L’appréciation de la roupie par rapport à l’euro, qui connaît depuis ces derniers temps, avec notamment une baisse d’au moins Rs 2 sur chaque euro pour les exportateurs de mai à juin, reste au centre des préoccupations conjoncturelles. Dans cette perspective, le Joint Economic Committee (JEC) n’occulte pas le fait que des signes évidents de nervosité sur le plan de l’emploi se font de plus en plus sentir. En ce qui concerne le taux de change de la roupie, les exportateurs brandissent les commentaires du Fonds monétaire international (FMI) dans les dernières Article IV Consultations pour réclamer une correction de la Banque de Maurice.
Au sein de la communauté des affaires, avec le premier semestre bientôt écoulé, la conjugaison de facteurs économiques défavorables venant se greffer sur le taux de change de l’euro fait qu’il devient de plus en plus difficile de faire état de Feel Good Factor pour 2012. Toutefois, les consultations avec le gouvernment, notamment au niveau du Technical Working Group, sous l’égide du ministère des Finances, se multiplient pour se pencher sur la situation.
« L’industrie sucrière s’apprête à réviser à la baisse les estimations de la récolte sucrière, initialement fixées à 430 000 tonnes. Dans le secteur manufacturier, de sérieuses indications existent au sujet d’éventuelle délocalisation d’au moins 20% des activités de certains opérateurs pour consolider leur présence sur le marché sud-africain. Le secteur des services financiers tentent toujours de recoller les pièces après les séquelles du dernier budget de l’Inde et la menace de l’introduction du General Anti-Avoidance Rule. Avec ces développements, même le Revised Target de 3,6% de croissance, cette année, risque de ne pas se matérialiser », s’interrogent des opérateurs économiques.
D’autre part, les premiers signes caractérisant le marché de l’emploi ne sont guère réconfortants. « Nous avons constaté que certains secteurs économiques ont fait l’impasse sur l’embauche des contractuels. Nous constatons également des signes de nervosité par rapport à l’emploi, alors que les relations entre les banques commerciales et les entreprises deviennent de plus en plus complexes. Du moins, ce que l’on puisse dire. Tout cela n’augure pas de perspectives positives », fait-on comprendre dans les milieux du secteur privé, qui maintient que tout doit être mis en oeuvre pour sauvegarder des emplois en cette période.
« En sus des craintes de pertes de commandes avec la morosité sur les principaux marchés en Europe, nous nous retrouvons avec un taux de change de la roupie face à l’euro à notre net désavantage. Un euro sous la barre des Rs 35 ne fera que mettre en péril tous les Productivity Gains générés par la réforme engagée dans l’industrie sucrière avec l’élimination du Protocole-Sucre accompagnée d’investissements massifs et la restructuration du secteur textile avec le démantèlement de l’Accord Multi-Fibre (AMF). Pour l’ensemble de l’économie, les risques sont énormes », soutiennent les opérateurs économiques conscients de l’enjeu de l’heure.
« Même si du côté de la Banque de Maurice, l’on peut parler de contraintes pour agir, nous pensons que la marge de manoevre existe. Dans sa dernière analyse sur l’économie, le FMI a évoqué la possibilité d’une correction dans le taux de change de la roupie. Le moment n’est-il pas propice pour cet ajustement dans le taux avant qu’il ne soit trop tard ? Il y a encore à agir sur le différentiel du taux d’intérêt », fait comprendre le JEC en souhaitant voir s’exprimer lors des prochaines délibérations du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice une « cohérence plus précise » de la politique monétaire.
En conclusion, le JEC se dit extrêmement inquiet des répercussions à Maurice de la crise qui se déploie sur le front européen. « C’est clair qu’il y une nette détérioration quand on sait que le taux de chômage de 11% est le plus élevé depuis la constitution de ce bloc économique. Surtout quand on prend connaissance de la déclaration de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, à l’effet que la solution à la crise en Européenne n’est pas pour demain, nous pouvons nous poser la question sur le Double Dip », soutient le JEC, qui fait un véritable plaidoyer en faveur d’une reprise et de l’approfondissement du programme de réforme.
Cette prise de position rejoint les commentaires des directeurs exécutifs de la Banque mondiale lors des discussions pour l’octroi du Public Sector Performance Development Loan Policy de 20 millions, avec pour document de base le scénario-catastrophe de 1,7% pour 2012.
« Directors welcomed the complementarity and mutually reinforcing approach, and recommended continued dialogue with authorities, particularly in areas where reforms may be complex and sensitive. They also encouraged staff to support authorities in accelerating reforms and sought clarification on the timeline to achieve these reforms », note un document intitulé « Summary of Discussion » sur ce prêt de 20 millions dollars et qui peut être consulté sur le website de la Banque mondiale.