Le communaliste n’existait point à l’époque selon Joseph Tsang Mang Kin

« Ayo mo pa ti kone ou le krwar ». Le rire de Joseph Tsang Mang Kin, qui résonnait jusqu’alors sous les voûtes du Heen Foh Hall, a laissé place en un clin d’oeil à la tristesse lorsqu’on lui a appris la démolition de l’ancêtre du Royal College. Se prêtant volontiers au jeu du « Je me souviens », l’ancien pensionnaire de la « la school » comme élève de 1950 à 1956 et professeur de 1962 à 1967 nous raconte quelques souvenirs et anecdotes passés dans l’établissement qu’il considère être le symbole de la réussite de notre élite.

Selon l’ancien ministre des Arts et de la Culture, il régnait une atmosphère particulière au Royal College sise rue Edith Cavell: Une ambiance détendue, amicale mais aussi sérieuse et d’un haut niveau intellectuel. « J’ai beaucoup de peine qu’on puisse détruire la structure d’une institution qui a acquis une connotation bien précise, celle ayant ajouté du prestige au pays » soupire Joseph Tsang Mang Kin qui y reviendra sans cesse au cours de la discussion.

Des élèves prenant le thé dans la fameuse varangue fermée en 1959

Aussi pour se remémorer « le beau bâtiment en bois de l’établissement, recouvert de bardeaux » composé entre d’une dizaine de salles de classe avec « une nature respirante. » Fils cadet issu d’une famille modeste, Joseph Tsang Mang Kin qui a la particularité d’être né le 12 mars intègre « la school » en 1950 après ses études à l’école primaire de Cassis. Débute alors les moments les plus heureux de sa vie. « Le communalisme n’existait pas à l’époque de par les idéaux prônés par cette génération de patriotes », fait-il ressortir et d’exprimer sa fierté d’avoir côtoyé des élèves comme Gaétan Raynal, Cassam Uteem, Alex Fong Sing ou encore Surendra Bissoondoyal, lequel fut lauréat du collège en 1957.

Joseph Tsang Mang Kin découvre alors une passion pour la science vouant une grande admiration pour son professeur de physique, Sir Dayendranath Burrenchobay celui-là même qui fut par la suite gouverneur général de Maurice de 1978 à 1983. « ll rendait ses classes attrayantes en s’appuyant sur des expériences et des travaux pratiques pour mettre en évidence la portée de certaines lois ou formules. » Les cours « de haut niveau » dispensés par Raymond Chasle et Esprit Dennemont respectivement prof de français et d’histoire font également l’objet d’éloges de la part de l’ex ministre de la Culture qui ne prive pas également pour distiller certaines anecdotes de ses années au collège. L’on découvre, malgré la réputation «intello» et «chétif» des élèves à l’époque que certains donnaient du fil à retordre aux enseignants. « J’étais le chef d’une bande d’agitateurs », rigole le fringuant octogénaire. « Nous étions avec certains potes, des adeptes de croc en jambes et heureusement que l’on a en maintes occasions évité que les choses dégénèrent en un vrai pugilat échappant par la même à la bastonnade des profs !»

Joseph Tsang Mang Kin se souvient également du petit laboratoire des locaux dans lequel « on faisait de temps en temps les fous où l’on en sortait quelque fois avec des trous dans le caleçon. » Après l’obtention du Higher School Certificate (HSC), l’élève n’ayant pas les moyens pour aller étudier à l’étranger, prend des cours par correspondance de l’université Oxford culminant sur l’obtention d’un BA Honours.

Joseph Tsang Mang Kin prend l’emploi comme reporter au Daily News puis comme enseignant à la Chineese High School, Bhujoharry College, st Andrews school avant d’être recruté au pour enseigner au College Royal. « Un retour aux sources logique que je sentais venir » dira l’octogénaire qui eut entre autres comme élève l’actuel ministre du Tourisme, Anil Gayan, lauréat de la cuvée 1968. Le plus grand regret de Joseph Tsang Mang Kin, est de ne pas avoir conservé des photos de souvenir afi n d’immortaliser et faire ressusciter l’écrin qui « inspire à jamais les efforts humains qui ont grandement aidé à poser les fondations de notre pays. »

CASSAM UTEEM, ANCIEN ÉLÈVE:

« Le nouveau bâtiment ne remplacera jamais les valeurs de la school »

Cassam Uteem ne mâche pas ses mots en ce qu’il s’agit de la démolition du collège qu’il a fréquenté de 1954 à 1959. « Je suis outré qu’aucun ministre ne soit intervenu pour qu’il ait au minimum un débat autour de la question. » L’ancien président de la République met en avant le poids historique et ses caractéristiques uniques pour égratigner les autorités. « Je serais certainement intervenu en tant que président pour protester ou après si j’avais été mis au parfum qu’on détruirait ce monument architectural de 250 ans », s’insurge Cassam Uteem qui se replonge alors dans les souvenirs de ce lieu et revoit le bassin Royal, « comme on l’appelait » au fond de la cour qu’on utiliserait en cas d’incendie pendant la seconde guerre mondiale. « Nous avions un petit terrain de foot et de volley, la fameuse varangue fermée où nous allions prendre le thé et notre petite bibliothèque qui a été au coeur de notre réussite éducative. » Tout comme Joseph Tsang Mang Kin, Cassam Uteem avait son prof favori, en l’occurrence, J. M. Frank Richard : «Il était pour moi l’icône de l ´enseignement à Maurice, le spécialiste de Shakespeare et des auteurs médiévaux et romantiques anglais. » Certes selon, l’ancien député, « La nouvelle cour suprême sera une beauté architecturale qui ne remplacera en revanche jamais le bijou qu’a été le bâtiment de la school et ses valeurs éducatives. »