À 48 jours des 10es Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI), qui se tiendront cette année à Maurice du 19 au 28 juillet, des questions se posent. Parmi lesquelles on retrouve celle-ci : quel est le véritable attrait des Jeux ?

Dans le fond, cette question prend tout son sens quand on sait que les JIOI reviennent à Maurice après 16 ans. La dernière fois que Maurice avait organisé ces Jeux remonte à 2003. Le pari, ici, est de tenir la comparaison. La déclaration, revenue souvent, va rester gravée en lettres d’or. « Des Jeux cinq étoiles. » Les mots exacts de Stephan Toussaint, ministre de la Jeunesse et des Sports, vont résonner encore longtemps lorsque seront évoqués les JIOI 2019. Pourtant, la mayonnaise ne semble avoir jamais pris. Déjà, il existe la perception que les JIOI sont une histoire de gros sous. Le coût des billets, pour l’accès aux différents sites, fait déjà tiquer. « C’est un peu cher », admettait, sous le sceau de la confidence, un cadre du MJS.

La logique suit. « Une famille, avec deux parents et deux enfants, qui vient au stade, ça fait déjà plus de Rs1000. » Donc, la (mauvaise ?) perception commence ici. « Comment veut-on donner les Jeux à la population si on la met à l’écart ? », lance un sportif, sous couvert d’anonymat. Il va plus loin dans sa réflexion, parlant du système de billetterie en ligne. « Pour ceux qui sont habitués, c’est une bonne chose. Mais comment ça va se passer pour le public en général ? » Dans le fond, la communication ne passe pas. C’est l’analyse qui ressort. « C’est un fait que le manque de visuel n’aide pas sur ce point. » Un dirigeant sportif, qui est rentré au pays la semaine dernière après un voyage d’affaires, note lui aussi cette absence de communication. « Si l’on excepte une image pendant qu’on attend les bagages, devant le carrousel, il n‘y a rien d’autre. »

À 48 jours, donc, la mayonnaise a-t-elle pris ? « Non », s’insurge un ancien sportif, lui-même un ambassadeur des Jeux. Ce qui cloche ? « On a mis l’accent sur l’aspect festif. Pas sur les Jeux, pas sur les athlètes, et pas sur un élan patriotique qu’on pourrait bâtir autour. ».

En effet, les différentes éditions de Mobilisation Moris 19, annoncées comme un véritable crowdpuller et considérée comme un événement populaire, se transforment systématiquement en foire. « On reste sur cette idée de fête. Pourtant, un bien fait, la présentation de quelques athlètes. Mais après ? » La réflexion va plus loin. Cette fois, elle touche une discipline particulière : le football. Cela fait un moment que le Club M n’a pas joué à domicile. « On suit leurs matches sur Facebook, à travers les médias. Mais le public, lui, ne s’identifie pas à sa sélection nationale de football. Pourtant, aux JIOI, le football est considéré comme la discipline la plus importante », lance un arbitre international. La récente performance du Club M, à la COSAFA Cup en Afrique du Sud, risque-t-elle de plomber l’assistance ? « Non, mais il faudra vraiment que Maurice parvienne en demifinale. On ne va pas verser dans le pessimisme. Mais vu qu’ils viennent de se faire battre par les Comores… »

Pour l’heure, il est devenu urgent de créer cette conscience autour des Jeux. Les moyens – financiers ou autres – dont dispose le COJI devraient permettre de créer cette « reconnexion » – terme utilisé par Jean-Pierre Sauzier, CEO du COJI. « Ce n’est pas aussi compliqué de ramener les JIOI vers la population. Il y a des centres commerciaux qu’on pourrait utiliser pour la promotion des Jeux. » Et si les choses n’étaient pas aussi mal ?