Le ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, n’a pas eu les coudées franches pour la préparation du budget 2014 présenté par le gouvernement vendredi dernier, a affirmé le député de l’opposition, Joe Lesjongard, lors de son intervention au parlement hier, dans le cadre des débats budgétaires. Selon lui, il y a aussi eu une faible participation des ministres dans cet exercice.
Le député Lesjongard a ouvert son discours en affirmant que le budget présenté par le ministre Duval « ne relancera pas l’économie ». Cela après une analyse des mesures et selon les commentaires d’un grand nombre d’acteurs économiques, indique-t-il. Comparant les trois budgets présentés par Xavier-Luc Duval, M. Lesjongard relève que pour la première fois, le document circulé évoque « budget of the government of Mauritius ». De ce fait, il estime que le ministre des Finances veut faire passer un message. Selon lui, « le ministre des Finances n’a pas eu carte blanche pour préparer son budget et a été forcé d’y mettre des mesures ». Pour illustrer ses propos, il cite en exemple l’annonce pour la relance du foot et « la télévision privée ». Selon lui, ce sont des mesures dictées par le Premier ministre. Il affirme que certaines mesures ne reflètent pas la vision d’un leader d’un parti « social démocrate ».
Il est aussi d’avis qu’il y a eu une très faible participation de certains ministres du gouvernement. Pour lui, c’est dû au fait que le Premier ministre Ramgoolam ne leur fait pas confiance et aussi qu’il estime certains « médiocres », « pour reprendre », affirme-t-il, « les propos du député Reza Issack dans la presse », par le passé. Il faisait référence à deux ex-députés du MSM. Il estime que « le Premier ministre a aussi parlé à plusieurs reprises de Judas autour de lui en faisant référence à ses propres ministres ». « Nous avons mis notre pays entre leurs mains, vous n’allez pas me dire que nous avons mis notre pays entre les mains des Judas », a fustigé M. Lesjongard. « Que le Premier ministre ne fasse pas confiance à ses ministres cela reste une question fondamentale », poursuit-il. De plus, il est d’avis qu’il n’y a eu aucune réaction de ceux qui sont visés par le Premier ministre. Ce qui montre combien ils sont attachés à leurs postes et n’ont pas de d’honneur, avance-t-il. Et de se poser la question sur comment ils font pour répondre à leurs enfants et à leurs mandants sur ces propos. « Un jour vous devez rendre des comptes. J’espère qu’il reste encore des hommes et des femmes d’honneur dans mon pays », dit-il. A plusieurs reprises, M. Lesjongard a lancé « Cry, my beloved country ». Référence est faite au titre de l’ouvrage de l’auteur sud-africain, Alan Paton.
Joe Lesjongard affirme que malgré les plaintes répétées de la population, le Premier ministre ne peut agir parce qu’il est tenu en otage par un petit nombre d’entre eux. Il estime aussi qu’il est temps que le Premier ministre procède à un remaniement ministériel.
Le député de l’opposition a voulu décortiquer le budget et analyser les avancements faits par le gouvernement. Il a déploré le fait que l’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam qui a coûté Rs 14 milliards au gouvernement, puisé de l’argent public, n’ait pas encore de plan directeur. « Comment se fait-il qu’on dépense autant d’argent, à payer des consultants internationaux et qu’il n’y ait pas de plan directeur ? », se demande-t-il. Joe Lesjongard a aussi trouvé inacceptable que le port, ayant nécessité des mesures de sécurité importantes et ayant un impact majeur sur l’environnement, n’ait pas de plan directeur et que rien n’a été mentionné dans le budget 2014 en ce sens.
Au niveau des infrastructures routières, il estime que le ministre de tutelle, Anil Bachoo est au courant que la construction de nouveaux axes routiers ne réglera pas la question surtout avec le nombre croissance de véhicules sur nos routes. Le député est d’avis qu’il est le seul à savoir pourquoi il continue avec ses projets avec d’autres provisions dans le budget. Il affirme, en se fondant sur deux rapports du professeur Rughooputh de l’université de Maurice et d’un cadre supérieur du Fonds monétaire international, que la seule solution est l’introduction du métro léger.
Évoquant le secteur de l’énergie et des services publics, il avance que le ministre de tutelle est « complètement incompétent ». Il déplore le fait qu’alors qu’une publication officielle du Central Electricity Board (CEB) parle de « engines being problematic », pour le CEB en ce qui concerne son impact sur l’environnement, ces engins continuent à servir le pays et la population continue à payer pour leur inefficacité. Ce sont quelques-uns des questions évoquées par le député Lesjongard qui devait aussi  plus tôt réfuter quelques arguments du ministre des Technologies informatiques et des Communications (TIC), Chedumbrum Pillay, au sujet du Illovo deal et qui avait fait grand bruit des deux côtés de la chambre. Selon lui, un certain nombre de services importants du gouvernement se trouve aujourd’hui sur ces mêmes terres « d’Illovo ».