Les syndicats de l’industrie sucrière, regroupés sous le Joint Negotiating Panel (JNP-GWF), se préparent à conclure en 2014 des négociations historiques avec la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA). Les syndicalistes, sachant pertinemment bien que cette année pourrait voir les dernières consultations syndicales au niveau national dans l’industrie sucrière en vigueur depuis les années 1940 avec le combat du syndicaliste Emmanuel Anquetil, comptent jouer leur va-tout dans la conjoncture. Un leitmotiv : la réforme de l’industrie sucrière se fait au détriment des travailleurs de ce secteur et au prix d’un redundancy massif des employés.
Ashok Subron, un des animateurs du JNP/GWF, se demande « si en 2014 l’industrie sucrière peut connaître de nouveaux conflits industriels comme il a été le cas en 2010 et 2012 ». Dans le camp syndical, l’état d’esprit est à l’offensive et à la combativité. Déjà, mercredi dernier, le JNP, qui regroupe l’AGWU, la SILU, l’AGWU et l’OUA, a abattu ses premières cartes avec ses propositions soumises aux représentants de la MSPA. Ensuite, vendredi prochain, une assemblée des délégués a été convoquée pour passer en revue cette étape des négociations avec le patronat et approuver la feuille de route pour les prochaines étapes.
Les quatre points fondamentaux de propositions syndicales sont les suivantes :
le prochain Collective Agreement doit respecter les « Requirements of the Fair Trade Agreement », notamment par rapport à la question de travailleurs saisonniers/contractuels, l’adoption d’un salaire minimal de Rs 13 700 par mois dans l’industrie sucrière, tout changement dans le Shift System et le travail en cas de force majeure soient calqués sur l’accord signé entre le JNP et Terra pour la récolte 2013 et le rejet de toute remise en cause des droits acquis s’ils ne sont pas favorables aux laboureurs et artisans.
« Ces propositions syndicales ont eu l’effet d’une douche froide sur les représentants de la MSPA. Pour notre part, les artisans et laboureurs de l’industrie sucrière attendent avec impatience la réaction officielle du patronat à ces demandes. Comme en 2010 et en 2012 où il y a eu des procédures de grève initiées, les syndicats de l’industrie sucrière ne comptent nullement se laisser marcher sur les pieds », déclare Ashok Subron.
Le JNP-GWF attend la MSPA au tournant de la Fair Trade Specification. Il est un fait que les exportations de sucre se font par le truchement du Syndicat des Sucres, institution enregistrée avec une Fair Trade Certification sur le plan international. L’une des conditions primodiales de cette dernière certification est que le sucre exporté est produit dans ces « conditions de travail décentes » et générant du même coup des primes spéciales. La position de la MSPA constitue un véritable test, car le JNP-GWF dénonce les conditions dans lesquelles s’est opérée la réforme sucrière.
« Cette réforme sucrière, avec d’importantes ressources financières de l’Union européenne et avec des concessions fiscales sous le SIE Act, a été adoptée sur le dos des travailleurs de l’industrie sucrière. Le bottom line de cette opération a été la mise au chômage en masse des employés permanents pour favoriser l’embauche de saisonniers et de contractuels et remettre en question des acquis de deux siècles de lutte dans l’industrie sucrière », souligne le négociateur de la GWF.
Ashok Subron révèle que l’industrie sucrière emploie moins de 5 000 permanents et cite le cas d’Omnicane Milling Ltd., où 141 employés permanents et 121 contractuels ont été déployés pour la dernière récolte sucrière. « Ces chiffres officiels fournis par la MSPA représentent une violation flagrante du plafond légal de 20% contractuels/permanents et ne cadrent nullement avec les conditions de travail décent sous le fair trade », s’insurge-t-il en commentant cette mutation dans l’industrie sucrière sous le MAAS.
Le JPP-GWF balaie d’un revers de la main les mises en garde de l’industrie sucrière au terme de la profitabilité. « Avec la réforme, les compagnies sucrières sont devenues plus florissantes. Il y a la génération d’électricité et le bizness later. Leur rentabilité n’a pas été affectée avec la baisse du prix du sucre et d’importants dividendes sont versés aux actionnaires », ajoute le syndicaliste. Il s’appuie sur des chiffres, soit des profits de Rs 476,9 millions en 2011 contre Rs 316 millions pour le compte d’Omnicane, Rs 1,4 milliard pour Alteo contre Rs 663,6 millions en 2010 et Rs 653 millions pour le compte de Terra en 2012 contre Rs 400 millions en 2010.
« Dans la conjoncture, les laboureurs et artisans de l’industrie sucrière s’attendent à un changement de mindset du patronat pour relever les défis de demain. Le signal fort devra se résumer à l’adoption des principes sous le fair trade encourageant la production sucrière dans des conditions décentes et non celles semi-esclavagistes avec la prolifération d’employés saisonniers aux dépens des permanents. Nous attendons de pied ferme la MSPA sur ce terrain et le jeu en vaudra la chandelle », conclut Ashok Subron.