Jean-Patrick Mamet est un aventurier. De l’Asie à l’Amérique, il a vécu des moments incroyables. Il a gravi l’Himalaya en quatorze jours et a côtoyé plusieurs cultures qui l’ont marqué à vie. À l’instar d’un anthropologue, la rencontre humaine est importante pour lui. De Vancouver où il se trouve en ce moment, il raconte à Scope son parcours.
Jean-Patrick Mamet ne connaît pas le sentiment de peur face au danger. Cet ancien manager d’une compagnie de livraison de gazole et d’une compagnie de barrières de sécurité a tout plaqué pour vivre l’aventure. “J’ai tout quitté parce qu’il me manquait quelque chose. J’ai toujours eu envie de voyager et de découvrir le monde”, confie l’homme de 33 ans.

En 2016, l’habitant de Pointe aux Canonniers laisse tout derrière lui pour vivre son rêve. “C’était le moment de prendre une décision. J’ai décidé de tout quitter et de tout vendre.” Il part au Myanmar, en Thaïlande, au Cambodge, au Vietnam, aux Philippines, en France, en Italie, en Corse, en Sardaigne, au Maroc, au Sri Lanka, en Inde, au Népal, en Chine, en Mongolie et au Canada. “Je suis repassé à Maurice et je suis reparti. Ma famille me manque mais c’est un choix que j’ai fait. Je me fais à l’idée de ne pas voir mes proches tout de suite.”

L’Himalaya, le défi d’une vie.
Le globe-trotter poursuit son rêve malgré les aléas. “C’est quand même une autre vie d’être sur la route.” De voyager, vivre dans des chambres minuscules qui ne sont pas souvent très propres, avec pour seule possession un sac à dos. “Je suis parti avec un backpack d’environ 14 kilos. J’avais deux paires de chaussures et des savates, trois pantalons, trois shorts et quatre t-shirts. J’avais aussi un autre petit sac où je mettais mon appareil photo et mon Mac portable pour essayer d’être connecté.”

Sa première destination est le Myanmar. Première destination, premier grand choc. La culture et les temples sont incroyables. Ce voyage le marque à vie. Il y reste pendant un mois. Il essaie de s’imprégner de la culture du pays et de passer du temps avec les gens. “J’ai été choqué dans tous les sens. Je n’avais pas fait de recherches en débarquant là-bas. Les gens sont magnifiques”, raconte celui qui s’est nourri de scorpions, de serpents, de cancrelats et d’insectes durant ses voyages en Asie.

L’explorateur tente l’expérience de grimper l’Himalaya. Il y fait un trek de 14 jours jusqu’au camp de base de l’Everest, considéré comme l’un des treks les plus élevés au monde. C’est le défi d’une vie. “L’Himalaya, c’est quelque chose que j’ai toujours eu envie de faire.” De Varanasi en Inde, il traverse la frontière en bus jusqu’au Népal. Arrivé à Kathmandu au Népal, il cherche un guide. Un Anglais de 21 ans l’accompagne. “Il faisait moins 20 degrés. Il fallait s’habituer à l’altitude et laissait son corps s’adapter au manque d’oxygène.”

“Plus on avance, moins il y a de l’oxygène”.
Chaque jour se révèle un nouveau défi. Son compagnon de route est tombé très malade durant le trek. Il avait le mal de l’altitude. Il avait des vomissements et ne pouvait pas respirer. “On était au milieu de nulle part sur la montagne. On était trop haut, on ne pouvait pas redescendre. On a pris le gars sur nos épaules pendant deux heures et on l’a emmené jusqu’au camp de base. On a eu vraiment peur. Comme il neigeait, il a fallu passer la nuit avec ce jeune Anglais qui n’arrivait pas à respirer. Même le guide n’a jamais vu ça de sa carrière. Il est parti en hélicoptère le lendemain.”

Jean-Patrick vit une expérience intense à une altitude de plus de 8,000 mètres. La vue est époustouflante. “J’ai vu tous les jours des hélicoptères transportant des gens malades. En haut, j’ai été à un endroit où un homme était mort. Tout cela joue sur le mental”, explique-t-il. Selon le site france24, depuis 1978, il ne s’est pas écoulé une seule année sans que quelqu’un ne perde la vie en essayant de grimper l’Everest. “Tous les jours, je me réveillais et me disais : one more day. Plus on avance, moins il y a de l’oxygène. C’est comme dans les films. On marche un pas après l’autre. Ce qui est impressionnant, c’est qu’on peut mourir à n’importe quel moment.”

Chasse à l’aigle.
D’un continent à l’autre, il vit chaque jour quelque chose de différent. La Mongolie a été une découverte exceptionnelle. Jean-Patrick est allé près de la Sibérie à la rencontre des Tsaatans, des éleveurs de rennes qui vivent dans la forêt boréale, au nord-ouest de la Mongolie. Ils vivent dans des tipis en bois et en peau de rennes dans des conditions inimaginables. “C’est très difficile de voyager seul en Mongolie. Il n’y a pas d’infrastructure et la langue est vraiment compliquée. Je communiquais souvent par des gestes ou en mimant.”

Curieux de connaître la culture mongole, il part à la chasse à l’aigle avec des Kazakhs qui connaissent des chasseurs à l’aigle des montagnes de l’Altaï. Ils se rendent sur une colline pour avoir une vue sur le paysage afin de faciliter le repérage de la proie. “Sur la colline, on enlève le cache-tête de l’oiseau afin qu’il puisse se repérer et surtout repérer la proie. Une fois qu’on repère la proie, on enlève l’attache qui maintient l’aigle sur notre bras et avec un mouvement du bras vers la proie, l’aigle comprend et s’envole et fonce sur la proie.” Les aigles ont une vue impressionnante. Ils peuvent voir un animal à deux ou 3 kilomètres. Ils tuent en général leur proie avec leurs serres et reviennent vers le chasseur quand ce dernier les appelle.

Rencontres humaines.
Jean-Patrick Mamet fait actuellement une longue escale à Vancouver au Canada. Il essaie de trouver un job pour concrétiser ses projets. Il souhaite faire une exposition à Maurice des moments qu’il a immortalisés durant ses voyages et éditer un livre de photos. Pour l’instant, le pigeon voyageur profite du temps avant que l’hiver n’arrive mais reste ouvert à l’aventure. Il est tenté de visiter l’Amérique. “Mon rêve maintenant, c’est faire du chien de traîneau, aller dans le grand Nord voir les ours polaires, découvrir les Indiens d’Amérique et l’Amérique latine. Je suis à la recherche d’un contact en ce moment pour aller voir une tribu. J’aimerais connaître un peu plus leur culture, leur parler et connaître leur vision du futur”, dit-il au téléphone en allant sur les lieux de tournage des séries télévisées américaines Legends of tomorrow et Good Doctor, où il est figurant. Il a aussi tourné pour Supergirl, une série américaine.

Ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les rencontres humaines. Jean-Patrick Mamet a l’âme d’un anthropologue. “Ce n’est pas évident tous les jours de s’adapter à une culture qui n’est pas la nôtre. Il faut rester ouvert et respecter les coutumes, les mœurs et les opinions des autres.” Le Mauricien sort grandi à chaque fois qu’il met les pieds dans un nouveau pays. “J’ai le cœur gros et la tête remplie de souvenirs à chaque fois que je pars.”