Avocat de formation, Jérôme Poivey qui assure la bonne gouvernance au sein des Comités Nationaux Olympique (CNO) et les relations de ces derniers avec l’Etat était à Maurice avec deux mandats. D’abord rencontrer le ministre des Sports, Devanand Ritoo, autour du Sports Act et de l’Etat des relations avec le Comité Olympique Mauricien. Mais aussi pour discuter avec les secrétaires généraux de l’ACNOA qui étaient en séminaire durant deux jours à Grand Baie. Week-End a profité pour faire un exercice de questions-réponses durant lequel le Suisse a fait étalage de son talent du VRP et diplomate du CIO.
Jérome Poivey, votre carte de visite indique que vous êtes le Head of Institutional Relations and Governance du CIO . Pouvez-vous nous expliquer dans les faits vos responsabilités ?
— Dans les faits, je suis le General Manager d’une instance qui gère tous les aspects légaux des 204 Comités Nationaux Olympiques (CNO) reconnus par le Comité International Olympique (CIO). Mon bureau s’assure, de ce fait, que ces CNO fonctionnent selon les principes établis dans la Charte Olympique. Nous nous occupons aussi des problèmes relationnels qu’un CNO puisse avoir avec les autorités, qu’elles soient gouvernementales ou autres. Pour résumer, mes collaborateurs et moi avons la tâche de veiller que tous les CNO puissent travailler en toute autonomie.
La réunion à laquelle vous avez participé à Maurice avec le Comité Olympique Mauricien et le ministère de la Jeunesse et des Sports, vous animez beaucoup comme cela dans le monde ?
— Malheureusement oui. Cependant je vous dirai que ces types d’interventions se font essentiellement en Amérique Latine, en Afrique et en Asie.
Statistiquement , vous en avez participé à beaucoup plus sur quel continent ?
—  Tous les 204 CNO ont des problèmes similaires, surtout dans leurs relations avec l’Etat. C’est pour cette raison que le CIO n’arrête pas de dire et de favoriser des relations cordiales entre les CNO et les instances de l’Etat, mais dans le respect de l’autonomie des CNO. Je ne cacherai pas non plus que j’ai été appelé à intervenir dans de nombreuses situations et autrement plus difficiles que celle de Maurice, en Afrique en particulier.
Difficiles comme le cas de la Gambie ou du Koweït par exemple ?
—  Vous avez tout à fait raison.
Pourquoi selon vous les CNO ont des problèmes relationnels avec l’Etat ?
— Vous devrez le savoir, les problèmes relationnels entre ces deux instances ne datent pas d’hier. Cependant sur la base des informations que mon bureau dispose, il s’avère que la situation la plus fréquente qui monte à la surface de ces problèmes relationnels entre les CNO et l’Etat, le mot ingérence est omniprésente. Mon devoir c’est de s’assurer que tel n’est pas le cas.
Est-ce que c’est le cas pour Maurice ?
—  Il n’y a pas,  proprement dit, un problème d’ingérence dans le cas de Maurice. Loin de moi cette idée.  Le problème à Maurice est assez particulier dans le sens où vous avez une loi, le Sports Act, qui a besoin d’être mise au goût du jour. Pour Maurice ma mission, comme c’est souvent le cas ailleurs, était de réunir autour d’une table les différents partenaires pour que, à l’avenir, ils travaillernt ensemble pour donner la meilleure loi possible aux mouvements sportifs qui garantisse un élément primordial pour le CIO: l’autonomie du mouvement olympique.
Avez-vous eu l’assurance du ministre Devanand Ritoo sur ce point ?
—  Oui, votre ministre des Sports a été très réceptif sur les points que j’ai avancés et qui va dans le sens de garantir l’autonomie du mouvement olympique. Il est aussi important que le CNO de Maurice et le ministère de la Jeunesse et des Sports communiquent de façon beaucoup plus professionnelle et de ne pas utiliser la presse pour cela.
Nous savons qu’il a été décidé de ne pas en dire plus après la réunion de mercredi, mais nous posons néanmoins la question : c’est quoi le problème avec le Sports Act ?
—  Laissez-moi vous dire d’abord qu’il est important, même essentiel et crucial, qu’un pays ait une loi sur le sport. Toutes les grandes nations du sport en ont une. Mais une loi sur le sport doit être avant toutes choses une loi  cadre qui définisse les rôles et les responsabilités de tout un chacun dans un contexte national. La loi doit être très basique et n’intervient pas trop dans l’organisation interne d’une fédération.
Est-ce le cas actuellement avec le Sports Act ?
—  Pas nécessairement. J’ai fait part de mes observations au ministre et son équipe sur ce qui se fait actuellement dans les nouvelles lois sur le sport à travers les Fédérations Internationales.
Si on comprend bien, vous êtes parvenu à recoller les morceaux dans les relations entre le MJS et le CNO ?
— Pas du tout. Je suis venu à Maurice dans le cadre du séminaire des secrétaires généraux de l’ACNOA, comme je le fais tous les ans. J’ai profité de cette visite pour rencontrer le ministre Ritoo et le CNO autour d’une table. Avec le soutien du président Palenfo (ndlr : président de l’ACNOA) j’ai fait comprendre  la nécessité pour l’Etat et le CNO de travailler ensemble.