Joseph Conrad, orphelin polonais, marin, capitaine britannique, écrivain du monde entier, a connu trois périodes successifs de sa vie : l’exil, la mer, la littérature. Si l’écrivain n’est pas né au bord de la mer, on peut se demander où il a nourri son rêve ? A dix-huit ans, il a traversé trois fois l’océan jusqu’aux Amériques. Il navigue pendant vingt ans. Il assume tous les rôles de l’homme de mer : passage, novice, jeune officier, second, capitaine. Il fréquente tous les mers, de la manche à l’océan Indien. « Un sourire de la fortune », une longue nouvelle de Conrad se passe à l’île Maurice. Cette nouvelle a été publiée dans le London Magazine en 1911 et reprise l’année suivante avec deux autres dans « Entre terre et mer », un recueil qui marque un cap décisif dans l’oeuvre de Joseph Conrad. « Un sourire de la fortune », traduite de l’anglais par Marie-Louise Ramiah, Nashreen Bundhun et Monica Maurel, a été publiée dans les nos. 23/24 de la revue l’Atelier d’écriture. Antoine de Gaudemar, qui a préfacé « Un sourire de la fortune », est d’avis que la nouvelle s’inspire d’un événement autobiographique déterminant dans la vie de Conrad. Il a trente ans lorsqu’il séjourne pour la première fois à Maurice. Selon ses biographes, il serait tombé amoureux d’une jeune créole Eugénie Renouf. Il avait même demandé la main d’Eugénie à son frère Gabriel, mais la jeune fille épouse deux mois plus tard un pharmacien de Port-Louis. Conrad, déçu, aurait déclaré qu’il ne reviendrait jamais à Maurice. Les archives nationales conservent la trace du passage de Conrad à Maurice. Outre cette hypothétique histoire d’amour à Maurice, « Un sourire de la fortune » dépeint quelques aspects de la société coloniale à Maurice. On sait aussi que Conrad sait bien évoquer la mer lorsqu’elle est le décor du drame humain. A découvrir les amours déçues de Conrad et ses négociations commerciales à Maurice dans « Un sourire de la fortune ». D’autres hypothèses sur la femme, la mer, les ténèbres peuvent être avancées.