La célébration, lundi 9 décembre, de la Journée internationale de la lutte contre la corruption est l’occasion de revenir sur la récente dégringolade de Maurice dans le classement de Transparency Internation de la perception de la corruption. Eddy Sadien, Travailleur social, jette un regard sans complaisance sur ce phénomène.
« La corruption est omniprésente à Maurice, et le classement de Transparency International n’est que le reflet d’une tendance qui existe depuis l’indépendance. Dimounn nepli ena konfians dan bann institision gouvernmental, ekonomik, edikatif ek relizie. Sitiasion la telman katastrofik ki mem bann minis inn perdi kontrol ek konfians lepep. Tous les jours on a vent de cas de corruption et cela prend de l’ampleur dans le mindset même de chaque Mauricien. Zot pe devlop an zot enn lam froder. La koripsion se enn konba kinn perdi d’avans ici parski bann l’insitision pa pe kav kontrol le pays », nous dit le travailleur social. « Je suis assez sceptique en ce qui concerne ce fléau », poursuit Eddy Sadien. « Cela prendra du temps avant que les choses puissent changer. Je pense qu’il faudrait une refonte complète du système et recommencer à zéro. L’éducation est la clé, le peuple devrait pouvoir développer une capacité d’analyse critique et les enseignants devraient recevoir un module de formation plus adéquat pour affronter la corruption. Il est clair que la corruption fait partie de la culture du pays, cela depuis l’indépendance ».
Un micro-trottoir dans les rues de Port-Louis laisse entrevoir que beaucoup reste à faire pour endiguer le fléau. Pour  Joseph, « les petits malins trouveront toujours une manière de passer par d’autres chemins afin de parvenir à leurs fins ». Paul, lui, trouve guère étonnant que Maurice soit tombée dans le classement de Transparency International : « La corruption  fait partie de la vie de tous les jours. Cela représente la clé de la réussite pour beaucoup. Il aurait fallu revoir tout le système éducatif». Notre interlocuteur n’a pas beaucoup de foi en les institutions pour trouver la solution à ce problème. « comment peut-on leur faire confiance quand à leur tête se trouvent des hommes corrompus? » Quant à Rajiv, il estime que la chute de Maurice dans le classement « reflète la réalité ». Afin de remédier à ce fléau, dit-il, « il ne doit pas y avoir d’interférence politique dans les institutions qui luttent contre la corruption. Il faut les laisser agir librement. Il ne devrait pas y avoir de nominé politique à la tête de l’ICAC ».
Vikash est d’avis qu’il y a beaucoup de corruption à Maurice. « Ki li o nivo ladwann, la polis et mem kan fer demars pou gagn permi ek sertifika moralite, nou pe pass par enn ta problem. J’ai déjà fait face à une situation où on a essayé de me corrompre. Récemment, j’avais eu une contravention alors que je n’étais pas en tort. Le policier qui m’avait arrêté m’a alors dit que je pouvais  me sortir de cette situation si je lui donnais un “billet”. J’ai refusé et j’ai réglé mon problème honnêtement. Avec les billets, tout passe ; cela se voit surtout chez les jeunes à la recherche d’emploi. La corruption est indéniablement ancrée dans la culture mauricienne, il sera difficile de changer cela. Il faudrait éduquer surtout les enfants, dès le plus jeune âge, il est de leur devoir de connaître les dangers d’un monde corrompu », dit-il.
C’est le 9 décembre 2003 que l’assemblée générale de l’ONU a adopté la convention contre la corruption. Le 9 décembre a été décrété Journée Internationale de Lutte contre la corruption afin de sensibiliser le monde sur ce problème. Cette année, le thème est « Zéro Corruption – 100 % développement ». La corruption entrave les efforts pour l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le Développement convenus par la communauté internationale, et reste l’une des priorités des gouvernements de par le monde.