La nouvelle a eu l’effet d’une bombe. En effet, le CROS (Comité Régional Olympique) et Sports de La Réunion (CROS) a indiqué son intention de ne pas participer aux 10e Jeux des îles. L’île soeur veut en quelque sorte son « Réxit » du Conseil International des Jeux (CIJ) avec en toile de fond l’Article 7 de la Charte des Jeux, qui détermine le mode de participation aux jeux.
Quand le drapeau des jeux a été plié à Saint-Paul pour prendre la direction de Maurice, il y a deux ans en attendant 2019, le malaise entre les membres du CIJ était déjà palpable. La belle idée de réunir les peuples de l’océan Indien sous la houlette du sport — et qui date depuis 1979 — fait désormais face à l’épreuve du temps et à des considérations politiques, entre autres. En effet, d’autres considérations, surtout politiques sont entrés en jeu et on se rappellera qu’après que Mayotte eut défilé sous le drapeau français lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de 2015, cela avait  provoqué la colère et le départ des Comores avant même la première compétition.
Les 9e JIOI ont été bouclés tant bien que mal, même si la question du sport et la fête avaient été réduites aux seconds rôles, tout comme les drapeaux et les hymnes. Une solution d’urgence qui avait fait une large place aux compromis. Même si on peut dire que la question de la représentation de Mayotte au sein du CIJ reste un dossier ouvert en dépit d’un vote pris le avril dernier à Maurice. Cependant, un autre foyer a déclenché un nouvel incendie au sein du CIJ, mettant en lumière encore une fois un problème de gouvernance.
Le serpent de mer est apparu sous les traits du Comité régional olympique et sportif (Cros) Réunionnais. Une institution chapeautant tous les mouvements sportifs de l’île soeurs, d’ordinaire mesurée et réservée dans ses prises de position qui a décidé, en accord avec les présidents de Ligue des sports choisis, de claquer la porte du Conseil international des Jeux (CIJ), en élaborant notamment la problématique de la Charte des Jeux et son fameux Article 7. Le point de crispation s’est cette fois porté sur l’Article 7, alinéa 2, qui définit les critères de sélection d’un athlète réunionnais ou mahorais inscrit aux jeux.
Selon l’Article 7 de la  Charte des Jeux, pour porter les couleurs d’une de ces deux îles lors des JIOI, un athlète doit remplir une de ces trois conditions :  (a) être natif de l’île?;  (b) être licencié auprès d’un mouvant sportif de l’île durant trois années civiles continues incluant celle des Jeux?; et (c) avoir été licencié au moins cinq ans dans l’île.
Un article déjà âprement discuté dans le passé, les autres pays de la zone craignant un appel trop fort aux Kréopolitains, à savoir les Réunionnais établis en France pour renforcer les deux délégations « françaises ».  Lors de la dernière réunion du CIJ, présidée par le Seychellois Antonio Gopal, les 27 et 28 mars, à Maurice, les Réunionnais ont demandé une abrogation de cet article, ou du moins que tous les pays membres soient logés à la même enseigne. Devant le refus poli et le peu d’intérêt des autres membres, les trois représentants du CROS, ont, par la voix de l’un d’eux, Thierry Grimaud, président du comité d’organisation des derniers Jeux et vice-président du Cros, exprimés leur mécontentement dans une allocution demandant à être mis « sur le même pied d’égalité », et considérant l’Article 7 comme « discriminatoire ».
Est venu gréffer à ce problème des dettes impayées des comités nationaux des Comores (17 000 euros) et de Madagascar (55 000 euros) sont également évoquées pour brandir la menace d’un retrait de la Réunion des Jeux des îles et donc une absence lors de la 10e édition en 2019 qui célébrera en cette année son 40e anniversaire .
C’est un ras-le-bol profond qui s’est exprimé par le biais de cet ultimatum. Le CROS de la réunion lors de son point de presse de mercredi dernier estimait que face à Madagascar, les Comores, Seychelles et Maurice, qui font souvent alliance, La Réunion n’a pas le sentiment d’avoir son mot à dire. « On arrive au bout de 40 ans d’un fonctionnement, estime Thierry Grimaud. Nous avons toujours la volonté que (les Jeux) soient une fête de la jeunesse et du sport. Nous voulions travailler sur la modification de la charte dans cette idée. On a adopté des principes communs, mais quand nous demandons que tout le monde soit logé à la même enseigne pour participer aux Jeux, on nous dit que ce n’est pas possible, que nous ne sommes pas égaux. On ne veut plus. On sait bien que lorsqu’il y a un litige contre la Réunion au CIJ, c’est perdu », a-t-il estimé.
De ce fait, le CROS menace de ne pas participer aux prochains JIOI si la question n’est pas réglée tout en affirmant ne pas vouloir laisser sa chaise vide. « Comme nous l’avions toujours fait, nous allons rester autour de la table pour la poursuite des travaux, sans que cela soit pour nous un engagement d’être avec vous pour les prochaines rencontres et jeux », a lancé Thierry Grimaud
La prochaine réunion du CIJ en février 2018, risque d’être très mouvementée. Et surtout décisive, car après cette date, statutairement la Charte des Jeux ne pourra plus être modifiée. Avant que la menace d’un Réxit ne soit mise à exécution, il y a tout de même le temps de trouver un terrain d’entente et de remettre à plat un système de gouvernance des jeux, embourbé dans les compromis, qui a vécu.