ALEXANDRE JEANNOT
Docteur en médecine
dans l’attente de l’internat

L’île Maurice compte environ 170 à 175 jeunes médecins en attente de l’examen de sortie, environ 600 médecins, qui ont pris part aux examens du PSC, dont 100 ont été recrutés et 300 diplômés en médecine en attente de l’internat. En moyenne, nous avons un médecin pour environ 400 habitants. Alors que la France a un médecin pour 296 habitants, l’Italie en a un pour 140 et Cuba environ un médecin pour 150 habitants. Cuba est une île avec une population d’environ 11,3 millions. C’est l’un des pays qui comptent le plus grand nombre de médecins par habitant. Il est ainsi en excédent de médecins, ce qui lui permet de tirer le meilleur parti de cette ressource.

Médecins : investissement gagnant à Cuba

Les médecins sont la principale source de revenus de Cuba, plus importante encore que ceux des Caraïbes provenant de l’industrie du tourisme. En effet, environ 11,3 milliards de dollars par an proviennent de l’exportation de médecins. Cette gestion des ressources humaines permet non seulement de diversifier leur économie, mais aussi de renforcer les liens avec les autres pays, comme le Brésil, le Venezuela, l’Algérie, le Kenya et l’Ouganda et ce, en y envoyant leur expertise. En mars 2020, Cuba a envoyé 52 médecins et infirmières dans ces pays pour les aider.

En 2017, la ministre des Finances Lina Pedraza a investi plus de 10,7 milliards de pesos dans les programmes de santé publique et d’assistance sociale et 8,1 milliards de pesos dans l’éducation. 51% du fonds du budget national a été attribué aux soins de santé publique en 2016.

Intégration des étudiants dans le combat

Les premiers cas de COVID-19 à Cuba ont été découverts dans la deuxième semaine de mars 2020. Par la suite, le gouvernement a envoyé des milliers de travailleurs de la santé cubains, y compris des étudiants en médecine, faire du porte-à-porte à travers l’île pour rechercher des personnes souffrant de maladies respiratoires, de potentiels patients du Covid-19. Des étudiants en médecine ont pris la température de 500 000 Cubains âgés pour détecter des cas du nouveau coronavirus.

Quelque 28 000 étudiants ont fait du porte-à-porte récemment pour s’enquérir des antécédents de voyage récents, des contacts avec les visiteurs étrangers et des symptômes éventuels. Plus de 9 millions de Cubains ont été interrogés pendant une semaine, et les informations recueillies ont été transmises aux médecins de famille locaux pour un suivi.
Prévenir plutôt que guérir, c’est ce que croit un réseau de médecins de famille qui sont responsables de la santé de la communauté et qui vivent parmi leurs patients. Pour lutter contre l’épidémie, le personnel de santé effectue des contrôles sanitaires porte-à-porte, des tests et le traçage de contact pour évaluer la pertinence de la mise en quarantaine.

Politique d’encouragement

Cuba a encouragé de nombreux étudiants à se lancer dans le domaine médical en leur offrant la possibilité de faire des recherches et de pratiquer la médecine chez eux, tout en leur donnant la possibilité de pratiquer outremer. Ce système a créé une importante main-d’œuvre qui améliore constamment les services et la couverture médicale chez eux tout en contribuant à la santé financière de l’Etat. Aussi, il n’est pas surprenant que Cuba se classe 33e pour la qualité de son système de santé sur les quelque 195 pays au monde, alors que le PIB/tête d’habitants de l’île est inférieur à celui de Maurice. Cependant, leur budget pour la santé est trois fois le nôtre. En 2016, le Cuba y a alloué 17,26% de son budget, contre 9,96% en ce qui concerne Maurice.

Il est clair que nous ne pouvons tout comparer. Cependant, nous pouvons nous inspirer des systèmes qui réussissent et en appliquer les principes qui peuvent être implémentés à Maurice car l’impact du Covid-19 appelle à un changement car tout n’est plus comme avant. La santé est appelée à être le pilier de l’économie mondiale car c’est bien sur une question de santé publique que la moitié de la population planétaire a été confinée. En tant que leader de la région, dont la gérance de la crise est saluée, nous ne pourrons échapper à un alignement de notre politique de santé publique sur les nouvelles exigences économiques et sociales. Cela comprend une politique d’intégration claire et encourageante pour les étudiants en médecine ayant terminé leurs longues et ardues années d’études et qui ne demandent qu’à relever le défi de servir le pays et l’humanité.