Sur les traces de Judex Lefou, du haut de ses 18 ans, Jérémie Lararaudeuse est le plus jeune médaillé d’or de l’histoire des Jeux des Iles au 110m haie. Fraîchement élu Junior Sportman of the Year, ce petit gars originaire de Cité Loiseau à Curepipe est avant tout un fonceur dans l’âme. En effet, du haut de son mètre quatre-vingt, les haies, comme les obstacles de la vie, l’athlète les franchit facilement, équipé d’une détermination à toute épreuve.

15 février 2020. Château Labourdonnais, Mapou. Nominé face au badiste Alexandre Bongout et du leveur de fonte Willem Emile au National Sports Award 2019, le spécialiste du 110m haies entend son nom retentir dans l’assistance, le consacrant Junior Sportman of the Year. A la surprise et la joie s’entrechoquent d’autres sentiments. Jérémie Lararaudeuse se repasse le fil de sa vie dans sa tête, “d’où je viens et où je suis aujourd’hui.” Presque tremblant, il repense à sa mère Géraldine, celle à qui il doit en majeure partie ce triomphe.

Dépassement

Issue d’une famille modeste, avec un époux plombier sa mère a toujours “accumulé plusieurs petits boulots, pour veiller à ce que je ne manque de rien. C’est elle, qui a tout fait pour m’offrir mon premier survêtement de sport et qui m’a insufflé, presque malgré elle, ce besoin de toujours et encore plus me surpasser.” Jérémie Lararaudeuse rejoint l’athlétisme presque par hasard à l’âge de 13 ans. Les athlètes du Mauritius College avaient droit gratuitement au survêtement de l’école. “J’ai fait part à ma mère de mon souhait d’acheter un tracksuit. Malheureusement, elle m’a répondu qu’elle n’avait pas les moyens dans l’immédiat.” La tristesse et la déception se sont très vite dissipées car Jérémie a toujours été conscient des énormes sacrifices de sa mère pour faire bouillir la marmite. Pourtant, dès le lendemain, sa mère trouva la somme nécessaire. “Même si c’était trop tard pour réserver, ce qui comptait le plus, c’est l’effort consenti par cette dernière qui a tout fait pour me faire plaisir”. Parallèlement, quand Jérémie Lararaudeuse lui rend l’argent, il distingue la tristesse sur son visage. Dès lors, le jeune homme se met en tête de faire du sport, uniquement pour ne pas avoir besoin de dépenser pour s’acheter ce survêtement.

Jérémie Lararaudeuse en compagnie de sa mère, Géraldine.

Dans la cour des grands

En débutant les entrainement, il se rend compte qu’il est doué car il arrive même à battre les athlètes dans les clubs. “A l’époque, je ne voyais pourtant pas plus loin que ce tracksuit que j’allais obtenir gratuitement tous les ans.” C’est un ami qui lui ouvre les yeux sur son talent et l’exhorte avec des “mots sages” à prendre cette discipline au sérieux. Jonglant entre études et sport, il se donne à fond dans les entrainements, intègre le club Curepipe Warriors et se hisse comme favori au 800m. Invité par son enseignant de P.E à rejoindre le 110m haie par rapport à sa taille, il fait sensation pour les inters-collèges avec une “performance proche du record régional.”

Sous la houlette de George Vieillesse du Rose Hill Athletics Club, il progresse d’avantage en sprint. Le junior rafle tout sur son passage lors des compétitions nationales et régionales. Médaillé d’argent aux Jeux d’Afrique de la Jeunesse en 2018 et aux Championnats Junior d’Athlétisme en 2019. Celui qui voulait déjà détrôner les Réunionnais en 110 mètres haies lors des JIOI 2014, rentre dans la cour des grands.  Se frottant à des rivaux de calibre, il devint l’année dernière le plus jeune médaillé d’or de l’histoire des Jeux des Iles au 110 m haies.

Etre considéré comme le successeur de Judex Le Fou, “représente pour moi une pression positive. Savoir qu’il y a des gens qui croient en moi, me pousse à aller de l’avant et me dire que ce rêve m’est accessible.” Il est aussi et surtout reconnaissant envers ceux qui l’ont encadré et encouragé, comme ses entraineurs et la fédération.

Modeste départ

Au décès de sa grand-mère, la petite famille originaire de Castel vient s’installer dans la maison de cette dernière à Cité Loiseau où nous rencontrons le jeune champion. Dans ce quartier, il s’est toujours fait très discret, enchainant entre ses cours, ses entrainements et ses compétitions. “C’est suite à ma performance aux JIOI que les habitants du coin ont commencé à me connaître”, explique ce dernier. Lorsque nous le rencontrons, de retour la veille d’un voyage en Afrique du Sud dans le cadre d’un African Tour, Jérémie Lararaudeuse est pourtant déjà prêt à reprendre le chemin des entrainement dans l’après-midi. “Ma mère me dit souvent que je voyage plus en avion, qu’en bus.”

Jérémie Lararaudeuse, c’est aussi un sourire à toute épreuve.

Le jeune homme tient aussi à nous raconter cette époque où il a débuté l’athlétisme avec un modeste départ. “Je n’avais en tout et pour tout qu’une seule paire de chaussures pour aller à l’école, sortir et m’entrainer. Lors des compétitions, j’empruntais les chaussures à pointes à mes amis, pour les leur rendre presque aussitôt.” Pourtant, il est reconnaissant à la vie pour tout ça. “Si je n’avais pas grandi dans une famille modeste, je ne me serais jamais autant démené pour atteindre ce niveau.” Aujourd’hui, il fait la fierté de tout un quartier, de sa famille et surtout de sa mère. “Elle est fière que je sois en mesure de réaliser mes rêves et que je sois là où personne ne m’aurait attendu.”

La vie du jeune homme pivote autour du sport.

En effet, nourrit à la modestie, le spécialiste du 110m haie s’est toujours laissé guider par un esprit de dépassement. “Je suis en compétition avec les autres, mais avant tout avec moi-même.”