Comme c’est le cas chaque année, ils ont été nombreux à être présents au War Memorial, ce dimanche à Curepipe, pour rendre hommage aux anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale. Un moment d’intense émotion pour beaucoup…
11h. Les notes du Last Post sont les seules à interrompre le silence qui règne autour du War Memorial à Curepipe. En ce dimanche 13 novembre, les anciens combattants sont rassemblés et se souviennent de l’expérience douloureuse de la Seconde Guerre mondiale. Moment d’intense émotion et de tristesse, mêlé à la fierté d’avoir non seulement participé à cette guerre pour la paix auprès des soldats britanniques, mais aussi d’être rentrés vivants, contrairement à certains de leurs frères d’armes. Dimanche, le pays s’est souvenu de leur bravoure et leur a rendu hommage.
Médailles.
C’est un silence presque religieux qui a plané par la suite devant le collège Royal de Curepipe, avant que dirigeants et dignitaires du pays ne déposent des gerbes de fleurs au pied du monument.
Comme chaque année, malgré leur âge, les anciens combattants ont tenu à être présents pour participer à cette cérémonie commémorative, certains arborant fièrement leurs médailles.
Mais au fil des années, leur nombre n’a cessé de diminuer. Ils étaient 12,500 à participer à la guerre de 1939-1945 à divers niveaux, et 22,500 à avoir servi dans l’armée britannique entre 1945 et 1956; ils ne sont plus que 3,000 à être aujourd’hui enregistrés au Mauritius Ex-Services Trust Fund. Les veuves des anciens combattants sont, pour leur part, au nombre de 8,000 environ.
Qui-vive.
Parmi les anciens combattants rencontrés, Gabriel Bertin, qui se souvient sans difficulté du numéro de son matricule, le 18138361. C’est après la Guerre qu’il a servi dans l’armée, avec pour mission la surveillance des équipements. Tout comme son ami Ramdev Nayendral, il est venu rendre hommage à ses anciens compagnons, dont “certains sont morts sur le front”.
Ramjauny Heenous, 96 ans, se souvient, lui, des “sept ans, trois mois et 17 jours” qu’il a passés au front dans divers pays, à commencer par l’Égypte. À l’époque, il voulait “faire comme les autres”, et c’est ainsi qu’à 26 ans, il s’est retrouvé dans l’armée britannique. Toujours très lucide, il raconte les conditions dans lesquelles ses frères d’armes et lui ont vécu sur le front : leurs bottes leur servaient d’oreillers, leurs fusils devaient constamment être à portée de main et, eux, toujours sur le qui-vive. “Nous devions être prêts à engager le combat dès que l’alerte était donnée”, confie-t-il.
Hommage.
Arborant lui aussi ses médailles, Satanund Semdhoo, 90 ans, raconte que cette expérience de la guerre a été très difficile à vivre. “Nounn byin pas mizer”, avoue-t-il. N’avoir qu’un simple morceau de pain pour tout repas, et une petite ration d’eau qu’il fallait partager à plusieurs dans un camp de prisonniers… Ces moments auront été les plus durs pour lui.
Ce dimanche à Curepipe, il n’y avait pas seulement les anciens combattants et les invités officiels qui s’étaient déplacés pour l’hommage de la nation. Une petite foule s’était également rassemblée en face du monument pour suivre la cérémonie. Emmanuel Jolicoeur en faisait partie. Trop jeune à l’époque pour s’enrôler, il n’a pas combattu, mais est venu au nom de son frère qui, plus âgé, était parti pour la Guerre. Toujours en vie mais souffrant, le frère d’Emmanuel est d’habitude présent à la cérémonie chaque année. Même si celle-ci constitue un moment de tristesse, lui rappelant tous ceux qui sont décédés, Emmanuel éprouve néanmoins une grande fierté que son frère compte parmi ceux qui ont combattu pour la paix.
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Manque de respect
Seul bémol constaté au cours de cette cérémonie de commémoration : le manque de respect de certains au moment où retentissait le Last Post, la “sonnerie aux morts” rituelle qui précède la minute de silence. Dans la foule, les bavardages ne se sont pas interrompus, malgré les rappels à l’ordre des personnes ayant un plus grand respect pour cet instant solennel. En dépit des “chut”, les commentaires continuaient.