1979, 1985, 1990, 1993, 1998, 2003, 2007, 2011, 2015 et 2019. Dix étapes qui racontent les Jeux des Îles de l’Océan Indien, imaginés dès 1974 avec pour idée de resserrer les liens entre les îles. Depuis, cet événement est devenu une plate-forme de rencontre unique pour le peuple indiaocéanique.

1979 : Oté La Rénion !

16h27. Ça y est, l’hymne des Jeux retentit pour la première fois. Quatorze mille spectateurs sont présents au stade olympique de Saint Paul pour voir le drapeau des Jeux être hissé sur le mât. Cinq ans après que l’idée d’une telle rencontre a été émise par La Réunion, les Jeux des Îles de l’Océan Indien ont enfin lieu. Ils dureront du 25 août au 1er septembre.
247 athlètes mauriciens sont sur le terrain, même si les préparatifs n’ont pas eu lieu dans les meilleures conditions. Des différends entre le ministère et le CNOM ont tenu le pays en haleine jusqu’à la dernière minute. La participation du pays n’a été confirmée que tardivement, tandis que Madagascar n’a pas fait le déplacement. Gabriel Anazor, le cycliste No 1 de Maurice, garde quand même le moral. Sylvio Jatha remporte la toute première médaille d’or pour Maurice dans une belle course au 110 m haies. Les autres héros du pays sont Jilany Hosany, Marusi Ithier, Balisson, entre autres. La Réunion remporte ces premiers Jeux haut la main, avec 68 médailles d’or, contre 31 pour Maurice, 11 pour les Seychelles, une pour les Comores, alors que les Maldives rentrent bredouille.

“Des Jeux à dimension humaine où l’on retrouvera certainement l’esprit des premiers Jeux Olympiques, tels que le Baron Pierre de Coubertin l’avait souhaité”, écrit Week-End dans son édition du dimanche 26 août 1979. “Ce rendez-vous, le premier du genre, constitue de fait un espoir pour les îles de l’océan Indien. Handicapées par la distance qui les sépare des grands pays du sport, ces îles ont toujours été oubliées.”
Les JIOI sont sur la lancée…

1985 : Ale Moris !

Le 24 août 1985, Nano Sauzier allume la flamme des deuxièmes JIOI au stade George V. Maurice vit un moment fort qui marquera l’esprit de ceux qui ont connu ces Jeux, comme sportifs ou spectateurs. We are the World chante la foule, tandis que des milliers de collégiens sont mobilisés pour faire partie du spectacle.

Dans les nouveaux stades et gymnases, de nouveaux héros font surface : Sultan Beeharry, Dominique Béchard, Sheila Seebaluck, Clive Parisienne, Christine Béchard, Maryse Justin, Judex Lefou, Joseph Mounawa, Maxwell Carver, Maryse Ythier-Hossen, et les autres. Le pays vit des moments intenses, comme lorsque Sheila Seebaluck, Patricia Serret, Sheila Vyapury et Christine Duvergé se passent le relais pour remporter le 4×400 avec classe. Il y a surtout la magnifique envolée de Désiré L’Enclume, qui stoppe net le ballon frappé par le capitaine de l’équipe de foot de La Réunion.

Bien que La Réunion soit la gagnante de ces Jeux avec 49 médailles d’or (36 pour Maurice, 29 pour Madagascar et 3 pour les Seychelles), Maurice se réjouit et a de bonnes raisons de célébrer.

1990 : Salame Malagasy !

Derrière le porte-drapeau Marie-Lourdes Allysamba, 350 athlètes mauriciens défilent au stade Mahamasina de Tana, où se déroule l’ouverture des JIOI de Madagascar. Quatre cents athlètes malgaches sont inscrits pour faire face aux 202 Seychellois, 300 Réunionnais, etc. Ils s’affrontent dans 14 disciplines : athlétisme, badminton, basket-ball, boxe, cyclisme, football, haltérophilie, judo, tennis, lutte, natation, pétanque, tennis de table et volley-ball.

Encouragés par le président Didier Ratsiraka, dont le discours impressionne, les sportifs malgaches récoltent 155 médailles, contre 140 pour La Réunion, 136 pour Maurice et 20 pour Les Seychelles.
Dès les toutes premières rencontres, Maurice montre ses faiblesses. On retient les exploits de Boda, Benoit, Leclair, Lefou, Naiko, Allysamba, Desmarais, Justin-Pyndiah, etc. Ces Jeux deviennent une occasion pour Maurice de réfléchir sur ses forces et ses faiblesses. Au niveau du judo, du tennis de table, de l’haltérophilie, du cyclisme, de la pétanque, du football, du basket et de la boxe, le pays a reculé. Le ministre Glover s’engage à débarrasser plusieurs de ces disciplines des lourdeurs qui les handicapent.

1993 : Koze Sesel !

Du 20 au 29 août à Mahé, cette quatrième édition tenue aux Seychelles ne sera pas de tout repos. La période idyllique est finie et des rivalités malsaines plombent l’ambiance. En dehors des stades, un autre duel se joue entre Maurice et La Réunion. À l’origine : la participation des athlètes installés en France. Plusieurs incidents et une absence flagrante de fair-play sont à déplorer. Sans compter le chauvinisme de la presse réunionnaise vis-à-vis des Mauriciens. Maurice obtient sa revanche à travers ses golden boys, qui courent un magnifique relais 4×400. Judex Lefou, Désiré Pierre-Louis, Gilbert Hashan et Christian Boda sont simplement magnifiques. Cette course, malgré la présence des Franco-Réunionnais Sangouma et Prianon, ils la remportent dans l’effort mais avec classe.

Quand la flamme des Jeux s’éteint le 30 août aux Seychelles, Maurice n’est pas de la fête. Nos représentants ont décidé de boycotter la cérémonie de clôture pour exprimer jusqu’au bout leur insatisfaction sur la grande injustice de ces Jeux.

La Réunion est la grande gagnante des Jeux, avec 155 médailles; Maurice en ramène 146. Maryse Justin rentre avec l’or, comme toujours. Il s’agira de ses derniers Jeux. Elle décède deux ans plus tard.

1998 : La Rénion lé la !


Une somme de Rs 229,600,000 est injectée dans ces cinquièmes JIOI. Dix-neuf ans plus tôt, à La Réunion toujours, l’organisation avait injecté Rs 12 millions dans les Jeux. Preuve qu’au fil des années, l’importance accordée à cet événement s’est accentuée à tous les niveaux. Au niveau de l’organisation et des infrastructures, tout est plus professionnel. Du côté des sportifs aussi, nous arrivons désormais à une autre génération. Les héros d’hier ont pour la plupart raccroché. D’autres noms apparaissent : Haberland, Patel, Naiko, Clarisse, Seesurrun, etc.
Les 396 athlètes de La Réunion font honneur à leur public en remportant 188 médailles. Maurice compte 380 représentants et rentre avec 154 médailles.

Ces Jeux ont lieu du 7 au 15 août, avec un total de 1,600 athlètes. Pour la première fois, des handisportifs sont de la partie.

2003 : Moris, ala nou vini !


Trois médailles séparent France OI de Maurice, qui en a rapporté 180 devant son public. L’effervescence dans les gradins atteint des niveaux élevés. Pour la deuxième fois qu’il accueille les JIOI, Maurice s’est laissé gagner par la fièvre.

Au stade George V, qui s’est refait une beauté pour l’occasion, le peuple assiste à un remake de 1985. Maurice l’emporte sur La Réunion dans un beau duel de football qui aura pour effet de faire planer un grand élan de solidarité à travers le pays. Un énorme cortège accompagne les footballeurs sur la route vers le Village des Jeux, où la fête est grandiose. “Kelele nou sanpion” chantent des milliers de supporters. “C’est la victoire d’une nation”, titre Week-End dans son édition du 7 septembre.
En athlétisme, Maurice remporte 20 médailles d’or, 17 d’argent et 19 de bronze. Le pays a pu voir ses héros Milazar et Buckland à l’œuvre.

Quelques semaines plus tôt, ils nous ont fait rêver lors des finales des championnats du monde. Josiane Boullé, grande dame de l’athlétisme mauricien, fait ses adieux avec une médaille d’or. Jean-Marc Ithier s’en va raccrocher ses crampons après une très belle carrière.
Athlétisme, badminton, basket-ball, boxe, cyclisme, judo, football, haltérophilie, natation, tennis, tennis de table, voile et volley-ball étaient les disciplines au programme cette année.

2007 : Tonga Soa Madagasikara

Le remake n’aura pas lieu. L’équipe de foot de Madagascar s’incline face à La Réunion en finale, tandis que les Comores rentrent avec le bronze après avoir battu Maurice. Chez les Malgaches, cette défaite laisse un goût amer et la politisation des Jeux est déplorée. Le pays hôte se trouve alors dans une conjoncture économique et politique difficile. Cette fois, c’est Marc Ravalomanana qui souhaite la bienvenue aux participants. Le tombeur de Didier Ratsiraka laissera bientôt la place à Andry Rajoelina.

Quinze disciplines olympiques et non-olympiques figurent au programme. Les Maldives sont absentes et Mayotte se présente indépendamment de La Réunion. Madagascar remporte 103 médailles d’or. La Réunion, Maurice et Seychelles s’en sortent avec 49, 41 et 13 médailles d’or respectivement.
À Madagascar, même les meilleurs athlètes mauriciens n’ont pas été à la hauteur. À l’heure des bilans, on arrive facilement à comprendre pourquoi. À Madagascar, un grave incident oppose la délégation mauricienne aux responsables de la boxe malgache. Richarno Collin est frappé après le gong et l’arbitre décide quand même d’attribuer la victoire à son adversaire malgache, qui aurait dû être disqualifié.

La mauvaise ambiance au sein de l’équipe Maurice est déplorée. Les athlètes n’ont pas pu évoluer dans les meilleures conditions. Le ministre des Sports, Sylvio Tang, en prend pour son grade et sa démission est réclamée. La grande question concernera aussi le Premier ministre, qui fait preuve d’une totale indifférence vis-à-vis des Jeux et des athlètes mauriciens.

2011 : Ki pe dir Sesel ?

Douze disciplines pour ces huitièmes Jeux. Avec une température de 25°C la nuit, les 1,800 athlètes se retrouvent en pleine fièvre des Jeux à Mahé, où l’organisation comprend plusieurs failles. Mais les chefs de délégation sont déterminés à faire mieux que les précédentes fois. Les athlètes ont été préparés avec cet objectif. Il est évident que la performance des athlètes régionaux s’est largement améliorée.

L’océan Indien se retrouve au stade Linite des Seychelles pour son grand rendez-vous. “Les 8es Jeux demeurent plus que jamais le baromètre de la qualité et du niveau des sports pratiqués dans les sept îles qui prennent part aux compétitions. C’est la raison pour laquelle Maurice, à travers les financements du ministère de la Jeunesse et des Sports, s’est engagée à hauteur de quelque Rs 80 millions dans la préparation du Club Maurice. Car le sport mauricien joue une carte importante et déterminante dans ces Jeux, après la catastrophe de 2007 à Tana. Il va sans dire que chaque médaille aura son pesant d’or dans cet univers convulsif des JIOI. Plus que jamais, le quadricolore a besoin d’être soutenu et hissé au plus haut”, écrit Scope dans son édition spéciale dédiée aux JIOI.

Maurice termine troisième avec 155 médailles, derrière Les Seychelles, qui en comptent 127 (avec plus de médailles d’or que Maurice) et La Réunion, avec 189.

2015 : Et de trois pour La Réunion


Deux mille athlètes de La Réunion, de Maurice, de Maldives, de Madagascar, des Seychelles, de Mayotte participent aux Jeux. Les Comores ont décidé de ne pas être présents en raison d’une polémique politique qui se poursuit.

Quatorze disciplines pour des Jeux encore plus professionnels, avec des athlètes nettement mieux préparés à tous les niveaux. La Réunion récolte 209 médailles, Maurice 185, Madagascar 123, les Seychelles 96, Mayotte, 13 et les Maldives 8.

La barre est placée très haute pour la prochaine fois…