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La journée internationale des infirmières est célébrée chaque année le 12 mai, date de la naissance de la Britannique Florence Nightingale, pionnière des soins infirmiers modernes. Aujourd’hui, plus que jamais, ces frontliners méritent la reconnaissance. Parole à deux infirmières qui racontent leur vocation à être au service des autres, et promouvoir la santé contre vents et marrés.

Bilgis Dinally se revoit encore ce 12 janvier 1976, à 18 ans, prendre le bus de Souillac pour se rendre à l’hôpital de Candos pour commencer sa formation d’infirmière. En 42 ans de service, cette infirmière exerce ce métier avec le même amour. « Je n’ai jamais eu le moindre regret. Je suis fière d’être infirmière et de travailler pour la communauté car ce n’est pas donné à tout le monde de le faire. Je dis toujours aux nouveaux venus que nous ne naissons pas infirmières mais qu’une fois dans ce métier, il faut se préparer à tenir ce rôle à vie ». En cette période de pandémie, alors que les applaudissements et les mots d’encouragements sont adressés à tous les frontliners, Sonia J. éprouve un sentiment mitigé : « Je suis très reconnaissante que tout le monde ainsi que les autorités apprécient notre travail. Néanmoins j’espère que cela ne retombe pas aux oubliettes après le Covid-19. C’est peut-être enfin le bon moment pour reconnaître notre importance car trop souvent nous ne sommes pas considérées à notre juste valeur. » Le choix de cette vocation était pour elle une autre façon de faire du social. En effet, après un premier travail dans l’administration d’une école, cette quinquagénaire ne se sentait pas à sa place derrière un bureau. « J’ai toujours aimé le contact avec les autres. Depuis toute petite j’étais aux petits soins pour mes proches. Ce métier m’a fait grandir, m’épanouir et me dépasser. Ces dernières semaines, j’ai vraiment pris conscience qu’en tant qu’infirmière nous sommes très fortes et que nous ne reculons jamais face à l’ennemi et aux difficultés. »

Un métier fait par amour et avec amour

En effet, le quotidien d’une infirmière est bien éloigné des simples prises de sang ou de tensions. Le métier de nursing comprend la prise en charge globale de patients. Nos deux interlocutrices sont unanimes à dire c’est un métier qui se fait par et avec amour. « Li pa ziss enn job pou gayn kass la fin di mwa. » D’ailleurs durant ces 30 années de carrière, Sonia J. cite son passage à l’hôpital Brown Sequard : « Il faut vivre ce genre d’expériences pour comprendre si nous sommes faits ou pas pour ce métier. Les soins apportés aux patients sont, certes, importants. Mais j’ai appris que les mots et l’attention sont aussi primordiaux. » De son côté, Bilgis Dinally ajoute : « Nous sommes là depuis à la naissance d’un nourrisson et nous devons aussi être là pour tenir la main de ceux qui meurent. Toute infirmière qui se respecte est amenée à être on duty sans relâche. Nou bisin ena enn leker ek moral solid. Pour accompagner les moments de joie mais aussi lors de moments de souffrances et de peurs. »

Les risques et défis au quotidien

Il n’y a pas que les compétences qui comptent. L’altruisme et la compassion sont aussi les qualités humaines requises pour ce métier. Surtout que la mission quotidienne d’une infirmière n’est jamais de tout repos et sans risque. « Quand ce ne sont pas les visiteurs qui s’en prennent à nous, ce sont les patients eux-mêmes qui nous manquent du respect. Sans oublier certains médecins qui nous parlent mal. N’empêche, comme mes autres collègues, j’ai toujours su prendre sur moi pour faire face. Tonbe leve nou pou la mem pou zot » indique Sonia J.

A quelques mois de prendre sa retraite, Bilgis Dinally espère être un role model pour la jeune génération. « À mes débuts, les choses étaient différentes. Notre apprentissage se faisait auprès des Seniors très strictes et aujourd’hui ça nous sert encore pour être au front. »

Covid-19, le défi d’une carrière

Des défis, Bilgis Dinally, Ward manager en relevé beaucoup durant sa carrière. Comme en 2014 où elle faisait partie de l’équipe qui avait mis en place le protocole sanitaire et une isolation ward de l’hôpital de Souillac pour faire face à l’Ebola qui n’a heureusement pas touché Maurice. Mais le pire était à venir : « Actuellement je fais face à un des plus grands défis de ma carrière. Je n’ai pas refusé d’être au front tous les jours même en étant bien consciente du grand risque car mon mari a un cancer. Tous les jours je prends ce risque sans hésitation en sachant que je peux ramener ce virus à la maison. Je suis dévouée malgré les hauts et bas à ce métier. Je me mets en danger ainsi que mes proches pour être auprès de mes patients. Pena pli bel prev lamour pou mo travay. »

Une année de respect

Dans le cadre de cette journée internationale des infirmières, Sonia J. tient à adresser ce message « Whether you do it well or you don’t do it. Les infirmières ne veulent pas d’une journée mais bien de 365 jours de respect, de bonnes conditions de travail et de reconnaissance. Quand tu passes beaucoup de temps au service de la santé, quand tu sacrifies ta vie de famille au nom de la vocation, tu attends un peu de facilité de vie. Mais c’est loin d’être le cas. »