La mission était quasiment impossible pour Jonathan Charlot, engagé en -77kg, et Ryan Proag, chez les -69 kg, aux World Games tenus du 21 au 30 juillet en Pologne à Wroclaw. Charlot, champion d’Afrique en titre et septième au classement mondial de la Fédération internationale de jiujitsu (FIJJ) depuis 2016, a été tiré dans la poule B. Pour son premier combat, il était opposé au Français Percy Kunsa deuxième mondial. Malgré une bonne entame, le Mauricien s’est incliné 9-6. Pour son deuxième engagement, il a retrouvé le Suédois Fredrik Widgren (3e mondial), contre qui il s’était incliné en 2016 lors des derniers championnats du monde. Et la donne fut la même que l’année dernière.
« Jonathan est rentré dans le circuit mondial depuis seulement huit mois alors que les autres y sont depuis de nombreuses années. Pour quelqu’un qui n’a pas encore fait une année parmi l’élite, son niveau est déjà très proche des meilleurs mondiaux. Ceci démontre bien son travail et le travail de la Fédération mauricienne de jiujitsu (FMJJ), dirigeants et coaches. Il y a cependant encore du travail et on va continuer ce travail, comme dirait l’anglais, « to up his game » », fait ressortir de président de la FMJJ, Nuvin Proag, qui avait fait le déplacement en Pologne en tant que chef de la délégation.
Quant à Rayan Proag, vice-champion d’Afrique 2016, il n’a pas été gâté par les événements : le Russe Pavel Korzavykh, numéro un mondial chez les -69 kg, était son premier obstacle. Le Mauricien de 19 ans seulement n’a pas pu faire grand-chose face à la supériorité de son adversaire. Jouant de la malchance, Proag s’est même blessé à l’épaule lors de ce combat et n’a pu continuer la compétition. Il faut souligner que ce dernier, bien qu’il est encore junior et huitième mondial, était en lice avec des combattants de la catégorie senior et plus expérimentés.
« Ryan y était principalement pour gagner en expérience et jauger le niveau qu’il faut qu’il atteigne dans les prochaines années quand il atteindra la maturité (25-30 ans). Il a encore une grosse marge de progression à accomplir, où il devra améliorer ses qualités physiques, musculatures, de forces et puissances. J’aurai souhaité qu’il tienne plus et qu’il fasse les deux combats prévus. Mais la blessure l’a empêché de combattre à son potentiel » , affirme Nuvin Proag.
Manque de soutien du MJS
Ce dernier, qui est aussi le vice-président de la FIJJ et président de l’Union africaine de Jiujitsu dans son bilan, n’a pas manqué de souligner la grosse préparation derrière la participation mauricienne. « Les deux athlètes se sont entraînés intensivement pour ces World Games. Ils ont abattu un gros travail avec leurs sparring-partners, à savoir Adil Dookee, Dylan Sawmynaden, Shandill Ramgutty et Chandrine Perrine, sous la houlette de notre DTN Nicolas Hery. Cela ne peut qu’être bénéfique pour les athlètes pour les prochains gros rendez-vous. Toute compétition n’est qu’une étape peu importe le résultat pourvu que les athlètes restent fidèles à leur engagement ».
Cependant, le président de la FMJJ n’a pas manqué de dénoncer le manque de soutien du ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS). « On ne nous accorde pas les moyens que l’on mérite pour progresser. Notre allocation financière est dérisoire. On n’a pas de soutien technique, pas d’aides non plus au niveau du transport. Nous n’avons pas d’infrastructure sportive à notre disposition, si ce n’est qu’on doit payer pour utiliser le dojo de Beau-Bassin qui bouffe 20% du budget, alors que d’autres fédérations nationales l’utilisent gratuitement. Il n’y a pas d’encouragement du High Level Sports Unit (HLSU) pour notre double champion et double vice-champion d’Afrique. Cependant, les autorités mauriciennes veulent qu’on ramène des résultats au niveau international, pour que nos athlètes puissent être acceptés au High Level. Mais les moyens dont disposent les nations fortes en Jiujitsu comme l’Allemagne, La France et La Russie sont incomparables à la nôtre », avance Nuvin Proag, qui a également tenu à « saluer » ses sponsors : Mitsubishi, My Gym, City Sport, Nabla Business Solutions, Island Links, Mégabyte, Pink Dots, V5 Immobilier, The Stone Specialists Ltd et Concrete World Ltd.