L’arthrite est une maladie d’origine inflammatoire touchant plusieurs articulations. Dans le sillage de la Journée mondiale de l’arthrite, le 12 octobre, le Dr Philippe Soubrane, chirurgien orthopédiste, spécialisée dans la chirurgie articulaire arthroscopique et prothétique à l’hôpital Wellkin, fait le point sur ces maladies qui sont « chroniques, invalidantes, déprimantes et difficiles à supporter ». Il établit la distinction entre arthrite, maladie inflammatoire auto-immune et arthrose, qui se traduit, elle, par une usure du cartilage au niveau des articulations et qui est une pathologie mécanique ».
« L’arthrite est une maladie inflammatoire qui est auto-immune, c’est-à-dire, que c’est le patient ou la patiente qui la déclenche tout(e) seul(e). Il/Elle fabrique des anticorps qui se dirigent contre ses propres organes viscéraux mais aussi dans les articulations, dans ce qu’on appelle le tissu synovial (qui sécrète du liquide pour permettre à l’articulation de bien fonctionner). Mais, ce tissu synovial devient malade, secrète du liquide en excès et devient agressif contre l’os et le cartilage » explique le Dr Soubrane.  Un terrain héréditaire est souvent à la base de ces maladies qui peuvent se déclarer à tout âge. Selon le chirurgien, ce sont des maladies qui sont graves et qui détruisent progressivement les articulations, entraînant des déformations majeures. Parmi les symptômes, on note des douleurs non mécaniques mais inflammatoires, « c’est-à-dire, qu’elles ne sont pas provoquées à l’effort. Même quand on est au repos, les gonflements, les douleurs peuvent se manifester ».
Alors que les patients souffrant d’arthrite peuvent être de tout âge, l’arthrose touche davantage les personnes plus âgées. « L’arthrite comprend un désordre immunologique chez les patients jeunes ou moins jeunes. La plus connue des maladies en lien avec l’arthrite est la polyarthrite rhumatoïde qui peut toucher quasiment toutes les articulations et qui se manifeste par des douleurs, des rougeurs et des déformations articulaires. C’est tout de même rare » précise le Dr Soubrane. Qui ajoute que « ce sont des personnes qui vont être multi-opérées et handicapées. Autres pathologies inflammatoires auto immunes qui touchent les articulations et parfois la peau, le rein et d’autres organes : le lupus érythémateux, la spondylarthrite ankylosante et le rhumatisme psoriasique ».
Les personnes qui souffrent d’arthrite sont suivies par un rhumatologue qui leur donne un traitement adapté (des corticoïdes mais aussi d’autres médicaments agressifs). « C’est en dernier recours que le rhumatologue adresse le patient au chirurgien, lorsque l’articulation est trop détruite et qu’il faut la remplacer par une prothèse ». Le chirurgien spécialiste conseille aux patients d’éviter de passer de médecin en médecin mais de consulter directement un rhumatologue, un ergothérapeute, un kinésithérapeute qui essaiera de limiter les déformations et un psychologue. « Les ONG ont aussi un rôle de poids à jouer ».
Le soutien psychologique est très important pour le patient souffrant d’une arthrite. « Il s’agit d’une maladie très handicapante. Cela affecte des gens plutôt jeunes, des femmes, souvent après une grossesse. La grossesse peut être un facteur qui va révéler ou réveiller une polyarthrite rhumatoïde. C’est pareil pour le lupus. Une femme a trente ans, elle apprend qu’elle a une maladie qui est lentement évolutive, et à chaque fois, ce sera avec des poussées, de pire en pire, elle va perdre de la fonction, avoir un handicap et n’en sera jamais guérie, avec un traitement au long cours permanent. Donc, comme c’est une maladie handicapante et qu’il faut des médicaments tous les jours, avec une diminution des fonctions de la personne, forcément, c’est déprimant ».
Par distinction, l’arthrose, elle, est une maladie qui se traduit par une usure du cartilage au niveau des articulations. « Ce qui entraîne une douleur, parfois un épanchement intra-articulaire avec des gonflements et une limitation des mobilités. Les articulations qui sont les plus souvent touchées, ce sont la hanche et les genoux. Ce sont davantage les personnes âgées qui en sont touchées. L’arthrose est un problème mécanique ».
L’arthrose touche principalement les personnes âgées « mais parfois aussi des patients plus jeunes, qui ont une usure de cartilage suite à des fractures, des traumatismes juxta articulaires, ce qui fait que l’articulation travaille mal. Comme elle travaille mal, le cartilage qui recouvre l’articulation et qui est épais de 6 à 8 mm, s’use. Et, le cartilage ne se reconstruit pas. Donc, la surface osseuse se frotte contre une autre surface osseuse, ce qui génère des douleurs, des craquements audibles, et une limitation de la mobilité. Cela met des années à s’installer » poursuit le médecin. Ici, la cause principale est l’usure mais aussi des fractures et l’hérédité. Comme prévention, le Dr Soubrane recommande de limiter les sports « qui contraignent les articulations et la surcharge pondérale ». Il conseille également de diminuer la surcharge pondérale ». Il conseille donc dans les deux cas de perdre du poids, d’avoir une activité régulière qui entretient le tonus musculaire et qui évite que l’articulation souffre trop. « Eviter les sports agressifs. La natation et le vélo sont très bien ».