Les procédures sont déjà en cours pour la construction d’un nouveau centre d’oncologie et de radiothérapie à l’hôpital Victoria à Candos, a déclaré ce matin le ministre de la Santé, lors d’un atelier de travail au Domaine Les Pailles destiné à établir un protocole pour le dépistage du cancer du sein. Des mesures ont aussi été prises pour l’acquisition d’un nouveau “linear accelarator” et la construction d’un bunker à Victoria.
Le ministère de la Santé a décidé de mettre en place un système de dépistage sélectif du cancer du sein par mammographie digitale chez les femmes présentant un risque élevé suite aux recommandations du Pr Adebamovo, consultant en épidémiologie de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) du Maryland (États-Unis) qui a réalisé une étude sur le cancer du sein à Maurice en 2013. Le ministre Lormus Bundhoo a également indiqué que le National Cervical Screening Service pour le cancer du sein sera revu pour dépister le cancer du col de l’utérus chez toutes les Mauriciennes âgées de plus de 30 ans. À l’initiative du Premier ministre, dit-il, l’Agence Nationale du Cancer (National Cancer Agency) aura une gestion privée tout en étant sous la tutelle du ministère de la Santé et du Trust Fund for Specialized Care afin d’éviter toute lourdeur administrative.
Le ministère de la Santé a eu recours à d’autres experts internationaux pour concevoir le prochain plan de lutte contre le cancer 2014-18. Le Pr David Khayat de l’hôpital parisien La Pitié Salpêtrière a été la cheville ouvrière de ce plan de contrôle du cancer basé sur les spécificités locales. En vertu d’un protocole d’accord signé le mois dernier entre le ministère de la Santé et La Pitié Salpêtrière, six oncologues (spécialistes du cancer) et des infirmiers spécialisés seront formés par l’hôpital français. Celui-ci accueillera également des patients souffrant de cas complexes de cancer.
Le cancer du sein représente 39,3 % des 1 114 cas de cancers féminins diagnostiqués chaque année. En 2012, 410 cas de cancer du sein ont été répertoriés dans l’île. Le ministre de la Santé estime que la mise en place du dépistage régulier de ce type de cancer réduira de 15 % son incidence. « Nous avons privilégié le dépistage sélectif chez les femmes à hauts risques car le screening de masse a aussi été associé avec de faux résultats positifs et des interventions inutiles », a indiqué ce matin Lormus Bundhoo. « Les délibérations du workshop de cette journée seront cruciales pour l’adoption d’un système efficace de dépistage dans le contexte local ».
Le ministre indique que de nouveaux médicaments ont été achetés pour la chimiothérapie dans les hôpitaux dont le vinorelbine, le capecitabine en 2012 et l’herceptine, un médicament très coûteux disponible depuis cette année et administré aux patientes souffrant d’un cancer du sein selon un protocole établi. L’immunohistochimie a été introduite au Laboratoire Central de Candos depuis 2006 pour identifier les cancers du sein dépendant des hormones pour mieux décider du traitement. « Tous nos protocoles de chimiothérapie sont basés sur les normes européennes et américaines ». Le ministère de la Santé a eu recours aux services du Dr Carol Benn de l’Afrique du Sud et du Dr Soobrah, Mauricien ayant exercé en Grande Bretagne et chirurgien spécialisé du cancer du sein.
« Les facteurs de risques de ce cancer ne diffèrent pas de ceux observés dans d’autres pays, selon l’étude épidémiologique locale du Pr Adebamowo de l’OMS en 2013, en l’occurrence un faible taux de fertilité, les grossesses tardives dans la trentaine, une diminution de la durée de l’allaitement maternel, une puberté précoce et une ménopause tardive, l’obésité et le manque d’exercices ».
Les facteurs de risque du cancer sont les mêmes que ceux des autres maladies non transmissibles, note le ministre de la Santé, notamment une alimentation déséquilibrée, le tabagisme, une consommation excessive de boissons alcoolisées et la sédentarité. À Maurice on dénombre 98 nouveaux cas de cancer pour 100 000 chez les hommes et 120 pour 100 000 chez les femmes. En comparaison en France ce taux est de 320 pour 100 000 chez les hommes et de 220 pour 100 000 chez les femmes. Troisième cause de mortalité à Maurice, le cancer cause 12,3 % des décès. En 2012, 1 942 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués, soit 1 114 chez les femmes et 828 chez les hommes. Les types les plus fréquents sont ceux du sein, de la prostate et de l’intestin. Mille Mauriciens meurent chaque année du cancer.