Slow Food promeut une vision de la nourriture porteuse de plaisir, de culture, de traditions, d’identité, et d’un style de vie respectueux des territoires et des traditions locales. Lancé par Slow Food International en 1989, ce concept a atteint nos rivages il y a deux ans, avant d’être officiellement lancé le jeudi 3 avril par Slow Food Tipa Tipa, convivium de Slow Food International, à Côté Jasmin, Port-Louis, jeudi. Son message est clair : le droit fondamental au plaisir nous concerne tous. Cela va de pair avec notre responsabilité envers la nourriture. Etre coproducteur plutôt que consommateur, afin d’amener un changement de mentalité et de créer un nouveau mode de vie mauricien.
« Bon, propre et juste », c’est la devise de Slow Food. Trois adjectifs qui définissent de façon élémentaire les caractéristiques que doit posséder la nourriture. Mais Slow Food va plus loin, pour elle c’est un art de vivre, une Slow Attitude qui permet de débrancher et d’apprécier la vie à sa juste valeur. C’est dans cette vision qu’a été tenue la conférence de presse d’hier au jardin-bar Côté Jasmin, rue St-George à Port-Louis. « Slow Food est un mode de vie, une nouvelle façon de penser afin de provoquer un changement de paradigme dans notre façon de penser et nos habitudes alimentaires. Nous nous adressons aux Mauriciens, et plus particulièrement aux jeunes pour qu’ils se remettent en question et qu’ils privilégient une autre façon de vivre. Manger sain et cultiver des produits sains ne peuvent qu’aider à avoir une vie saine », explique Hoozla Ramoly Sookia, fondatrice et présidente de Slow Food Tipa Tipa. « Nous sommes aujourd’hui plus que jamais très concernés par l’impact de nos choix alimentaires. Mais notre mode de consommation incontrôlée n’est pas irréversible. Slow Food Tipa Tipa souhaite que chaque Mauricien, si possible, lance son potager, respecte l’environnement, défende la biodiversité et surtout que le propriétaire terrien investisse dans l’agriculture en prônant le concept Slow Food, propre, tout en réduisant graduellement l’utilisation de produits chimiques industriels.
Pour Lohna Nairac, conseillère en médecine nutritionnelle et naturelle de Slow Food Tipa Tipa, « la santé n’est toutefois pas qu’une affaire de bouffe seulement. Se nourrir de manière smart passe avant tout par l’éducation voir même une rééducation. Se remettre en question sur ce que nous consommons et la manière dont nous traitons notre corps c’est les bons gestes à prendre. S’informer et mettre en pratique cette information est primordial pour obtenir un certain bien-être et une bonne santé. Autres facteurs clés : boire beaucoup d’eau, des exercices et un bon cycle de sommeil sont incontournables. »
Si vous vous posez la question de savoir s’il est possible de préparer du Slow Food chez soi, la Chef restauratrice Catherine Moore et membre de l’association, fait ressortir que c’est possible de réaliser un « Slow Dholl Puri » ou encore un « Slow Alouda » : « Il suffit juste d’apporter quelques ajustements mineurs dans les ingrédients de base et les techniques de préparation. Il faut diminuer notre consommation de processed food et comprendre non seulement la quantité d’huile à utiliser mais les températures de cuisson. Le contrôle du sucre est un must. Revenons à ce qui est bon et frais. Pour être Slow Food il n’est pas nécessaire de tout changer. Nous avons adopté des habitudes qui semblent être plus rapides et pratiques. Le Slow Dholl Puri et le Slow Alouda sont des exemples de nos traditions culinaires mauriciennes à notre portée, sans avoir à changer complètement nos habitudes, pour manger sainement. »
« Mo Zardin, Mo Gardemanzé, Mo La Santé »
Quelques décennies de cela, les Mauriciens avaient un potager dans leur cour. Un mode de vie qui a, malheureusement, perdu de son charme de nos jours. « Mo Zardin, Mo Gardemanzé, Mo La Santé ». Zoe Rozar, pédagogue sur l’écosystème intégré explique : « Le Slow Garden est basé sur le principe propre et tourne autour des techniques qui excluent tout produit chimique industriel du cycle alimentaire. Le Slow Garden est un endroit qui complète la cuisine, un refuge pour la faune, un endroit où les enfants peuvent faire leurs premiers pas dans la nature. Un endroit qui vous donne une palette de couleurs qui se déplace, bénissant votre maison d’un décor permanent. Le Slow Garden permet tout cela en échange d’un peu d’effort et une poignée de graines, tout en évoluant au rythme de la nature. » Denis Madeleine, membre de Slow Food Tipa Tipa, se propose, pour sa part, d’éduquer et de responsabiliser les individus et les communautés dans le mode de vie et la conception terre-amicale et durable. « Venant du monde de la permaculture, je soutiens et j’enseigne que le concept de Slow Food est de produire des aliments biologiques, de trouver des alternatives biologiques pour lutter contre les ravageurs et les maladies, de prendre soin de notre environnement, des gens, de la santé de nos enfants et des générations futures, de partager les ressources à notre disposition ».
« Que les jeunes soient le changement »
Les jeunes ont un grand rôle à jouer à ce niveau et Shiraaz Peerkhan, Team Leader de Slow Food Youth Network Mauritius, souhaite qu’ils « se mobilisent en faisant des choix responsables dans leur façon de consommer. Que les jeunes soient le changement ! Nous les encourageons à débattre des enjeux alimentaires et à s’engager dans notre projet Start a Garden ». Comme le dit si bien Rachel Ng, responsable du Green Entrepreneurship au sein de Slow Food Tipa Tipa, en citant Mahatma Gandhi, « la terre fournit suffisamment pour satisfaire les besoins de tous les hommes, mais pas la cupidité de chaque homme ».