Nous ne sommes plus qu’à une vingtaine de jours du coup d’envoi pour les Jeux des Îles de l’océan Indien (JIOI). Et pourtant, pour l’heure, outre les sorties tonitruantes de l’élu « plus orange tu meurs », l’on peine quelque peu à ressentir ne serait-ce qu’un semblant d’enthousiasme et d’excitation parmi la population. Devrait-on mettre cette tiédeur sur le compte du rude hiver qui nous glace déjà le sang ? Ou serait-ce de l’indifférence usuelle ? Si tel est le cas, c’est bien dommage.

Car la tenue des Jeux est un événement unique, une chance inouïe, une occasion sans pareil de célébrer notre identité d’habitants des îles de l’océan Indien. À une époque où le globe est un village, où communiquer avec l’autre qui se trouve à des milliers de kilomètres est à un clic, et avec les distances qui s’estompent toujours plus grâce aux nouvelles technologies, on aurait prié pour que la tenue de ces 10e JIOI soit caractérisée par un engouement populaire naturel, contagieux, spontané, inné. Une opportunité qui aurait été prétexte à resserrer les liens fraternels entre nos peuples. Car plus que jamais, dans ce monde menacé par le réchauffement climatique, ses répercussions immédiates et à long terme, avec les maladies qui gangrènent tous les pays, et toutes ces problématiques qui sont venues se greffer sur nos quotidiens finalement assez similaires, puisque nous vivons tous, Mauriciens, Malgaches, Réunionnais, Comoriens et Seychellois dans la même partie du monde, nous devrions faire de chaque circonstance une célébration.

Outre le volet sportif de l’événement, héberger les Jeux des Îles est un grand moment de réunion, de partage, de découvertes et d’épanouissement. On se souviendra que dans le passé, accueillir les Jeux à Maurice prenait des allures… carrément historiques ! Tout le pays s’y mettait : organisation de spectacles, concerts, régates et shows, destinés à célébrer nos identités riches et plurielles, tout en mettant en avant nos talents, et ce dans différents registres. Le cœur était à la fête.

Le pays se transformait, le temps de la tenue des Jeux, en véritable village régional : Réunionnais, Malgaches, Seychellois et Comoriens se mariaient aux foules locales, non seulement dans les stades et autres temples du sport, mais dans nos rues, à la plage, au resto… Notre identité d’îlien revêtait tout son cachet, avec sa myriade de langues aux sonorités musicales multiples. Place était faite aussi aux traditions des uns et des autres, comme la découverte des cuisines des îles, leurs codes vestimentaires, leurs musiques…

Et pour ces 10e JIOI, que nenni ! Chacun vaque à ses occupations habituelles. Les Jeux ? Oui, on les regardera peut-être chez soi, à la télé, bien au chaud. Qui se rendra dans les stades ? Probablement les proches des sportifs et quelques pelés et tondus. Pourtant, notre pays ne manque pas de moyens d’allumer la flamme des Jeux dans les cœurs des habitants et ceux des pays voisins. Sans pour cela plagier des spots internationaux, cela dit.

N’a-t-on plus d’imagination ? Ou sommes-nous à ce point repliés sur nous-mêmes, croulant sous le poids des pressions diverses – à la maison comme au boulot – au point de ne pas ressentir cette vibration unique qui est de voir briller notre pays dans le cadre d’une compétition régionale ?

Paradoxe et ironie : la Coupe du Monde féminine, que de nombreux Mauriciens et habitants des îles suivent à la télé ces jours-ci. Ces sacrés bouts de femmes de tous les pays du monde, qui se démènent (mieux que les hommes dans certaines équipes nationales) depuis quelques semaines sur les terrains de France, en quête d’une médaille, forcent l’admiration. Du beau jeu, d’une part. Mais il y a aussi un incroyable charisme qui émane tant de leurs supporters venus les applaudir et les encourager à donner le meilleur d’elles-mêmes, que de certaines des joueuses elles-mêmes. Les sorties via les réseaux sociaux de certaines, comme l’Américaine Megan Rapinoe, à l’égard de son président, Donald Trump, rendent croustillant l’événement.

Et pendant ce temps-là, Pravind Jugnauth multiplie les marches et les coupages de rubans… Les infrastructures pour accueillir les Jeux sont partiellement réalisées, soit (et à quel prix, n’oublions pas les morts de Côte-d’Or). Mais quid de l’élan national ? Ce ne sont pas les mesures budgétaires qui nourrissent le patriotisme. Alors qu’est-ce qu’il faut pour sauver l’amour de notre pays ?

Husna Ramjanally