Karis Teetan a obtenu un contrat de six mois avec le jockey club de Hong-Kong où il côtoyera les plus fines cravaches du monde. C’est une chance en or pour ce fils du sol qui aura l’occasion de démontrer toute l’étendue de son talent. Turf Magazine lui souhaite plein succès lors de son aventure qui débutera en septembre prochain.
Karis Teetan, vous allez être le premier mauricien à exercer à Hong-Kong en tant que jockey. On peut mesurer toute l’excitation qui vous anime…
C’est une opportunité en or. Il me faudra toutefois travailler d’arrache- pied pour réussir. Je retourne en Afrique du Sud avant de mettre le cap sur Hong-Kong le 14 août prochain où je ferai connaissance avec mon nouvel environnement où mon premier contact avec les chevaux sera sur les pistes d’entraînement. 
Comment une offre pour aller travailler à Hong-Kong s’est-elle matérialisée ?
J’ai envoyé mon curriculum vitae. Mais il faut dire que Samraj Mahadia m’a beaucoup aidé dans mes démarches. Il était là-bas au début de l’année et il a entendu dire qu’on recherchait un poids léger. Il a tout de suite enregistré mon nom. Je le remercie pour cela. Puis, j’ai été choisi et on m’a téléphoné pour m’annoncer la bonne nouvelle. Sachez que je vais remplacer un autre Sud-Africain, Richard Fourie, qui a dû regagner l’Afrique du Sud.
On imagine que chaque destination est unique?
Oui, mais je pense que Hong-Kong demeure la destination la plus compétitive. Les courses sont notamment très difficiles vu le niveau des jockeys et aussi celui des chevaux présents.
Peut-on dire que c’est une consécration pour vous dans le sens où se sont les meilleurs jockeys qui exercent à Hong-Kong ?
Oui. Quand j’ai reçu l’appel me confirmant que j’avais été engagé, que ma demande avait été approuvé, je n’y croyais pas. C’est vrai, ce sont les top qui exercent dans ce pays. Etre présent parmi les top, c’est un honneur et aussi un privilège.
Vous avez obtenu un contrat de six mois …
Oui. Les contrats sont d’une durée de six mois et sont renouvelables, dépendant de nos performances. Je pense pouvoir m’en sortir et faire honneur à la confiance placée en moi. 
Dites-nous comment s’est manifestée cette passion pour les courses hippiques d’autant qu’aucun membre de votre famille n’était, de près ou de loin, proche des courses?
Je n’ai, effectivement, aucun parent dans le giron, mais la chose hippique est imprégnée dans le sang de tous les Mauriciens. Depuis tout petit j’avais qu’une envie, être avec les chevaux. Je pense que chaque personne a un don et le mien est de travailler avec les chevaux. Je suis d’avis que je n’aurais pas pu faire autre chose. Je dois souligner que mon frère cadet Mervin est à sa première année à l’académie de Summerveld.
Parlez-nous de votre apprentissage à l’académie en Afrique du Sud?
J’ai quitté Maurice à l’âge de 13 ans et j’ai rejoint la South African Jockeys Academy (SAJA) en 2004. Nous étions à l’époque deux à avoir été choisi par le Mauritius Turf Club, l’autre étant Roby Bheekary. Parler l’anglais ne fut pas évident pour moi. Les choses ne furent pas faciles au départ mais je fus bien aidé et je dois remercier tous ceux qui m’ont été en quelque sorte d’une aide appréciable. Mais grâce à mon dur labeur, je parvins à terminer mon apprentissage en 2009, soit à l’âge de 18 ans, avec un total de 147 gagnants. J’en ai 23 aujourd’hui et je m’approche tout doucement de la barre de 500 victoires.
Quelle a été votre meilleure saison en Afrique du Sud?
Ce fut l’année dernière avec 110 victoires. Ce fut ma meilleure saison jusqu’à maintenant mais ce n’est pas pas la première fois que je dépasse la barre de 100 victoires. Je l’ai fait au cours de ces dernières années..
Et vos plus grandes réussites ?
C’est définitivement avec Jackson. Il m’a offert deux Groupe 1. Il m’a aussi permis de remporter une épreuve de Groupe 2. Je compte aussi plusieurs victoires dans des courses de Groupe 3. Au fait, j’ai remporté quatre Groupe 1 en Afrique du Sud et un au Zimbabwe. C’est vrai qu’il faut également de bons chevaux pour vous porter au but. La tâche du jockey devient ainsi plus facile. Il faut aussi obtenir la confiance des entraîneurs. Et là, je ne peux ne pas parler de la confiance placée en moi par Paul Lafferty, Patrick Lunn, Gavin van Zyl, Herman Brown et Tony Rivalland durant les premières années de ma carrière. Sans eux, je ne serais pas arrivé à là. Il y a aussi eu Glen Cotzen qui m’avait offert un contrat en 2009 pour monter ses chevaux à Cape Town, dont un certain Big City Life.
Hong-Kong était à la recherche d’un poids léger. Peut-on savoir votre poids de forme ?
Je monte régulièrement à 49kg mais la balance vient d’afficher 48.5kg (ndlr : samedi dernier).
On vous savait en partance pour Hong-Kong, mais voilà que vous retournez au pays, même si c’est l’espace d’une journée seulement ?
J’avais rencontré Gilbert Rousset au Durban July et je me suis enquéri auprès de lui de la suspension de Johnny Geroudis. C’est en fait Johnny Geroudis qui m’a convaincu de venir monter pour Gilbert Rousset.
Venir exercer à Maurice durant toute une saison est-ce une possibilité que vous avez déjà envisagée ?
Pas dans l’immédiat. Je n’y pense pas. Je préfère aller tenter ma chance à l’extérieur et prendre du galon. Je pense devoir encore apprendre pour devenir l’un des meilleurs au monde. Quand j’aurai l’impression de ne plus pouvoir progresser, on verra.
Parlons maintenant des chevaux que vous avez montés. Red Lotus fut votre première monte pour l’écurie Rousset et vous êtes parvenu à faire mouche d’entrée ?
J’avais considéré Red Lotus comme étant une bonne monte après l’avoir travaillé à l’entraînement. Il a été exact au rendez-vous. Je dois dire que mon cheval a bénéficié d’un très bon rythme de la part de King Fahiem qui , d’après moi, était parti sur des bases trop élevées. J’ai laissé mon cheval courir à son rythme et il a bien accéléré en fin de parcours.
Avec Sands Of Fire, vous avez réussi là où d’autres ont échoué ?
Cela se voyait que l’entraîneur avait bien préparé le cheval avant cette course. J’ai eu l’occasion de visionner ses dernières courses et je savais que son plus gros problème était son départ. Il avait relativement un bon numéro de corde et il est parvenu à trouver une bonne position dans le parcours. Il a bien accéléré dans la ligne droite finale pour conclure par une victoire.
Avec Kite Surfer, vous êtes repris sur la ligne après avoir mené les opérations …
Kite Surfer a un peu tiré durant la course. Il a, par la suite, versé à l’extérieur dans la ligne droite. Je suis d’avis que s’il avait continué tout droit son effort jusqu’au poteau, il l’aurait emporté. Il aurait battu Istiqraar, j’en suis convaincu.
Que pouvez dire de Dee Major
Les autres sont partis trop vite d’après moi. J’ai préféré ne pas les suivre mais Dee Major n’a pas été en mesure de continuer sur le même rythme. Il n’a pas quicken en fin de course. (Ndlr : Un examen du cheval révéla qu’il avait des traces de sang dans sa trachée.)
Eskimo Roll qui ne termine que troisième ?
Il s’est retrouvé le nez au vent durant la course et s’est montré ardent durant la partie initiale. Ce ne fut qu’au 600m que j’ai pu trouver les barres. J’ai attendu le plus possible pour lui demander de produire son effort vu qu’il s’était dépensé prématurémenet. Je trouve qu’il a réalisé une bonne course en terminant à la troisième place.
Et Glory Boy ?
Il a un peu versé à l’intérieur dans la ligne droite finale. Je trouve qu’il possède encore un marge de progression.
On annonce que vous pourriez être des notres dans deux semaines. Est-ce vrai ?
Je repars pour être en action le 27 juillet en Afrique du Sud, dans deux courses de G1, où je piloterai  E-Jet dans la Gold Cup et Blaze Of Fire dans la Champions Cup. Je serai peut-être de retour le 3 ou le 4 aout prochain si j’obtiens de bonnes montes. En ce qui concerne Hong-Kong, ma première course est programmée le 8 septembre prochain.