laisse le jockey Bénédict Woodworth prendre l’avion pour une destination inconnue après les faits.
— Pensez-vous que le président Merven a encore le droit moral de continuer à diriger votre club?
— Ce n’est pas le président du MTC qui n’a plus le droit moral de continuer à exercer son droit d’administrateur du MTC. C’est tout le board des administrateurs qui n’a plus le droit moral de continuer. Ils n’ont pas su ou n’ont pas pu prendre les décisions qu’il fallait pour défendre l’image des courses et le MTC en général.  Je pense qu’ils doivent sérieusement s’interroger s’ils doivent continuer ou non.
Vous réclamez le départ du board des administrateurs?
— J’espère que les membres de ce board ont une conscience et qu’ils prendront enfin les décisions pour la protection de l’industrie des courses à Maurice et à l’image de notre club.
Vous êtres d’avis que le MTC aurait dû convoquer une assemblée extraordinaire face à cette situation?
— Je crois plutôt que ce sont les membres du Club qui doivent agir et vite. Car si c’est le public turfiste qui le fait à leur place, la situation pourrait bien être très grave.