Vibrant plaidoyer en présence de parlementaires de 14 pays de la SADC, dont Maurice, contre la criminalisation de l’usage des drogues par le Speaker de l’Assemblée nationale des Seychelles à Johannesburg, mardi. Le Dr Patrick Hermine a réclamé « l’éradication de l’épidémie des mauvaises lois », qui limitent l’accès aux soins, qui favorisent la propagation du VIH/Sida et qui empiètent sur les droits des plus vulnérables. Son appel concerne aussi l’homosexualité et l’avortement tandis que les Seychelles sont en passe d’adopter une nouvelle politique en faveur de la santé publique. Le Dr Hermine était l’invité principal d’un symposium organisé par le Forum parlementaire de la SADC avec le soutien de la Aids And Rights Alliance of Southern Africa. Maurice y est représenté par trois parlementaires, Manish Gobin, Ritish Ramphul et Roubina Jadoo-Jaunbocus.
« En tant que médecin je sais que la criminalisation n’a aucune place dans le domaine de la santé publique. Elle est même contre-productive puisqu’elle conduit les gens dans la clandestinité loin des services de santé et d’encadrement », a déclaré le Dr Patrick Hermine aux pays représentés au sein du Forum parlementaire de la SADC à Johannesburg, mardi. « La criminalisation est un désastre au niveau de la santé publique », a-t-il fait ressortir dans un discours qu’il a lui-même qualifié de provocateur. L’objectif est de susciter le débat. « Ce que nous ferons maintenant décidera de comment l’histoire nous jugera. »
Intervenant en présence de parlementaires de 14 pays, dont Maurice, il a plaidé pour la décriminalisation de l’usage des drogues et de l’homosexualité. Il a aussi fait le lien avec l’avortement et a évoqué le délicat sujet des travailleurs du sexe. Invité principal d’un symposium axé sur le VIH, la criminalisation, la lutte contre la discrimination et les droits humains, le Dr Hermine a affiché la nouvelle voie dans laquelle se sont embarqués les Seychelles dans leur politique touchant aux drogues et à l’homosexualité.
Un discours qui peut surprendre puisque les Seychelles ont maintenu une politique conservatrice face aux drogues et à l’homosexualité pendant longtemps. Le sujet avait même fait débat lors du Colloque qu’avait organisé la Commission de l’Océan Indien (COI) dans l’île en 2010. À cette époque, c’est Maurice qui montrait le bon exemple puisque le pays avait déjà adopté le programme d’échange de seringues et la thérapie de maintenance à base de Méthadone. Ces mesures de réduction des risques sont aujourd’hui remises en question par le gouvernement à travers le ministre de la Santé, Anil Gayan. Et la nouvelle position du pays suscite bien des interrogations au niveau de la région et des spécialistes.
À Johannesburg, mardi, le Dr Hermine a demandé aux pays de la SADC de soutenir les programmes d’échanges de seringue comme mesures de réduction des risques contre le VIH et les hépatites. Ce, dans un contexte où les chiffres montrent une hausse dans la consommation de drogue : « Il est grand temps pour nous de faire la différence entre le trafic de drogue et l’usage de drogue. L’un est un problème légal, l’autre concerne la santé publique. Il est de mon opinion que la dépendance aux drogues est une maladie semblable au diabète ou à la pression artérielle. C’est de la folie que de croire que ce problème peut être géré par des lois. Il a été démontré que la criminalisation tient les usagers loin des services de santé et les rend vulnérables au VIH. »
Il a aussi lancé un vibrant appel aux pays de la région pour démontrer un leadership politique fort en faveur du respect des droits humains de tous les individus. « Débarrassons-nous des lois qui empiètent sur les droits des plus vulnérables. Éliminons la peine de mort et les longues périodes d’emprisonnement. Notre plus grand défi aujourd’hui c’est d’éradiquer l’épidémie de mauvaises lois. »
À la tête de la Aids And Rights Alliance of Southern Africa (ARASA), Michaela Clayton a estimé qu’il est temps pour la région de se focaliser sur ce qui a fonctionné pour veiller aux droits des populations les plus vulnérables et pour permettre l’éradication du VIH d’ici 2030, comme préconisé.
Du 9 au 13 mai, les parlementaires participant à ce symposium sont à l’écoute des experts et discutent des nouvelles approches préconisées pour réduire les infections au VIH/Sida dans la région tout en favorisant le respect des droits de tout un chacun. Présente à cette rencontre, Roubina Jadoo-Jaunbocus, parlementaire du MSM, a plaidé en faveur de la prévention, de l’éducation, de l’accès au soin et au dépistage alors que la criminalisation de la transmission du VIH/Sida est un sujet qui fait débat dans la région. Pour la parlementaire mauricienne, « one new case is one too many. » Les autres parlementaires participants sont Manish Gobin et le député du PTr Ritish Ramphul. Kunal Naik de l’organisation mauricienne Urgence Toxida (CUT) intervient aujourd’hui sur la réduction des risques tandis que la criminalisation des usagers de drogues sera aussi au programme.
L’ouverture du symposium à Johannesburg a aussi été marquée par le plaidoyer du Dr Esau Chiviya, secrétaire du Forum parlementaire de la SADC, afin que cette instance devienne un parlement régional comme cela avait décidé depuis 1997. Ce qui permettrait un dialogue soutenu au niveau de la région et la coordination des actions.