Le 50e anniversaire des relations diplomatiques entre l’Australie et Maurice se traduit actuellement par une kyrielle de manifestations. Le Mauricien a rencontré cette semaine Jenny Dee, Haute-Commissaire de l’Australie à Maurice. Elle évoque les profonds rapports entre nos deux pays sur plusieurs décennies, avant même l’établissement des relations diplomatiques. Aujourd’hui, l’Australie est la destination préférée des étudiants mauriciens. Nos deux territoires sont très actifs dans la région, notamment à travers l’IORA en vue de promouvoir les connexions entre les pays du pourtour de l’océan Indien et pour assurer la sécurité maritime, combattre les trafics illicites et la pêche illégale. Ils militent pour un développement inclusif dans la région et multiplient les efforts pour le développement de l’économie bleue.

L’Australie célèbre cette année son 50e anniversaire de relations diplomatiques avec Maurice. Pouvez-vous nous en parler ?
Je pense que la période de mon mandat a été très importante. En 2018, nous avons eu le privilège d’être ici à Maurice pour célébrer ces 50 ans d’indépendance. Et maintenant, en 2020, nous avons l’occasion de célébrer les 50 ans des relations diplomatiques officielles entre nos deux pays. Les relations diplomatiques ont été officiellement annoncées en septembre 1970. Le premier haut-commissaire australien accrédité était en fait à Dar es Salaam. Nous avons établi la résidence du haut-commissaire australien à Maurice en 1984. Je suis le 16e haut-commissaire australien accrédité à Maurice

En nous concentrant sur nos 50 ans, ce qui constitue une étape importante, nous donnons vraiment cette opportunité de réfléchir sur nos relations, mais aussi de nous concentrer sur les domaines où nous voulons créer un lien plus fort. Il existe des relations très spéciales entre l’Australie et Maurice du fait que nous sommes membres du Commonwealth. Pendant des années, il y a eu des liens avec la Fédération australienne et ce, avant l’indépendance mauricienne. Ils sont également basés sur des valeurs similaires telles que le respect de la démocratie pour les droits de l’homme, la diversité, la tolérance, des communautés multiculturelles ouvertes et inclusives. L’Australie possède l’une des plus grandes communautés de la diaspora mauricienne au monde. Officiellement, on peut identifier 30 000 Mauriciens. Les autorités mauriciennes pensent que c’est plus important que ça. La diaspora apporte une contribution très significative au développement économique en Australie.

Quelles sont les activités prévues dans le cadre de cette célébration ?
Nous avons commencé notre célébration en janvier. Nous allons organiser des événements phares tout au long de l’année. Nous avons commencé à nous concentrer sur le lien avec la diaspora à travers la merveilleuse exposition intitulée “Motherland” où nous avons ramené probablement l’un des principaux artistes mauriciens-australiens en Australie, Robert Malherbe. Il est né à Rose-Hill. Il est parti comme un garçon de sept ans avec sa famille en Australie dans les années 1970. Il a saisi sa première opportunité à 54 ans, il est un artiste de renom pour revenir à Maurice et peindre sa patrie. Son exposition lancée par le président de la République reste ouverte au public le reste de la semaine. Le jour de l’Australie, le 26 janvier, j’ai eu l’honneur d’offrir au Premier ministre du gouvernement mauricien, au nom du gouvernement australien, un des tableaux sans titre de Roberts Malherbe montrant un nénuphar sans titre dans le jardin de Pamplemousses.

En y réfléchissant, on se rend compte que les relations entre Maurice et l’Australie sont très profondes et datent de très longtemps. Matthew Flinders réalisa les cartes de son voyage autour de l’Australie alors qu’il était en détention à Maurice qui était connue comme Isle de France…

Elles sont beaucoup plus profondes. Le thème pour ce 50e anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays est « Partenaires dans l’océan Indien ». Nous sommes connectés à travers l’océan Indien bien avant l’indépendance de la Fédération de l’Australie. À l’époque, nous avions des mouvements de personnes, de biens, de services entre Maurice et l’Australie. Une des œuvres caractéristique de ces échanges a été peinte par Robert Malherbe. L’explorateur britannique Matthew Flinders a fait le tour de l’Australie. Sur le chemin du retour à bord de son bateau vers la Grande-Bretagne, il a fait halte à Maurice, précisément à Baie-du-Cap. À son arrivée, il a été arrêté et incarcéré par les autorités françaises et a vécu dans l’île pendant sept ans en compagnie de son chat.
La publication de la carte et de son journal en Grande-Bretagne avait pris une dimension historique. C’était la première fois que l’Australie apparaissait sur une carte. Nous avons également des liens historiques en ce qui concerne les travailleurs engagés et le commerce de l’esclavage. Donc, l’Australie et Maurice sont connectés historiquement par l’océan Indien. Ce qui explique que le facteur clé de la coopération entre nos deux pays aujourd’hui est l’économie bleue.

Nous avons également beaucoup appris de Maurice, notamment dans des secteurs clés qui ont contribué à l’économie australienne comme l’industrie de la canne à sucre. Des experts mauriciens dans le domaine sucrier se sont rendus en Australie et ont soutenu le développement de l’industrie de la canne à sucre dans le Queensland dans les années 1800.

Je suis très heureuse qu’au tournant de ce lancement, nous avions des représentants de l’Université de Technologie du Queensland. Celle-ci travaille avec le MSIRI et Omnicane sous l’égide du Mauritius Research and Innovation Council. Ils cherchent comment utiliser la bagasse dans la production du bioplastique. Nous avons commencé il y a quelques centaines d’années à apprendre de Maurice sur la façon de développer l’industrie de la canne à sucre, mais il existe une expertise dans les deux sens entre l’Australie et Maurice depuis de nombreuses années dans des secteurs clés. L’agriculture évolue. On utilise aujourd’hui la technologie de pointe dans la production agricole ainsi que dans d’autres secteurs, comme l’économie bleue.

L’autre aspect de la célébration des 50 ans des relations diplomatiques concerne les liens de personne à personne. L’accent est mis sur la diaspora et leur contribution dans le développement du pays à leur retour dans l’île. Au cours du deuxième semestre, nous tiendrons le premier Australian Alumni Award pour reconnaître les réalisations des Mauriciens, qui ont obtenu un diplôme australien et qui ont eu un impact incroyable sur le développement de Maurice dans de nombreux secteurs. Il y a d’autres événements qui seront organisés en vue de mettre en valeur nos liens, mais aussi notre coopération dans de nouveaux domaines. Ainsi, nous mettons l’accent sur l’égalité des sexes et l’autonomisation économique des femmes.

Comment la coopération entre nos deux pays a-t-elle évolué au fil des années durant les 50 années ?
La coopération a évolué en fonction du développement de l’économie dans les deux pays et en fonction de la technologie. Je dirais que le changement clé dans la relation de 1970 à 2020 est la profondeur et l’étendue des relations économiques et commerciales, qui existent entre les deux pays et la possibilité de s’appuyer sur cela. De toute évidence, nous avions, dans le passé, un programme de coopération au développement ici à Maurice, comme nous l’avons fait dans une Afrique plus large. Alors que Maurice continue d’améliorer son niveau économique en tant que pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et son aspiration à devenir un pays à revenu élevé au cours des prochaines années, cela modifie naturellement les relations entre nos deux pays. On a donc tenté une approche de partenariat. En même temps, nous sommes devenus des partenaires plus forts dans le système régional et multilatéral. L’océan Indien a gagné en importance. Nous avons vu Maurice prendre le leadership en accueillant des institutions clés dans le cadre de l’architecture de la région, par exemple l’Association régionale de l’océan Indien, qui est la principale association de la région. Le secrétariat est hébergé à Maurice.

La coopération entre nos deux pays a tenu en ligne de compte la croissance économique et le développement économique de nos deux pays. En même temps, elle a évolué dans les forums internationaux alors que nous collaborons dans l’organisation régionale et dans les domaines émergents, dont la santé de l’océan et le changement climatique. Il est intéressant de noter que Maurice accueille le Commonwealth Climate Finance Access Fund. Notre partenariat s’est approfondi dans des domaines, où nous savons qu’il nous faut travailler de concert afin de relever les défis auxquels nos pays sont confrontés.

Quels sont les secteurs qui intéressent l’Australie à Maurice?
D’un point de vue bilatéral, nous nous intéressons à l’agenda économique du gouvernement. Le nouveau vient de présenter son programme de développement. Nous travaillons avec le gouvernement dans les domaines considérés comme prioritaires. Le domaine dans lequel nous avons fait beaucoup de progrès est l’éducation et la recherche. Maurice a besoin de former sa population dans tous les domaines. Notre coopération coïncide également avec la volonté de Maurice de devenir un “education hub” en attirant les étudiants d’Afrique et d’ailleurs.

L’Australie est une destination populaire pour les étudiants mauriciens et nous sommes fiers de cela. L’Australie dispose d’un système d’éducation très avancé. Nous sommes la troisième destination la plus populaire du monde. Nous avons au moins 16 institutions classées parmi les cent meilleures universités du monde. Des universités australiennes se sont implantées à Maurice et attirent des étudiants africains dans l’île. Nous avons une grande expérience aussi bien dans l’éducation de l’université que dans l’éducation vocationnelle. Nous travaillons également avec Maurice dans le domaine de la recherche qui se fait sur une base bilatérale. Nous souhaitons voir un plus grand nombre d’Australiens venir à Maurice pour participer à des travaux de recherche. L’année dernière, l’Université de Curtin a ouvert son premier campus à Maurice.
Nous sommes aussi engagés dans les qualifications professionnelles. Un millier de personnes ont, dans ce contexte, étudié en Australie ou par le biais des cours par correspondance.

Des partenariats ont été développés entre les institutions australiennes et mauriciennes. Ainsi, Polytechnics Mauritius et la Trobe University ont récemment signé un accord de partenariat pour la formation des infirmiers mauriciens. L’année dernière, un protocole d’entente avait été signé entre Polytechnics Mauritius et l’Université Murdoch.
D’autres projets sont en cours avec l’Université d’Adelaid pour la formation dans le domaine de l’entreprenariat. La Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO) a signé un accord avec le ministère de l’Économie bleue et de la Pêche. Le gouvernement continue à mettre des bourses à la disposition des étudiants mauriciens. Des cours à court terme dans les domaines prioritaires sont également organisés. Ils concernent le changement climatique, l’immigration, la politique en ce qui concerne la santé mentale, la formation professionnelle et la politique commerciale.
Plusieurs partenariats ont été mis en place dans le domaine de l’Économie bleue. À ce propos, il existe un accord entre l’University of Western Australia et l’Université de Maurice et certains hôtels. Il est surtout question de l’érosion côtière et l’adaptation des coraux. Des experts privés travaillent actuellement sur la restauration des coraux à Mon-Choisy, entre autres.

Par ailleurs, nous félicitons Maurice pour son classement dans “l’ease of doing business”. Nous savons que Maurice a pris l’engagement de maintenir un standard international en ce qui concerne la transparence, sur la politique fiscale, sur la sécurité financière qui sont très importantes à un moment où opérateurs australiens considèrent Maurice comme un centre financier international. Je sais que beaucoup d’entreprises australiennes ont l’intention d’utiliser Maurice pour leurs investissements en Afrique.

Y a-t-il beaucoup d’entrepreneurs australiens qui utilisent déjà Maurice comme base pour leurs investissements en Afrique ?
Il y a une bonne centaine de compagnies australiennes qui sont installées à Maurice. Plusieurs entreprises qui sont très intéressées dans le domaine de produits alimentaires et la boisson avec l’île Maurice. Une large variété de produits est actuellement disponible sur le marché mauricien. Il y a même une boutique spécialisée dans le vin australien et connue comme Audacity Wines, qui a ouvert ses portes à Flacq. L’Australie commercialise des viandes de qualité à Maurice. Récemment, un festival culinaire a été organisé. Cela a été l’occasion de présenter des viandes de qualité qui sont commercialisées dans l’île et distribuées dans les hôtels.

Quid de la connectivité entre Maurice et l’Australie ?
La connectivité joue un rôle majeur dans les relations entre Maurice et l’Australie. Air Mauritius assure actuellement deux vols par semaine. Nous aurions aimé voir plus d’échanges entre nous deux pays que ce soit en ce qui concerne les personnes que les produits et services. Je suis convaincu qu’il y a encore beaucoup de potentiel à explorer. Le nombre de touristes australiens visitant Maurice s’élève actuellement à 25 000. Ce qui est bon. Mais on peut faire mieux, tenant en compte le nombre des étudiants mauriciens qui étudient en Australie et la croissance des échanges commerciaux non seulement pour desservir Maurice, mais également pour toucher d’autres pays sur le continent africain.

L’Australie accorde une grande importance à l’Indian Ocean Rim Association. Quelle est la pertinence de cette organisation ?
L’Australie attache une grande importance à l’océan Indien. Nous voulons que la région de développement de manière ouverte, équitable et d’une matière inclusive tout en respectant les règles et qui engendre la coopération entre les pays de la région. Par conséquent, l’Australie accorde une grande importance à l’aide accordée aux architectures et institutions régionales afin qu’elles soient plus efficaces. Tout comme Maurice, l’Australie dépend de la sécurité dans la région pour notre sécurité, mais aussi pour notre développement économique. 90% du commerce australien transitent par l’océan Indien. L’IORA est une organisation régionale importante, qui regroupe tous les États côtiers et Maurice occupe une place très importante dans cette architecture régionale dans la mesure, où elle accueille le secrétariat de l’organisation. L’Australie a assuré la présidence de l’organisation entre 2013 et 2015.

Nous avons utilisé cette présidence pour promouvoir l’économie bleue et le développement économique. L’Australie participera activement à l’atelier de travail qui sera organisé conjointement par l’IORA et l’Indian Ocean Blue Carbon Hub sur le Blue Carbon Finance, qui aura lieu à Maurice les 25 et 26 février prochains. L’Australie aide les pays de la région dans le domaine de “search and rescue”.

Nous voulons également promouvoir le commerce entre les pays membres de l’Indian Ocean Rim Association qui est encore insignifiant. Nous avons également financé à la réalisation d’une étude sur les barrières aux commerces dans la région. L’Australie est aussi très attachée à l’autonomisation des femmes et des filles. Notre ambassadeur pour les femmes et les filles a visité Maurice l’année dernière à l’occasion de la réunion ministérielle sur l’autonomisation des femmes.

La haute commission australienne s’est également beaucoup intéressée à l’égalité du genre à Maurice. Pouvez-vous nous en parler ?
Nous avons aussi financé la création du “gender observatory” et avons aidé les autorités mauriciennes à collecter les données concernant les genres. En collaboration avec l’UNDP et d’autres organisations, nous participons aux efforts en vue de réduire la violence contre les femmes. Nous aidons le ministère des Genres et l’UNDP dans la campagne pour conscientiser la population sur ce problème qui nécessite un changement de culture et des actions fermes et courageuses et qu’il y ait plus de respect à l’égard des femmes. À ce propos, nous avons à travailler également avec les hommes.

Pouvez-vous nous donner les dernières nouvelles concernant les incendies qui continuent à affecter l’Australie ?
C’est vrai que nous avons connu une des périodes les plus sèches de notre histoire. Cela s’est aggravé avec le changement climatique. Les incendies ont fait beaucoup de dégâts, ont détruit des maisons ainsi que la flore sauvage. Le gouvernement est intervenu promptement en créant les plans pour permettre aux victimes de reprendre leur vie normale. Ces incendies ont aussi provoqué un élan de solidarité entre les populations à l’intérieur de l’Australie et ont aussi attiré beaucoup de sympathie au niveau international, y compris Maurice. Si les incendies sont sans précédent, il faut savoir qu’une bonne partie de l’Australie n’a pas été affectée et la vie économique, touristique et estudiantine se poursuit normalement. Beaucoup de réflexions sont actuellement menées sur la façon de se protéger contre les effets de ce genre de désastres en ce moment.

Malgré cette riche coopération entre nos deux pays, les Chagos constituent le seul point où une incompréhension subsiste…
L’Australie et Maurice ont eu l’occasion de discuter de la question des Chagos. Notre position est comprise par Maurice. Nous savons que l’UN Decolonisation Agenda n’est pas complété. Nous encourageons fortement le dialogue entre Maurice et la Grande-Bretagne sur cette question.