Depuis une quinzaine d’années, le Teachers Day, célébré le 5 octobre, est jour de congé pour les enseignants à Maurice alors que dans beaucoup de pays c’est un jour d’école normal même si cette journée est décrétée par l’Unesco. Les dirigeants syndicaux ont beau arguer que c’est « un congé mérité en reconnaissance de l’excellent travail abattu par les profs », à voix basse, les principaux concernés confient que « se enn konze pou nanrien » en pleine saison d’examens de fin d’année. D’ailleurs la majorité d’entre eux boudent les activités organisées par leur syndicat ce jour-là. En revanche, le travail de révision se fera l’après-midi durant les leçons particulières…
Depuis l’époque d’Armoogum Parsuramen, le ministère de l’Éducation accorde un jour de repos au personnel enseignant pour le Teachers Day. Est-ce désormais un acquis ? « Non », réplique Vinod Seegum, président de la Government Teachers Union, le principal syndicat du primaire, « nous devons faire une demande chaque année au ministère ». « Quel politicien osera ne pas satisfaire la demande syndicale ? » observe un autre syndicaliste en soulignant la supériorité numérique des enseignants. Selon les dernières statistiques officielles, il y avait au 31 mars dernier 5 577 enseignants dans le secteur primaire (4 227 General Purpose Teachers et 1 350 Oriental Language Teachers) pour un total de 116 068 élèves. Au secondaire, il y avait à la même date 7 873 profs dans le “mainstream” et 634 dans la filière “Prevocational Education”.
Cette Journée mondiale a été célébrée pour la première fois en 1992 à Genève, où se déroulait la Conférence internationale de l’éducation. Elle a pour but de rendre hommage aux enseignants qui jouent un rôle essentiel dans le développement de l’éducation et dans la formation de tout individu. Une contribution que nul ne conteste et qui rejaillit ensuite sur le pays. À ce jour, à la demande de l’International Education et de l’Unesco, plus de 100 pays à travers le monde observent le World Teachers Day mais plusieurs d’entre eux le célèbrent à une autre date de l’année, à l’instar de l’Argentine le 11 septembre et de l’Inde le 5 septembre. Ces deux pays ont choisi la date anniversaire d’un événement qui a marqué l’éducation dans leur pays respectif pour rendre hommage à leurs enseignants.
Pas un acquis
À Maurice, les enseignants et les élèves sont en congé chaque 5 octobre depuis plusieurs années mais les portes des écoles n’étaient pas fermées car le “non-teaching staff” était obligé pour sa part d’être à son poste pendant toute la journée. Le personnel concerné, notamment les “clerks” et les plantons, considérait sa présence à l’école ce jour-là comme ni plus ni moins qu’« une punition » infligée par l’employeur. Les syndicats d’enseignants ont plaidé leur cause et depuis l’an dernier, ils chôment eux aussi. « Le non-teaching staff fait aussi partie de la grande famille de l’éducation, il contribue à sa manière à la bonne marche de l’éducation, pourquoi donc le tenir à l’écart de cette célébration ? » pensent des Head Teachers.
Cependant, les avis sont partagés à l’intérieur du secteur de l’éducation quant à ce jour de congé le 5 octobre. Même si le président de la GTU souligne que ce jour de repos « n’est pas un acquis » car le syndicat doit négocier à chaque fois avec le ministère de l’Éducation, il souhaite le maintien de cette pratique. « Il faut reconnaître le travail des enseignants, qui est extrêmement difficile et complexe », avance Vinod Seegum. « Tout le monde doit leur rendre hommage », poursuit-il. « Ce congé n’a pas sa raison d’être. Si on applique la même logique à chaque Journée internationale il faudrait alors accorder un jour de repos aux infirmiers pour le Nurses Day et un congé à tous les employés du secteur de l’environnement quand on célèbre la Journée de l’Environnement », estime un inspecteur du primaire. Un autre membre en vue d’un syndicat de l’éducation, connu pour son franc-parler, abonde dans la même direction. « Un jour de congé sur un plateau servi aux enseignants. Ce sont les enfants qui sont les perdants avec ce jour de congé », constate cet enseignant de carrière. Il est bon de souligner ce n’est pas obligatoirement un jour de fermeture d’école dans les pays qui célèbrent cette journée.
Selon les observations de Dharam Gokhool, ancien ministre de l’Éducation, il y a un manque de planification pour la célébration de ce Teachers Day. Il fait remarquer que l’événement d’ailleurs ne figure pas au calendrier scolaire qui est fixé bien en avance. « C’est souvent à l’approche de cette journée que les syndicats d’enseignants font une demande de congé », note-t-il. Si le jour de congé figure au calendrier, dit l’ancien ministre, il n’y aura pas de bouleversement dans la journée scolaire.
Depuis une quinzaine d’années, les activités organisées ce jour-là par les syndicats n’ont guère évolué. On retrouve les traditionnels séminaires, causeries, conférences-débats ou symposiums, couplés à des déjeuners qui se déroulent dans une ambiance musicale. Les syndicats bénéficient d’une aide financière du ministère pour organiser ces activités mais hésitent à en parler. « Ce montant a été réduit cette année », s’empresse de dire le président de la GTU. « Nous avons obtenu Rs 10 000 cette fois mais nos dépenses sont beaucoup plus conséquentes », dit-il.
Le ministre de l’Éducation est souvent invité à prendre la parole lors de ces manifestations et c’est alors le jour des revendications pour les dirigeants syndicaux. « Nous allons réitérer quelques demandes au ministre Bunwaree mercredi prochain », prévient M. Seegum dont le syndicat organise son rendez-vous traditionnel au Teachers Club à Quatre-Bornes. « Depuis 25 ans, les enseignants du primaire réclament un cours de Bachelor in Education et nous en avons assez d’attendre. Mercredi, en présence du ministre, nous demanderons à nos membres de voter une résolution dans cette direction », annonce Vinod Seegum.
Faible participation
Force est de constater qu’il y a généralement une faible participation d’enseignants à cette journée d’activités. « L’assistance est souvent composée de délégués syndicaux mais les autres ne se déplacent pas », avoue un membre de la GTU. « Il n’y a pas assez de préparation et les thèmes qu’on aborde ce jour-là ne sont pas mobilisateurs. Les journées de réflexion ne marchent plus », dit Dharam Gokhool, qui s’est déjà retrouvé face à une assistance clairsemée lors d’une rencontre organisée ce jour-là par l’Union of Private Secondary Education Employees. Outre l’absence remarquée des enseignants à ces journées de débats, souvent un manque de temps donne lieu à des changements au programme initialement prévu, avec pour conséquence que des sujets importants ne sont pas débattus. « Je suis en faveur d’un jour de congé mais à condition qu’il soit bien planifié et qu’il y ait un accord sur la formule pour la célébration de cette journée. Il faut un travail en amont et que tout le monde ce jour-là aille dans la même direction », dit l’ancien ministre de l’Éducation. Ce dernier trouve qu’il y a trop d’activités disparates ce jour-là alors qu’il y a des questions urgentes qui inquiètent l’ensemble du secteur de l’éducation. Il cite en exemple la violence grandissante parmi les jeunes et dans la société en général.
L’Institut Cardinal Jean Margéot se démarque des traditionnels débats organisés lors du Teachers Day et privilégie l’outil informatique pour marquer l’événement. « Dans leur quasi totalité, les enseignants disposent aujourd’hui d’un ordinateur à domicile et se connectent à l’internet à n’importe quel moment. Pourquoi donc ne pas mettre à profit les nouvelles technologies de l’information pour marquer cette journée ? » dit Jimmy Harmon, le responsable du Département de Applied Pedagogy à ICJM. L’organisme catholique misera sur son site web, lancé il y a quelques jours, pour atteindre les enseignants de ce secteur. Ces derniers y découvriront une panoplie de documents traitant divers sujets dans l’éducation.
« C’est l’occasion pour nous de les joindre là où ils sont et de les emmener à découvrir notre site web. Nous donnons un maximum d’informations qui peuvent les aider dans leur profession », affirme Jimmy Harmon. L’ICJM sera d’autant plus satisfait si ces papiers donnent lieu à des discussions sur le web.