Le Conseil international des Jeux (Cij), réuni hier matin, a décidé de ne plus autoriser les hymnes nationaux et toute autre manifestation de drapeaux pendant les JIOI, qui se déroulent actuellement à La Réunion. Un communiqué laconique pour expliquer la situation et un ordre qui n’a été respecté que partiellement.
Lorsque, vers la mi-journée, la nouvelle tombe, personne pour communiquer officiellement sur la question. Des bribes d’informations ici et là jusqu’à ce communiqué signé de Philippe Hao Thyn Voon, président du Cij, qui stipule que « lors des cérémonies de médailles, pour la levée de drapeaux, seul celui des Jeux sera hissé et seul l’hymne des Jeux retentira » et « lors des présentations des équipes, seul l’hymne des Jeux retentira ».
Un « dispositif adopté dans le but de préserver et d’assurer le bon déroulement des Jeux », afin « d’éviter des incidents sur le non-respect de la Charte et de l’article 26 du règlement intérieur ». Une décision adoptée à l’unanimité, comme l’indique encore le communiqué, qui fait état d’une session tenue le 2 août dernier.
Clair, net et concis. Sauf que les réactions ne tardent pas. Sur les réseaux sociaux d’abord, parmi les athlètes ensuite. « Absurde », « les Jeux les plus nuls », « les Mauriciens devraient rentrer » : des mots forts, comme pour exprimer un sentiment de révolte face à cette situation.
« J’enrageais. Je voulais que l’hymne national résonne et personne n’allait me priver du plaisir de monter sur le podium avec le drapeau », déclare la judokate Annabelle Laprovidence, médaillée d’or des -78 kg.
L’haltérophile mauricienne Roilya Ranaivosoa, elle, a vu quelqu’un venir lui demander de ne pas exhiber son quadricolore sur le podium au moment de recevoir ses médailles d’or. Elle remettra son drapeau, pour exhiber son écharpe aux couleurs mauriciennes.
Pour avoir une idée de la colère qui animait les spectateurs, il suffisait de visiter les lieux de compétition. Au gymnase du Moufia, le Motherland a été chanté, tout comme au dojo de Saint Denis, où la Marseillaise a été entonnée par l’assistance, debout, le poing levé.
Appelé à réagir, Thierry Grimaud, président du Coji, expliquait sur les ondes de la télévision réunionnaise que la décision a été prise à contrecoeur. « Ce n’est pas de gaieté de coeur. Si on n’avait pas pris la décision d’appliquer la Charte avant, pourquoi l’appliquer maintenant ? » s’interrogeait-il.
Au sein des délégations, les voix s’élèvent. Qui d’autre que Matthieu Dafreville, porte-drapeau de la délégation réunionnaise, et Joseph Mounawah, entraîneur reconnu entre tous, pour s’exprimer au nom des participants ?
« L’heure est grave. C’est comme une récompense qu’on nous retire. Tous les hymnes nationaux sont beaux. Je ne vois pas pourquoi on doit priver un athlète de son mérite », lâche Matthieu Dafreville. Joseph Mounawah, lui, va plus loin. « Souvenez-vous des JO de Moscou et de Los Angeles, lors des boycotts exercés par les Russes et les Américains. Pour en revenir aux JIOI, sans hymne national, c’est comme si on n’avait rien gagné ».
Roilya Ranaivosoa, elle, promet de « chanter le Motherland demain (ndlr : aujourd’hui) si mes amis montent sur le podium ». Le public et les athlètes ont en effet trouvé le moyen de contourner cet ordre. « Ils ont chanté leurs hymnes nationaux respectifs. Ils ont vite fait de trouver la parade », constatait Thierry Grimaud.
Cet impair a terni un peu plus ces JIOI. L’ambiance, déjà délétère, prend maintenant des tournures de crise diplomatique. Certains réclament que la délégation mauricienne rentre à la maison. L’esprit des Jeux, c’est presque fini.