Si vous n’avez pas assisté à Jeudi Création au Barabar, Grand-Baie, à l’initiative de Lively UP  le 7 août 2014 ? Dommage… Car Menwar, griot moderne planant dans les sphères de l’instantané, de l’improvisation, a donné une performance live époustouflante. C’était la 4ème édition d’un petit concert organisé par Lionel Permal (directeur de Lively UP) avec le soutien de Jean-Michel Barabar. Rappelons que les éditions précédentes de Jeudi Création ont mis en avant La Foule et Ras Ninnin, Lespri Ravann et Yoan Catherine. Jeudi Création nouvelle édition a permis d’assister live à une prestation d’un des meilleurs représentants du séga typique associé au blues. Cette année, Menwar a donné des petits concerts live au Big Willy’s, Tamarin, au Mok’az, au Kenzi Bar, Flic-en-Flac, entre autres. Pour le concert artiste au Barabar, c’est un talent plus-que-confirmé qui a affirmé la force d’un art à hauteur d’homme devant un public attentif, enthousiaste, emporté par le dire du parolier. Mais Menwar ne fait pas quelque chose de mainstream. Il s’entoure toujours de musiciens qui ont quelque chose à dire comme l’ingénieur du son et guitariste Chris Arles et Steven (percussions). Une belle rencontre entre notre musicien et Christophe Arles, qui a une bonne approche de la soul et de la musique typique, nous dit Menwar. Des musiciens très liés. Preuve de la musique vivante qui s’improvise devant eux. Sur les petites scènes, ce sont autant de prolongements, actualisations du blues et d’autres musiques en forme de confidences, critiques, confessions, reprises, qui dans leur diversité n’ont pas fini de renouveler la force toujours en jeu dans le verbe, le cri, le son. Menwar raconte, dans ses chansons, des histoires fortes inspirées du vécu et le Barabar percute et rebondit sur la performance du griot qui va jusqu’au bout des mots et des sons jaillissant à vif. « Mone né dan move sens … mone truv ene solisyon pou sanz mo lavi… », chante-t-il avec ravanne et percussions. Le public a eu droit à des morceaux anciens, Move sens, Balangouli, des reprises de Mounawah, du groupe Cassambo avec les arrangements et les rythmes afro suggérés par la sanza, le tambour de Menwar. Le renouvellement des sonorités compte beaucoup pour le musicien. Pour notre artiste, c’est l’occasion de présenter sa musique dans un lieu différent, de monter le volume quand le public parle trop haut et couvre la musique. « Zot tane mwa… lamisik ki mo per fer… », dit Menwar, qui a participé avec Chris Arles à la première édition du festival KAZ`OUT. On se dit que ces artistes réinventent à leur manière les petites scènes, redonnant la parole à la musique, revisitant d’anciennes chansons. Menwar a fait la jubilante démonstration de sa parfaite empathie avec ses instrumentistes. Une soirée attachante qui a permis de relier et de questionner aussi le public.
En première partie, les plasticiens Raja Sooranna et Max Sungkur ont montré que l’art s’est élargi. Si auparavant un jeune artiste tirait sa notoriété du seul milieu de l’art et de ses acteurs — critiques, galeristes — aujourd’hui il peut être vu dans d’autres lieux de création. Une nouvelle génération d’artistes qui se tournent vers des oeuvres performées. Si Max Sungkur a peint sur place et propose des esquisses et des toiles, Raja Sooranna a montré l’architecture complexe de ses peintures — des toiles lumineuses, vibratiles induisant un effet onirique, cosmique. Une sculpture réalisée avec des objets récupérés a fait l’objet de l’attention du public. Expérience à suivre le premier jeudi du mois de septembre 2014 au Barabar.