Chanteur charismatique et parolier scandaleux des Doors, Jim Morrison est né le 8 décembre 1943 à Melbourne (Floride). La musique du groupe psychédélique est souvent occultée par celui qui chevauchait les tempêtes. Morrison est ce poète maudit longtemps blâmé par l’Amérique puritaine. Un autre météore du rock, éteint à 27 ans.
Avant de devenir la rock star, leader des Doors, Jim Morrison s’intéresse à la littérature, la philosophie, la psychologie et le cinéma. Il dévore les oeuvres de la beat generation au point de s’identifier à l’un des personnages de Jack Kerouac et d’imiter son rire typique. Il vénère Nietzsche, Montaigne, Freud et leurs semblables. Il entreprend de longs discours avec son professeur de philosophie, ce qui laisse ses camarades ébahis. Il lit aussi James Joyce, William Blake et Arthur Rimbaud.
Jim Morrison est un mélange d’ange et de démon. Il s’amuse en essayant d’analyser les gens qui l’entourent. Sa personnalité violente et agressive durant la fin des années soixante n’est qu’une sorte de voile pour une âme fragile et délicate sur le point de brûler.
Le chanteur sait manipuler son public. En 1969, durant un concert, Morrison provoque les spectateurs. On l’a accusé d’avoir exhibé son sexe sur scène. Le poète maudit sera longtemps blâmé par l’Amérique puritaine, notamment pour ses chansons, dont Light my fire, alors jugée lascive.
Doors.
Condamné aux États-Unis pour “exhibition indécente”, le chanteur des Doors s’exile à Paris au cours de l’année 1971, avec l’objectif de se consacrer à la poésie. Mais l’état de santé de l’ancien sex-symbol se détériore rapidement. Malgré sa maladie, Jim Morrison descend bière sur bière et grille clope sur clope, ce qui entraîne sa mort à petit feu. Plusieurs théories sont présentées sur sa mort, mais il est officiellement décédé d’une crise cardiaque à 27 ans.
The Doors est fondé en 1965 avec Ray Manzarek (orgue-basse), Robby Krieger (guitare) et John Densmore (batterie). La musique des Doors mêle jazz, folk, pop, blues et autres influences et a souvent été qualifiée d’intellectuelle, sans doute en raison de la variété de styles, mais également à cause des textes de son chanteur, Jim Morrison, dont la voix claire et grave, puis rauque et profonde, berce de litanies poétiques surréalistes un public toujours plus nombreux.
Double vie.
L’image publique de Jim Morrison est avant tout celle d’un beau jeune homme aux boucles brunes, au regard bleu dans le vide, vêtu d’un pantalon de cuir noir, et qui se donne en spectacle dans tous les sens du terme, à la scène comme à la ville. Les scandales ont émaillé sa courte vie : de nombreuses arrestations, notamment pour exhibitionnisme, insultes à agents et ivresse publique. De nombreuses maîtresses – et amants, d’après certains – ont partagé sa couche, et les drogues les plus diverses lui seraient passées dans l’organisme.
Morrison est déchiré entre Pamela Courson, sa compagne officielle, et une relation passionnée avec Patricia Kennealy, jeune journaliste qui n’a rien d’une groupie. Fière militante féministe, elle ne se laisse pas impressionner par le statut de star de Morrison, et sa solide culture générale lui permet de rivaliser intellectuellement avec son amant. Cette double vie conduit le chanteur à des querelles de plus en plus violentes avec Pamela Courson. Ce qui ne sera pas sans incidence. Une telle tension nerveuse épuise lentement Morrison.
Passions.
Du poète lui-même, on ne sait pas grand-chose. Il n’existe qu’une manière de se faire une idée de qui était vraiment Jim Morrison : lire ses poèmes, écouter les paroles de ses chansons, regarder les longs et courts métrages que lui-même ou ses amis de l’époque ont réalisés. An American Pastoral, le dernier film réalisé par Morrison, est emblématique de ses passions et de sa poésie particulière. Ce sont ces facettes du personnage qui, en dehors de l’image de rebelle contestataire des années 1960 opposé à l’armée et aux politiciens, sont restées dans les mémoires et ont profondément marqué les artistes qui lui ont succédé.
Certains soutiennent que l’ombre de Morrison plane dans les oeuvres les plus intéressantes d’hier et d’aujourd’hui. En témoignent des films tels que Easy Rider (1969) de Peter Fonda et Dennis Hopper, Fear and Loathing in Las Vegas (1998) de Terry Gilliam et The Big Lebowski (1998) des frères Cohen, qui, à eux trois, résument l’époque, l’état d’esprit, et rendent, consciemment ou non, un vibrant hommage à l’artiste et à son ère. Notons également la chanson The End, en ouverture du célèbre film de Francis Ford Coppola, Apocalypse Now (1979).
Culte.
Poète romantique torturé, Morrison fait éditer ses poèmes où il essaie de rendre ce qu’il ressent. L’exercice est ardu, et il reçoit nombre de critiques défavorables des journalistes. Il essaie de déconstruire le langage pour mieux exprimer ses sentiments. Ses thèmes de prédilection sont la route, les reptiles, l’Amérique et Los Angeles. Les Doors sortiront six albums avant que Morrison, dépassé par le succès et l’alcool, ne stoppe sa carrière de chanteur.
Sa mort, dont les circonstances restent encore obscures aujourd’hui, a certainement contribué à ancrer dans l’imaginaire collectif la légende de celui qui se nommait, mi-sérieux, mi-ironique, le Roi Lézard. Les rumeurs les plus folles ont couru à ce sujet, allant de l’overdose à la crise cardiaque, en passant par le meurtre et l’assassinat commandité par la CIA.
Jim Morrison est retrouvé mort le 3 juillet 1971 à son domicile parisien. Sa tombe au cimetière du Père-Lachaise est depuis plus de quarante ans l’objet d’un véritable culte. Il a légué en compagnie des Doors un répertoire ainsi qu’une poésie passionnante et surréaliste. Il subsiste du chanteur-poète des recueils comme The Lords and the New Creatures ou encore American Night.