Nous célébrons aujourd’hui, 20 mars, la journée mondiale de la francophonie, comme tous les ans à cette même date. C’est le jour anniversaire de la signature du traité de Niamey au Niger, lieu de naissance de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) en 1970 qui fut renommée en 1996 l’Agence de la Francophonie avant de se doter d’une nouvelle Charte de la Francophonie en 2005 et d’adopter son nom actuel, soit l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Que de sursauts pour une organisation vieille de seulement 42 ans !
Née dans l’indifférence ou la méfiance en réaction à l’omniprésence  de l’anglais ressentie comme menaçante et à l’influence de la culture anglo-américaine, cette jeune organisation a connu plusieurs crises de croissance ou d’identité avant de pouvoir affirmer, comme elle le fait aujourd’hui à travers le thème choisi pour cette année, que le français est une chance. Il n’y a pas si longtemps, lors du Sommet du Québec en 2008, on se demandait si la Francophonie s’intéressait encore à la langue française depuis qu’elle était devenue une grande organisation internationale s’intéressant aussi bien au maintien de la paix qu’au développement durable. Qui plus est, la dernière métamorphose de la vieille agence en organisation internationale de la Francophonie a été sentie comme l’affirmation d’une entité beaucoup plus politique et économique que culturelle du fait qu’elle regroupe en son sein des pays dont les populations n’utilisent le français ni comme première, ni comme deuxième, ni même comme troisième langue.
En fait, la métamorphose de cette jeune institution est très profonde et son succès bien réel. Si l’objectif premier de l’institution, soit la défense et la promotion de la langue française, est toujours le même, les moyens mis en oeuvre pour atteindre cet objectif se sont multipliés et diversifiés pour faire face aux différents besoins de ces diverses populations pour lesquelles le français n’est pas la langue maternelle, ni même une des langues officielles, mais un choix ou une option. En effet, sur 55 États membres, seulement 34 comptent la langue française parmi leurs langues officielles. Dans cette diversité s’inscrit le dialogue des cultures si cher à la francophonie et si essentiel à son progrès. La déclaration de Clément Duhaime, administrateur de l’OIF, dans Forces, no 155, la revue internationale du Québec prend alors toute son importance : « Nous ne sommes plus dans un combat contre l’anglais. Ce n’est pas notre attitude. Notre combat a montré que la promotion du français devait se faire en alliance avec les autres grandes aires linguistiques comme les mondes hispanique, arabe ou lusophone. Autrement nous n’aurions jamais fait adopter le traité sur la diversité culturelle à l’UNESCO. La Francophonie défend le multilinguisme. »
Le succès de la formule ne fait pas de doute. La diversité de la francophonie est son plus grand atout qui lui permet de rayonner sur tous les continents dans des sphères aussi nombreuses que variées. Les statistiques sont éloquentes : 220 millions de locuteurs dans le monde dont 45% en Afrique ; 900 000 professeurs de français ; 75 États et gouvernements représentant plus du tiers des membres des Nations unies ; deuxième langue étrangère la plus utilisée de l’Union européenne ; retransmission de TV5MONDE dans plus de 200 pays et territoires ; 781 établissements d’enseignement supérieur et de recherche fédérés par l’Agence universitaire de la Francophonie et répartis dans 94 pays,
Maurice participe activement à ce dialogue des cultures. Le fait français et francophone s’insère harmonieusement dans le paysage multiculturel mauricien : les établissements scolaires sont florissants ; les examens de l’Alliance française et du DELF connaissent une grande popularité ; la grande majorité de nos touristes sont issus des pays de la francophonie ; les industriels sont nombreux. Maurice est résolument francophone : cela se voit, cela se lit et cela s’entend. La francophonie mauricienne se nourrit du multiculturalisme et du multilinguisme et se porte bien. Elle enrichit notre identité plurielle. L’énigme linguistique s’éclaircit !