• 40 900 sacs en plastique saisis à la douane de janvier à mai cette année, en dépit de l’interdiction en vigueur depuis 2016
  • Les bouteilles en plastique bientôt consignées à Rodrigues

« Combattons la pollution plastique » est le thème pour la Journée internationale de l’Environnement observée le 5 juin. En dépit des efforts des autorités et des ONG, bouteilles, sacs, pipettes et autres objets en plastique se retrouvent régulièrement dans la nature, dégradant l’environnement et mettant en danger des espèces marines. Deux ans après l’interdiction du sac en plastique, la police de l’environnement continue de procéder à des saisies, tant chez les marchands qu’à la douane. Rien que pour les six premiers mois de l’année, 61 contraventions ont été émises et 40 900 sacs saisis à la douane.

“Ou zete ou tase” ou encore “Say No to plastic”. Les slogans ne semblent pas faire effet sur des Mauriciens, qui ne parviennent pas à se débarrasser de leurs mauvaises habitudes. L’interdiction sur l’utilisation des sacs en plastique en est un exemple. Si avec l’entrée en vigueur de la loi en janvier 2016, beaucoup s’étaient tournés vers les “tant vakoa” ou les sacs écologiques, les sacs en plastique n’ont pas tardé à refaire leur apparition. Outre les biodégradables, donc conformes, certains ont aussi trouvé des astuces pour contourner la loi, comme le confirme l’inspecteur Jean Nobin Brasse de la police de l’Environnement. « Un fabricant faisait de petits sacs en plastique avec manche qui ne sont pas dégradables. Mais nous avons pu mettre la main sur lui. Nous espérons que ce problème est dorénavant réglé. »

Depuis janvier 2016, 327 contraventions ont été servies pour utilisation ou vente de sacs en plastique non-dégradables; soit 57 dans la distribution et 1 dans la vente en 2016, 205 dans la distribution et 3 dans la vente en 2017 et 60 dans la distribution, plus un fabricant, de janvier au 22 mai 2018.

 

Par ailleurs, la police de l’environnement travaille en étroite collaboration avec le ministère de tutelle et la douane concernant les sacs importés. À ce sujet, rien que pour les cinq premiers mois de l’année, 40 900 sacs non-conformes ont été saisis à la douane. En 2016, il y a eu 462 979 sacs saisis et en 2017, 162 619. « Il s’agit surtout de sacs avec la publicité des commerces en question. Ces sacs non-dégradables ne sont pas autorisés. Dès que c’est répertorié, la douane fait appel à nous pour la saisie. Les procédures de poursuites sont par la suite engagées contre les contrevenants. »

L’inspecteur Brasse fait aussi ressortir que dans d’autres cas, des consommateurs ou commerçants utilisent des sacs plastiques en rouleau, destinés aux produits frigorifiés. « Là non plus, ce n’est pas autorisé. Ces sacs doivent être réservés aux produits frigorifiés. » La loi prévoit une amende de Rs 10 000 maximum pour tout contrevenant à la loi sur l’interdiction du sac en plastique non-dégradable.

Sensibilisation

Comment amener donc les Mauriciens à changer leurs habitudes? Pour Véronique Ménager de Mission Verte, cela passe par la sensibilisation. C’est pour cela que l’ONG, qui s’est engagée dans le tri de déchets depuis quelques années, mise sur l’importance de faire comprendre ce geste au public. À ce jour, Mission Verte compte 50 points de dépôt accessibles au public, pour récupérer les déchets recyclables, soit les bouteilles en plastique, en verre et le carton.

Y a-t-il eu un changement de comportement depuis le début de cette campagne? Véronique Ménager laisse entendre que les gens sont en effet plus conscients de la nécessité de préserver l’environnement, mais constate que les Mauriciens ne font pas forcément le tri. « On n’a qu’à se rendre au dépotoir ou à la plage pour voir la quantité de bouteilles en plastique qui traînent. » D’où la nécessité de sensibiliser constamment sur la question. Toutefois, ajoute-t-elle encore : « Nous faisons ce que nous pouvons en fonction de nos moyens. Nous aurions aimé procéder à davantage de sensibilisation ou avoir plus de points de dépôt, mais tout dépend aussi des sponsors. »

Outre le tri, poursuit Véronique Ménager, il faut sensibiliser la population à réduire la quantité de déchets. « Dans nos campagnes, nous mettons aussi l’accent sur l’utilisation de l’eau du robinet. Au lieu d’acheter une bouteille d’eau chaque jour, on peut remplir sa gourde pour l’apporter au travail ou à l’école. C’est ça aussi le bon geste. »
Dans ce combat contre les bouteilles en plastique, Rodrigues montre une nouvelle fois la voie.

L’Assemblée régionale avait devancé le gouvernement mauricien en interdisant les sacs en plastique dès 2014. Cette fois, elle travaille sur une loi pour consigner les bouteilles en plastique. Ce qui encouragerait les consommateurs à retourner leurs bouteilles chez le revendeur, au lieu de les jeter dans la nature.

Cette mesure, annoncée par le Commissaire de l’Environnement, Richard Payendee, lui-même, en début d’année, a beaucoup avancé. Il nous revient ainsi qu’une ébauche de la loi a déjà été réalisée. Elle a été confiée au conseiller légal de l’Assemblée régionale. Cette loi concerne également les bouteilles en verre qui n’étaient pas consignées jusqu’ici.
Rodrigues s’attelle également à soutenir le tri sélectif, avec l’installation de poubelles à cet effet dans chaque village. La commission de l’environnement apporte également son soutien à un collecteur de bouteilles en plastique pour acheminer ces déchets vers Maurice pour le recyclage.

Par ailleurs, pour marquer la Journée de l’Environnement, le ministère de tutelle lancera, le 5 juin, son “eco bin project.” Il s’agira de placer des poubelles de tri sélectif dans 57 centres sociaux et 12 autorités locales, pour la collecte de bouteilles en plastique. Ces bouteilles seront ensuite envoyées aux recycleurs pour produire de nouvelles matières.
Qui plus est, dans le cadre de la Journée de l’Environnement toujours, Lux* Resorts and Hotels, la Fondation Ressources et Nature (Forena) et le GEF Small Grants Programme du PNUD, organiseront une “Tree planting ceremony” à la Citadelle, le mardi 5 juin.