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Ce mardi 10 décembre, jour anniversaire de la ratification de la Déclaration des Droits de l’Homme, le monde célébrera la Journée mondiale des droits des animaux. L’occasion pour nous de faire le point sur les conditions de vie des chiens et des chats errants à Maurice. Tandis qu’une décision sera prise cette semaine concernant la reprise du catch and kill par la MSAW (Mauritius Society for Animal Welfare), les associations de bénévoles de certains pays d’Europe qui s’engagent pour la cause animale, contribuant à améliorer leurs conditions de vie et revendiquant leurs droits fondamentaux à vivre sans avoir à subir les actes de cruauté et sévices graves — pour la plupart restés impunis — s’impliquent de plus en plus dans les campagnes de stérilisation à Maurice et d’expatriation des chiens vers l’Europe et l’Afrique du Sud. Elles qui ont toutes été témoins de cas de maltraitance et de cruauté envers les chiens errants lors de leur passage à Maurice, donnent leurs points de vue.

Lise Robert propose d’adopter le CNVR

Selon Arun Bhinda, Chairman de la MSAW, une décision devrait être prise cette semaine concernant la reprise du Catch and Kill. Mais en attendant, les vans de cette société para-étatique sillonnent encore les rues, capturant les chiens et chats «upon request»..

Des bénévoles, comme la Hollandaise Emilie Visser, une militante de la protection animale, s’inquiètent de la reprise du catch and kill, une méthode pratiquée depuis une soixantaine d’années et qui, selon eux, a démontré son inefficacité. Pour Emilie Visser, l’abattage n’est pas la solution.

Déplorant la situation à Maurice, où l’abandon est un véritable fléau, où les responsables ne sont pas ou rarement sanctionnés, la Britannique Lise Robert, propose une solution qu’elle estime pratique, efficace sur le long terme et plus humaine: la stérilisation en masse. « When you read of all these lucky dogs that have got off the island, it seems daft that so much of the money could have rather been put towards more sterilisation campaigns, more education on animal husbandry and helping build shelters, etc. I say could, but we know that this is Mauritius ! Where animals have absolutely no value. Where dogs are starved, chained, abused, poisoned and injured. Where pups are ripped from emaciated, exhausted mothers and smothered in plastic bags thrown into sugarcane fields. An island where compassion and kindness doesn’t seem to extend to animals and adoptions are rare. And an island where the government supports an insane catch & kill programme which is at the root of this very problem ! So we, the tourists and charities abroad, have no choice really. We bring across (at great expense) those dogs that no one wanted that would never be adopted. ».

Ce problème de maltraitance animale aurait même un impact sur le secteur touristique, les touristes ne voulant plus revenir dans un pays où la maltraitance est existante, où le Catch and Kill est toujours pratiquée. Parmi, Lisa Collins qui soutient ne plus vouloir remettre les pieds à Maurice. Elle qui milite pour la cause animale, continue toutefois d’apporter son aide chaque jour aux nombreuses associations et rescuers à Maurice: « A country that supports catch and kill is not somewhere that I would want to return to and for that reason, I wouldn’t recommend it as a destination to travel to ».

Emilie Visserdit que d’autres moyens existent pour réduire la population des chiens errants. Des alternatives, comme la stérilisation massive, se sont révélées efficaces dans des pays, tels que la Hollande, l’Australie, la Turquie et la Thaïlande (Phuket). En effet, depuis que la loi sur le bien-être des animaux a été adoptée en 2014 en Thailande, interdisant de manger du chien et du chat, et dont la rédaction a été partiellement réalisée par la Soi Dog Foundation, une association de bénévoles qui siégeait au comité, des centaines de milliers de chiens et de chats auraient été stérilisés, dont plus de 80 % de la population de chiens errants à Phuket. Des cliniques de stérilisation mobiles  sillonnent d’autres provinces et ont été étendues à Bangkok, qui compte le plus grand nombre de chiens de rue en Thaïlande-environ 640 000. Il a fallu neuf ans pour voir les 50 000 premiers animaux stérilisés. Les 50 000 suivants n’auront pris que trois ans. Ils continuent leur combat contre le trafic de chiens.

Pendaison, empoisonnement, chiens tailladés à coups de sabre

A Maurice, à part la MSAW qui organise des campagnes de stérilisation à travers l’île, dont celle en collaboration avec l’Humane Society International (projet pilote à Flacq), cette opération est également organisée par des associations de bénévoles qui fonctionnent sur les dons d’amis des animaux, notamment du Royaume-Uni, de France, Belgique, Allemagne et Afrique du Sud.

Selon Gillian Keogh et Lisa Kendricks, fondatrices de Paws Care and Rescue UK, une association créée en 2017 pour venir en aide aux chiens errants de Maurice, une somme de £ 30 000 a été octroyée uniquement dans les programmes de stérilisation depuis la création de l’association.

Maurice compte environ 80 000 chiens errants. Ces derniers constituent un problème de salubrité publique. Par ailleurs, ces derniers, s’ils ne côtoient pas des passants indifférents à leur triste sort, alors qu’ils sont à la recherche de nourriture, sont aussi exposés à toutes sortes de dangers : accidents, actes de cruauté, etc. De nombreux cas de cruauté sont rapportés sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook sur les pages comme Dog Adoption Mauritius, Ambre Beach Dogs, Stray dogs and Cats Mauritius Adoption, Cats for Adoption Mauritius etc On y voit des cas de pendaison, d’empoisonnement, des chiens tailladés à coup de sabre. Des cas dénoncés chaque jour, que ce soit à la police ou à l’Animal Welfare Unit (AWU), mais restés pour la plupart impunis.

Parmi les solutions,       l’expatriation des           animaux à l’étranger

Pour éviter la surpopulation des chiens et lutter contre l’abandon de ces derniers (acte de cruauté punissable par la loi), des associations telles que PAWS (Protection of Animal Welfare Society) sensibilisent les jeunes aux drames de l’abandon. « PAWS has primary school workbooks and we work with young people of all ages up to university level. PAWS Mauritius has also been sending dogs abroad at least since 2002 », nous dit Stella Lutchanah, fondatrice de la société.

A Maurice, ils sont de plus en plus nombreux à oeuvrer pour le bien-être de ces derniers et à améliorer leur sort : de nombreux refuges accueillent chaque jour chiens et chats errants, blessés, malades, victimes d’actes de cruauté. Mais le nombre de chiens errants ne cesse de croître et ils ont du mal à lutter contre ce fléau qu’est l’abandon.

De leur côté, des associations de bénévoles de divers pays leur viennent en aide en finançant les campagnes de stérilisation. Selon Stella Lutchanah, de PAWS, « the big year, we had someone funding us at one million rupees a month for sterilisation and 4 proficient vets doing it between 1999 and 2009 did more than 44, 533. But we had problems in later years owing to the vet council and lack of funds. However we have sterilised 67, 954 up till start of the year since 1999 ».

L’objectif est, à long terme, de gérer les populations existantes et prévenir l’apparition de nouvelles. Mais aussi en assistant les rescuers dans les dépenses quotidiennes (nourriture, soins), ainsi que dans l’expatriation des animaux en France, Belgique, Allemagne, Angleterre et Afrique du Sud. « We brought about 125 dogs to France since 2016, and about 20 to Belgium and 2 to the Netherlands. We also have a website in French to guide French tourists who want to adopt a stray dog : http://www.chiens-ile-maurice.fr/ », déclare Emilie Visser

De son côté, Paws Care and Rescue UK, créée par Gillian Keogh et Lisa Kendricks, ont accueilli 160 chiens de Maurice au Royaume-Uni. Selon Uli, depuis la fondation de leur « charity » allemande en 2014, environ 600 à 700 chiens ont été expatriés en Allemagne. Au sanctuaire All life Matters (ALM), à Bois-Rouge, la Vet-Tech Lorena Gaus et le Vétérinaire Dr Keyur s’occupent de tout avant le départ des chiens vers l’Europe : de la puce électronique à la stérilisation en passant par le transport vers l’aéroport. Il ne reste qu’à trouver des flight buddies, c’est-à-dire des volontaires de vol pour les acheminer vers l’Europe.

« When we fly dogs directly to Heathrow (London) we have to fly them cargo. That immediately incurs extra costs with agents. We have to use an agent in Mauritius to get through formalities of getting the dogs loaded onto the plane and then an agent at Heathrow to safely navigate them through customs and excise and defra. They are then taken to Heathrow Animal Reception Centre. The cost for this is approx £1500 or €1750. So many people just can’t afford this. The alternative method is to fly to Paris with a flight buddy. This is a kind passenger on the flight who is prepared to take the dogs as excess baggage at a cost of €200 per dog. All they have to do is pick the dogs up at baggage reclaim and we are there to meet them in arrivals. We then have the cost of getting them to the UK through the channel tunnel. On average the total cost if bringing one dog back via Paris is €880 », explique Gillian Keogh

S’agissant du fonctionnement de la MSAW, Lise Robert veut attirer l’attention du gouvernement et suggère : « As for MSAW, it should be reconfigured to be a real animal welfare organisation by using their assets and services differently. For example, instead of catch & kill, adopt CNVR (Catch, Neuter, Vaccinate and Return) policy ; utilise MSAW vans and nets to help rescuers catch and transport injured, ill and difficult-to-catch animals ; use their kennels to house animals in recovery or awaiting relocation abroad ; utilise their efficient response time and contact number for animals in distress and enforce animal welfare act by penalising abusers, following up on AWU cases, etc. »

Après tout, Gandhi ne disait-il pas: «On mesure le degré de civilisation d’une nation à la manière dont elle traite ses animaux»?