À quelques mois de l’ouverture du centre d’interprétation de l’Aapravasi Ghat, la muséologue Corinne Forest fera le point sur l’apport du patrimoine mondial aux politiques et pratiques mauriciennes, lors d’une conférence programmée jeudi 16 janvier à 18 h à l’Institut Français de Maurice.
Corinne Forest fait partie des précieuses personnes qui veillent avec discrétion et assiduité à la préservation et à la valorisation du site de l’Aapravasi Ghat à Port-Louis. Responsable du département technique de l’AGTF, elle supervise en effet depuis 2004 les travaux de recherche, de rénovation et d’embellissement qui sont effectués sur ce site ainsi ponctuellement que sur d’autres lieux associés à l’engagisme.
À Maurice comme dans la plupart des pays africains, les politiques du patrimoine héritent de l’époque coloniale avec par exemple à Maurice une définition légale qui se limitait aux monuments jusqu’aux années 2000 ! La nomination de deux sites Unesco au pays a au moins permis de faire évoluer la législation sur ce point et de moderniser les politiques de gestion du patrimoine. Sous un angle intitulé « Projet d’Aapravasi Ghat : l’apport du patrimoine mondial au patrimoine mauricien », Corinne Forest se propose en récapitulant les réalisations de l’AGTF, de raconter comment cette expérience a été partagée le plus largement possible et pourquoi ce projet méritait que l’on s’y attelle. Cette conférence fait d’ailleurs écho au doctorat que ses responsabilités l’empêchent de terminer et qui examinait comment le patrimoine peut contribuer à la constitution d’une identité nationale à Maurice et dans des contextes post-coloniaux.
Diplômée en archéologie, muséologie, anthropologie et histoire de l’art, Corinne Forest a été embauchée notamment pour créer le centre d’interprétation du site qui devrait ouvrir ses portes probablement au premier semestre de cette année. Dans le contexte peu familier, si ce n’est hostile, à la gestion du patrimoine et aux politiques culturelles qu’est l’île Maurice, ces responsabilités représentaient un véritable défi.
Avec l’appui des chercheurs, des officiers du ministère, des historiens, des étudiants de l’université venus acquérir une expérience in situ et bien sûr des experts missionnés par l’Unesco ou l’Icomos, il a fallu mener quelques batailles pour faire comprendre concrètement ce qu’est le développement patrimonial et défendre des choix. Les aménagements du site et le musée en seront l’illustration. À ce jour, les travaux d’intérieur sont terminés avec notamment l’installation d’une coupe de bateau hors d’eau à bord duquel les visiteurs pourront monter. L’équipe travaille sur le montage à proprement parler de l’exposition pour laquelle plusieurs appels d’offres ont été lancés (équipements multimédia, travaux d’impression, etc.). L’archéologue Diego Calaon est attendu prochainement pour finaliser la conservation et la présentation des vestiges retrouvés sur le site même du musée.