Les principaux animateurs de l’Union syndicale des employés de presse (USEP) se disent satisfaits d’avoir relevé le défi de marquer pour la toute première fois à Maurice la Journée internationale contre l’impunité en manifestant pacifiquement hier de 12 h 00 à 12 h 30 au Monument du Travail Décent à côté du bureau de poste à Rose-Hill. L’USEP a choisi le thème « Zot bizin rann nou kont ! »
« À travers cette manifestation pacifique, l’USEP veut sensibiliser la population mauricienne à la question de l’impunité. Cette question de l’impunité est d’autant plus pertinente que nous sommes en pleine compagne électorale pour les élections villageoises et municipales », explique le président de l’association des journalistes, Patrick Yvon, qui avec le secrétaire de l’USEP, Floriane Lepoigneur, et deux représentants de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), Rajendra Marden et Loïse Mathieu nommément, ont manifesté pacifiquement au Monument du Travail Décent à côté du bureau de poste à Rose-Hill hier entre 12 h et 12 h 30.
« L’impunité veut dire ki ou pa kapav fer seki ou anvi ; ou ena kont pou rann ! Dans une démocratie moderne, les gouvernants (les hommes politiques et les responsables de l’administration) ne sont que les dépositaires et les garants de nos libertés. Nous les avons démocratiquement élus pour nous représenter et gérer les affaires de nos cités à notre place et ils ont des comptes à nous rendre ; ils ne peuvent faire ce qu’ils veulent. Zot bizin rann nou kont ! », insiste le président de l’USEP.
« Malheureusement, trop souvent, nos dirigeants prennent, en notre nom, des décisions qui vont à l’encontre même de nos intérêts », déplore pour sa part Florian Lepoigneur. Il cite à cet effet, la Public Gathering Act (PGA), l’Employment Rights Act (ERiA), l’Employment Relations Act (EReA), la loi criminelle de diffamation (ref : Criminal Code, Section 288), ainsi que certaines décisions restrictives de notre Commissaire de police, qui distillent insidieusement, estime-t-il, une culture d’impunité, en entravant la démarche des citoyens à manifester pacifiquement sous peine d’arrestation et/ou de poursuite, en rendant l’exercice du droit de grève impossible dans la pratique, en refusant d’instituer des enquêtes indépendantes sur les allégations d’abus de pouvoir, de brutalité policière et de torture, et en facilitant, dans les entreprises, le licenciement abusif des protestataires.
C’est pour cela, avance pour sa part Patrick Yvon, que l’USEP réclame, dans le cadre de la célébration de la Journée internationale contre l’impunité, l’abrogation pure et simple du PGA et de la loi criminelle de diffamation ainsi que des amendements urgents à l’ERiA et l’EReA. « En revanche, une “Right to Information Act” ou une “Freedom of Information Act” participeront à un élargissement de l’espace démocratique ! », soutient-il. « Et cela ne pourra se faire que quand les Mauriciens et les Mauriciennes, conscients de leurs droits et des enjeux, feront pression sur nos dirigeants ! », commente-t-il.
« Le procès en réclamation qu’intente la famille de Michaela Harte à Imraan Hosany du Sunday Times pour la publication des photos de la jeune femme assassinée, nous réconforte dans notre conviction que l’arsenal légal existant est suffisant pour chercher réparation auprès d’un journal et qu’il n’y a aucunement lieu de durcir la loi davantage contre la presse, comme menace constamment de le faire le Premier ministre à chaque fois qu’il est acculé par la presse. De telles déclarations font peser une menace certaine sur la liberté d’expression à Maurice », élabore le président de l’USEP.
Florian Lepoigneur précise de son côté que cette Journée est également « un rappel solennel » des risques qu’il y a à informer le public et à dire la vérité face au pouvoir. « Cette journée est aussi une occasion pour rendre hommage aux journalistes qui prennent des risques pour permettre à la population de prendre des décisions informées et éclairées ! », précise-t-il.