À un jour des Jeux des Îles de l’Océan Indien (JIOI), nous sommes allés à la rencontre de Jessika Rosun et Julien Paul, les deux capitaines de la Team Maurice. La lanceuse de javelot et le badiste ont comme point commun d’être des champions dans leurs disciplines. Deux sources d’inspiration, deux athlètes motivés à bloc, qui ont à cœur d’encourager et d’unir leurs troupes, avec l’objectif de les diriger dans la bonne direction et faire de ses Jeux une belle réussite.

Avec une pêche d’enfer et une persévérance à toute épreuve, la capitaine de la Team féminine de Maurice est loin du farniente. Ces dernières semaines ont été un véritable marathon pour la lanceuse de javelot de 28 ans. Entre les copies à corriger, les entraînements, les sollicitations de la presse écrite et parlée et les sponsors, cette enseignante de profession a un agenda surchargé et trouve “à peine le temps de récupérer”.

Fraîchement débarqué des Internationaux de Côte d’Ivoire la veille, c’est un Julien Paul quelque peu fatigué, déconnecté de l’organisation des Jeux mais enthousiaste qui nous rejoint au stade Maryse Justin à Réduit. La rencontre a lieu entre une séance d’entraînement dans la matinée et un stage auquel il doit participer dans l’après-midi à Flic-en-Flac.

Assumer ses responsabilités.
Malgré toutes leurs obligations sur les plans professionnel, personnel et sportif, les capitaines de la Team Maurice prennent la mesure de leurs responsabilités. Être responsable de la délégation Maurice est une première pour Julien Paul, 23 ans. “Mais je compte assumer mes responsabilités haut la main. Je connais plusieurs athlètes dans les différentes disciplines. Ce ne sera pas un problème pour moi de les guider.” Même si elle est surmenée, Jessika Rosun côtoie presque tous les jours les athlètes dans sa discipline, à l’entraînement, dans les team building et autres compétitions. Bien qu’elle ne puisse être physiquement présente pour les autres, elle essaie de maintenir le contact via les réseaux sociaux. Il faut avoir toujours le bon mot pour motiver ses troupes. Ce n’est pas une médaille ni les Jeux qui font notre valeur, explique-t-elle. “C’est avant tout notre intégrité, notre fair-play et les sacrifices que nous faisons. On ne vise pas le podium pour son pays, ses parents, mais avant tout pour soi. Alors, allons-y à fond pour être sûrs de ne pas avoir des regrets plus tard.” Abondant dans le même sens, Julien Paul souligne que l’objectif de la Team Maurice est de montrer le fruit d’un travail qui a débuté il y a quatre ans. “La priorité est d’offrir la meilleure performance pour rendre tout le monde fier, mais surtout nous-mêmes.”

Se concentrer et se mobiliser.
La championne de javelot sait viser là où ça fait mal. Capitaine ou pas, Jessika Rosun n’est pas “hypocrite” et ne mâche pas ses mots contre certains travers de l’organisation des Jeux. Notamment l’épuisement des billets pour assister aux compétitions, ainsi que le nombre de places octroyées aux athlètes et aux sportifs. Elle estime que cela ne prend pas en compte les sacrifices et les efforts de ces derniers depuis plusieurs années. “Beaucoup d’athlètes sont déçus. Nous sportifs, n’attendons pas six mois avant les Jeux pour nous entraîner. C’est un processus qui dure depuis des années, à travers un enchaînement de compétitions : Jeux de la Francophonie, d’Afrique ou du Commonwealth. Il faut se poser la question : qui sont ceux qui tirent profit de tout cela aujourd’hui ?” Avec deux billets délivrés par la COJI par athlète, “qu’en est-il des sportifs qui ont des enfants ? Les JIOI se tiennent chez nous et nos parents et proches devront nous regarder sur le petit écran.” Un coup de gueule non pas pour réclamer une quelconque récompense, mais qu’au moins soient reconnus les fruits d’années de sacrifices.

Ces inégalités ne laissent pas insensible le chef de file de la délégation masculine, mais il essaie de relativiser. “Les tiraillements existent, mais la priorité à la veille des JIOI est de se concentrer et se mobiliser dans chaque discipline.” Un conseil qui vise aussi directement la sélection mauricienne de badminton dans son ensemble. Cela suite à l’éviction de Kate Foo Kune, écartée de la sélection des JIOI par l’Association Mauricienne de Badminton après un contrôle antidopage positif. Si le moral dans les rangs des badistes n’est pas au beau fixe, Julien Paul est confiant que la sélection nationale de badminton saura atteindre ses objectifs.

Allez Maurice !
Au sujet de l’engouement éphémère autour des athlètes à l’approche des JIOI, la lanceuse de javelot tient à mettre les points sur les i. “Après les Jeux, qu’adviendra-t-il de ceux qui n’ont pas été sur le podium ? Nous n’avons pas de culture sportive à Maurice et nous ne pouvons vivre de notre sport.” Trop de sportifs se voient obligés “de mettre un terme à leur carrière car il est difficile de vivre avec des miettes”. La jeune femme estime que le gouvernement doit reconnaître les athlètes après les JIOI. “Il faut un suivi approprié. Si ces jeunes ne sont pas encadrés, après les Jeux, c’est fini.”

Que Maurice soit sur la plus haute marche du podium ou pas, Julien Paul souligne que c’est le public mauricien qui fera que ces Jeux soient une réussite. Se produire devant ses proches est stressant. “Toutefois, c’est un stress positif qui nous aide à nous dépasser. Ce n’est pas le fait de rapporter des médailles qui rendront les Mauriciens ou nos parents fiers de nous. Ils le sont déjà par rapport au travail accompli et les sacrifices encourus”, précise Jessika Rosun. “Alors, allez Maurice !”

Jessika Rosun
Viser toujours plus loin


Un discours teinté d’optimisme, des performances au sommet, une championne d’athlétisme confirmée. À 28 ans, Jessika Rosun est une lanceuse de javelot dont on n’a pas fini d’entendre parler. La championne de Maurice accumule des performances en Afrique et en Europe. En 2011, aux JIOI qui se tiennent aux Seychelles, elle revient avec la médaille de bronze. Quatre ans plus tard à La Réunion, elle décroche l’or.
“Jessika Rosun est une petite fille qui a débuté l’athlétisme à neuf ans, sans comprendre ce qu’était ce sport.” Elle a connu une enfance épanouie à jouer au football dans la rue entre voisins, à nager dans la Rivière de Moka et à faire des balades dans les champs de cannes. Un beau jour, ses parents sont approchés par un représentant d’une école d’athlétisme qui est à la recherche de nouveaux adhérents. Novice dans le milieu, elle atterrit quelques semaines plus tard au stade Maryse Justin. Lors d’une journée de compétition où elle est inscrite à six épreuves, elle finit meilleure athlète, en récoltant six médailles d’or. Un début de carrière qui a “demandé d’énormes sacrifices pour la petite fille que j’étais”.

Par la suite, elle intègre le Centre National de Formation d’Athlétisme (CNFA), débute sur 120 mètres, tout en pratiquant un peu de saut en longueur. Encadrée par des mentors bienveillants, l’ex-élève du collège Lorette de Saint Pierre s’initie au lancer du javelot. Déterminée à être la meilleure et “mauvaise perdante”, elle apprend à lancer toujours plus loin, sous la houlette de son entraîneur, Joël Sévère.

Une belle montée en puissance. Elle enchaîne les compétitions et améliore son record personnel à chaque fois. “À 16 ans, je lançais déjà à 29 mètres.” Au championnat de France cadets, elle lance à 44 mètres 27 et se retrouve première à 17 ans. Titre qu’elle ne peut obtenir car elle n’est pas licenciée dans un club français.
Licenciée de l’Université de Maurice, Jessika Rosun enseigne l’anglais au collège du St-Esprit. “Pendant toutes ces années, il y a eu des blessures, des hauts et des bas. Beaucoup de réunions de famille que j’ai ratées. Mais je ne suis pas triste, car c’est un choix et c’est ma passion.”

Julien Paul
Le volant d’or mauricien

Badiste depuis son enfance, Julien Paul enchaîne des performances de haut vol. Âgé de 23 ans, il est le premier à Maurice à obtenir le “Volant d’Or Africain”. À 18 ans, le jeune badiste était déjà champion de Maurice. Il sera par la suite champion d’Afrique junior dans toutes les catégories (sauf équipes), pour obtenir plus tard le titre de champion d’Afrique.

Avec un ancien volleyeur comme père et une mère férue de sport, les deux frères Paul ont les mêmes atomes crochus. Son frère Christopher fait aussi partie de la sélection mauricienne de badminton. Il existe une belle complicité avec ce frère, qui a aussi contribué à alimenter son esprit de compétition, car Christopher et Julien se poussent mutuellement à aller plus loin.

Le badminton a aussi été une revanche sur la vie pour Julien Paul. “À un moment de mon enfance, il n’y avait pas beaucoup de gens qui croyaient en moi parce que j’avais des rondeurs. Je ressemblais à un petit bouddha.” Grâce au badminton, un sport très physique, les entraînements et la persévérance de briller dans la discipline, Julien Paul s’est affiné pour faire partie de l’élite du badminton mauricien.

“Je me fixe toujours des objectifs pour être en mesure de me surpasser”, confie cet ancien élève du collège du St-Esprit. Julien Paul a préféré mettre de côté ses études entamées à Curtin Mauritius pour vivre à fond sa passion pour ce sport. À grands coups de stages à l’étranger et d’entraînements intensifs, il veut donner le meilleur de lui-même. Son prochain objectif après les JIOI : se qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.