La Journée mondiale contre l’hépatite sera célébrée le 28 juillet. À compter de cette année jusqu’à 2030, la World Hepatitis Alliance et l’OMS visent l’élimination des hépatites virales. Pour le fondateur de HEP Support, le Dr Prithiviputh Rittoo, « Maurice pourrait être le premier pays à éliminer les hépatites s’il y a de la bonne volonté. C’est réalisable en cinq ans ». « L’important », insiste-t-il, « c’est de pouvoir faire un dépistage systématique dans la population car les symptômes associés à la maladie n’apparaissent que 10 à 15 ans après la contamination ».
« C’est une maladie silencieuse. Quand le patient ressent les symptômes, le foie est déjà bien touché. Cependant, même si le stade est avancé, le foie se régénère facilement avec les traitements, sauf dans les cas de cancer. 80 % des cancers du foie sont dus à l’hépatite », souligne le Dr Rittoo. Pour rappel, un nouveau traitement, le Harvoni, presque sans effets secondaires, est disponible à Maurice depuis novembre 2015 grâce à HEP Support.
Les hépatites virales représentent un risque mondial pour la santé. Dans le monde, 1,4 million de personnes souffriraient de l’hépatite A, 350 millions de l’hépatite B et 150 millions de l’hépatite C. Le taux de décès des hépatites est estimé à 4 000 par jour. Si l’on ne dispose pas de statistiques au sujet des personnes porteuses des virus de l’hépatite à Maurice, le Dr Rittoo estime qu’elles seraient environ 20 000. Au vu du nombre de personnes affectées, la World Hepatitis Alliance et l’OMS ont fixé un objectif à partir de cette année : l’élimination des hépatites d’ici 2030. Cet objectif qui, pour le Dr Rittoo, membre de l’Hepatitis International Foundation, de l’African Liver Alliance, de l’African Liver Patients Association et de la World Hepatitis Alliance, n’est pas impossible étant donné la faible population de Maurice.
Qu’est-ce que l’hépatite ? Selon la définition de l’OMS, il s’agit d’« une inflammation du foie. Cette maladie peut évoluer spontanément vers la guérison ou progresser vers la fibrose (cicatrisation), la cirrhose ou le cancer du foie. Les virus de l’hépatite sont la cause la plus courante dans le monde, mais d’autres infections, des substances toxiques (comme l’alcool ou certaines drogues) et des maladies auto-immunes peuvent aussi être à l’origine de cas d’hépatite ». Les hépatites sont transmises par des virus différents : A, B, C, D et E. « Le virus de l’hépatite A (VHA) est présent dans les selles des sujets infectés et se transmet le plus souvent lors de la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, mais aussi dans le cadre de certaines pratiques sexuelles. Dans bien des cas, les manifestations de l’infection sont bénignes et le sujet guérit et acquiert une immunité. Mais l’infection peut aussi être grave voire engager le pronostic vital. Dans les régions du monde où l’assainissement n’est pas bon, la plupart des gens ont contracté ce virus. Il existe des vaccins sûrs et efficaces contre le VHA ».
Le virus de l’hépatite B, lui, « se transmet lors de l’exposition à du sang, du sperme et d’autres liquides biologiques. Il peut se transmettre de la mère à l’enfant au moment de l’accouchement. Le virus peut aussi se transmettre à l’occasion d’une transfusion de sang ou de produits sanguins contaminés, d’injections pratiquées avec du matériel contaminé dans le cadre d’un acte médical ou de la consommation de drogues injectables. Le VHB représente aussi un risque pour les personnels de santé s’ils se piquent accidentellement avec une aiguille alors qu’ils soignent un patient infecté. Comme pour le VHA, il existe aussi un vaccin sûr et efficace contre le VHB ».
Le virus de l’hépatite C « se transmet principalement lors de l’exposition à du sang infecté (transfusion de sang ou de produits sanguins contaminés, injections pratiquées avec du matériel contaminé dans le cadre d’un acte médical et consommation de drogues injectables). La transmission sexuelle est également possible mais bien plus rare. Il n’existe pas de vaccin contre le VHC ».
À Maurice, les traitements contre l’hépatite C ne sont disponibles que dans le privé. Depuis novembre dernier, Maurice figure parmi les 90 pays membres de la World Hepatitis Alliance à avoir bénéficié d’un tarif préférentiel sur le nouveau traitement Harvoni. « C’est lors du premier sommet mondial sur l’hépatite en Écosse en octobre dernier, qu’on a négocié pour un tarif spécial sur ce médicament. Et, depuis novembre, on paie Rs 50 000 pour trois mois de traitement », indique le Dr Rittoo. Toutefois, « comme le médicament n’est pas enregistré à Maurice, on doit en commander à chaque fois que l’on reçoit une demande d’un patient. Cela prend entre 6 à 8 semaines ». Selon le président de HEP Support, le Canada et l’Égypte sont les rares pays à offrir gratuitement les traitements contre l’hépatite.
Avant le Harvoni, il existait deux autres traitements : l’Interféron et le Sofosbuvir. Les patients qui n’ont pas les moyens de payer le Harvoni sont traités à l’Interféron. « J’ai reçu un stock gratuitement ce qui me permet de l’offrir gratuitement à ceux qui en ont besoin. Combiné avec le Sofosbuvir, l’Interféron est efficace », poursuit le médecin.