Le 3 novembre, le groupe Les Revivals fera un grand retour sur scène après son dernier grand concert de 1986. Créé dans l’esprit des mythiques Blue Stars, l’orchestre vient faire revivre de grands souvenirs.
“Il y a un monde de différence entre écouter une musique et l’apprendre”, martèle Gaëtan Rivet. L’écoute peut être nonchalante, mais la maîtrise passe par un exercice de décorticage et d’analyses extrêmement méticuleux. Le musicien doit savoir déceler les moindres petits sons, les silences et les effets qui s’imbriquent pour faire toute la force d’un morceau.
Ce principe, il a beaucoup insisté pour que ceux qui travaillent avec Christian Latour et lui l’adoptent. Car Les Revivals ne pourrait renaître si les principes sur lesquels la formation d’origine – les Blue Stars – avait été construite dans les années 60 ne sont pas scrupuleusement observés. “Ma femme me dit que j’en fais trop”, souligne Gaëtan Rivet, qui confirme : “Je suis extrêmement méticuleux.” Rien n’a donc été laissé au hasard dans les préparatifs en marge du concert du 3 novembre.
The last dance.
Le moment est attendu avec une impatience difficile à décrire. Certes, il y a eu des fêtes privées, des bals, des animations, mais le dernier vrai concert des Revivals remonte à 1986. Au Plaza cette année-là, le groupe avait donné deux représentations à guichets fermés. Malgré la demande, il n’avait plus trouvé le cadre approprié pour reprendre la scène. Le Plaza et le théâtre de Port-Louis ont été fermés pour rénovation. Depuis, ils se meurent à petit feu, dans une indifférence soutenue par la bêtise institutionnelle.
On ne déroge pas aux règles : deux semaines avant le retour des Revivals, tous les billets ont déjà été vendus. Un fait extrêmement rare dans le contexte actuel. Il y a ceux que le concept du concert a séduits ou encore ceux qui souhaitent retrouver les sons, les rythmes, les sensations de cette période.
Comptant une cinquantaine d’années de scène, Gaëtan Rivet connaît bien son public : “Je pense que les Mauriciens sont des nostalgiques de cette époque, de cette musique, de ces souvenirs qui ont bercé et marqué leur tendre enfance. Et j’ajoute à cela les paroles de Jacques Maunick, qui croit que cette musique est dans la mémoire collective des Mauriciens.”
Margarine.
Sur une photo précieusement gardée, cinq adolescents en costume posent fièrement, leurs instruments en main. Ils ont entre 13 et 15 ans et font déjà preuve d’une passion débordante pour la musique. La guitare tenue par le gaillard du milieu a été bricolée dans du formica blanc et avec des rayons de roues de bicyclette. Un micro, acheté chez Venpin et remboursé à Rs 5 mensuellement, a été placé à l’intérieur. La batterie : des boîtes de Blue Band Margarine en fer-blanc sur lesquelles du cuir de cabri a été tendu. Les couvercles servent de cymbales. Le mot margarine a été masqué par des étoiles bleues découpées par leur soeur dans des magazines.
Le groupe prend le nom de Blue Stars. Noël, Gaëtan et Stellio Rivet, Christian Latour et Mario Commarmond reprennent les Shadows, Elvis Presley, Cliff Richard, Hervé Vilard, Christophe, Adamo, Johnny Halliday, les Beatles, et tous ceux qui font bouger les années 60.
Tour du monde.
Blue Stars se bâtit une belle et prestigieuse réputation;  elle est d’ailleurs toujours citée lorsque référence est faite à cette période. Le groupe a continué à évoluer après le départ de certains de ses fondateurs et l’arrivée de nouveaux membres, dont Gérard Maunick, Eddy Rivet, Rodoman, Gilbert Zuel, Alain Huët et Eric Cangy. Attachée au Club Med, la formation aura bientôt l’occasion de parcourir le monde. Certains de ses membres s’arrêtent en cours de route pour poursuivre leurs carrières et leurs vies ailleurs.
Gaëtan Rivet, lui, rejoint les Corsaires avec Karl Brasse, entre autres. C’est pour faire revivre la musique de son adolescence qu’il crée les Revivals dans les années 80, dans le cadre d’une série d’émissions à la télé. Le retour de Christian Latour ainsi que d’autres rencontres permettent au groupe de s’engager dans une nouvelle voie, en animant des fêtes et des concerts. Puis, revient le silence.
Gaëtan Rivet a pensé à un retour lorsqu’il s’est rendu compte du potentiel du J&J Auditorium le jour où il y a assisté à la comédie musicale Mamma Mia ! L’idée est mise de côté… Mais tout s’était finalement mis en place par un heureux concours de circonstances. Christian Latour et Jacques Maunick seront également séduits par cette possibilité. Le projet peut alors être annoncé…
Richesse.
La musique de l’époque se distingue par sa qualité exceptionnelle, souligne Gaëtan Rivet.“Il y avait de la recherche, de l’harmonie et une vraie richesse dans les morceaux. C’est la raison pour laquelle des titres comme Only you ne veilleront jamais et seront toujours là dans 20 ou 30 ans. Cette richesse, nous avons voulu la partager avec le public à travers ce concert.”
Une cinquantaine de titres constituera le répertoire des Revivals, le 3 novembre. Désormais, le groupe comprend Gaëtan Rivet, Christian Latour, Clifford Allet, Reynolds Moothoo, Berty Norbert et Audrey Hee Song. Ils accompagneront les chanteurs suivants : Benjamin Paul, Stéphan Gébert, Anne Lise Prosper, Isabelle François, Leslie Chaperon, Gérard Caboche, Eric Montezuma, Raoul Ng Kwet Yam, Jeff Momplé, Patrick Aglar, Bernard Legrie et Audrey Oudin.
L’histoire continue. Désormais à la retraite, Gaëtan Rivet espère que ce nouveau chapitre sera aussi beau que les précédents. La motivation, le désir, la demande et les talents sont là. Mais demeure une tâche noire au tableau : “Mon souhait le plus cher en tant qu’artiste est de voir le Plaza renaître afin que tous les artistes, toutes communautés confondues, puissent avoir l’occasion de s’exprimer, de partager leurs multiples talents de nouveau sur cette scène mythique et d’apporter la joie dans le coeur des Mauriciens.”