« L’asthme est une maladie contrôlable mais le patient doit adhérer au plan de traitement. Or, on constate que 50 % des patients arrêtent de prendre leurs médicaments une fois qu’ils sont mieux. Dans le monde, environ 250 000 personnes continuent de mourir chaque année de l’asthme ». Tel est le constat du Dr Rajiv Kumar, consultant en maladies respiratoires à l’hôpital Apollo Bramwell et secrétaire de la Mauritian Respiratory Society, qui nous parle de cette maladie respiratoire dans le cadre de la Journée mondiale de l’Asthme, observée chaque 2 mai.
Pour mieux comprendre cette maladie respiratoire, le Dr Kumar commence par nous en donner une définition : « L’asthme est une maladie complexe avec une inflammation chronique des voies respiratoires (bronches) ». Les signes qui peuvent signaler la présence de l’asthme sont généralement récurrents et d’ordre respiratoire comme la respiration sifflante, la toux, l’oppression thoracique et l’essoufflement. « Lorsque nous faisons le test de la fonction pulmonaire, comme la spirométrie (qui mesure des volumes pulmonaires ou des débits ventilatoires), on peut voir une obstruction dans le flux qui varie habituellement pendant la journée ou une période spécifique de l’année ».
Parmi les quatre symptômes majeurs de l’asthme, on relève une respiration sifflante récurrente, une sensation d’oppression thoracique, une toux et un essoufflement. « Les symptômes sont plus importants dans la nuit et en début de matinée. Ces symptômes peuvent aller et venir, mais s’il existe des antécédents familiaux d’allergie ou d’asthme, il est fortement conseillé de se faire diagnostiquer pour l’asthme. Ces symptômes sont aggravés par les infections virales telles la grippe, la pollution, le froid, l’humidité, le tabagisme, les allergènes comme les acariens de la maison et les animaux de compagnie », dit le médecin.
Il faut par ailleurs savoir, ajoute le Dr Rajiv Kumar, que « 70 % des patients souffrant d’asthme sont allergiques ».
Quant aux causes réelles de la maladie, elles n’ont jusqu’ici pas été déterminées. Toutefois, « il existe un fort lien génétique et environnemental dans le développement de l’asthme. Par exemple, si un parent en souffre, son enfant a un risque de 30 à 40 % de souffrir d’asthme ou d’une allergie respiratoire. Si les deux parents souffrent d’asthme, le risque augmente jusqu’à 60 % ». De plus, les enfants qui sont exposés à la fumée secondaire risquent aussi de développer l’asthme. « De nombreuses études démontrent que l’exposition régulière à la pollution environnementale (pollution par le diesel, fumée des usines) peut conduire à l’asthme. Pas étonnant que les pays développés voient une augmentation de l’incidence de l’asthme dans les villes en comparaison de la campagne ».
Y a-t-il un groupe de personnes qui serait plus susceptible de développer de l’asthme ? Outre les enfants issus de parents allergiques, « il y a les bébés prématurés, le sexe féminin, les personnes concernées par l’obésité, le tabagisme, et les enfants exposés à des antibiotiques inutiles dans la première année de vie ».
À Maurice, constate le Dr Rajiv Kumar, « nous avons parcouru un long chemin en ce qui concerne le traitement de l’asthme, mais il existe encore un long chemin à parcourir en termes de sensibilisation à la maladie et de traitement chez le grand public, en particulier chez les parents car l’asthme est encore tabou. L’éducation du patient et des membres de la famille est la clé pour établir une relation médecin-patient pour mieux traiter cette maladie complexe ».
La Société respiratoire mauricienne, dont le Dr Kumar est le secrétaire, sensibilise le grand public et la faculté de médecine en vue de diagnostiquer efficacement l’asthme.
Si plusieurs traitements sont disponibles, le médecin souligne que le principal moyen de soigner comprend des médicaments préventifs et de soulagement sous forme d’inhalateurs. « Les inhalateurs sont sûrs et très efficaces, mais le plus important est de savoir comment utiliser les inhalateurs correctement. On constate que plus de 60 % des patients ne savent pas comment utiliser leur inhalateur correctement. De nos jours, nous avons de meilleurs dispositifs pour surmonter ces obstacles ».
L’asthme demeure la maladie inflammatoire la plus fréquente chez les enfants de moins de six ans. « Mais il est très difficile de diagnostiquer l’asthme dans ce groupe d’âge parce qu’ils ne peuvent pas effectuer des tests de fonction pulmonaire. Donc, les connaissances cliniques sur les symptômes de l’asthme sont très importantes. Le diagnostic peut être effectué avec un historique minutieux des symptômes : si les parents souffrent d’asthme ou non, si l’enfant a des symptômes trop souvent ou la grippe qui dure plus de 10 jours, etc. ».
L’asthme peut être dangereux quand il n’est pas bien diagnostiqué. « Lorsqu’il est correctement diagnostiqué et bien traité, l’asthme répond bien au traitement par inhalateur. De l’autre côté, lorsqu’il n’est pas diagnostiqué et pas traité, l’asthme peut être fatal. Dans le monde, environ 250 000 personnes continuent de mourir chaque année de l’asthme ».
Les asthmatiques peuvent pratiquer du sport à condition que leur asthme soit sous contrôle. « Mais, nous leur conseillons de s’échauffer avant l’activité physique et de prendre une pause après. Ils peuvent utiliser l’inhalateur avant l’activité sportive au cas où surviendrait une crise ». Il existe un groupe spécifique de personnes qui ne souffrent que de l’asthme induit par l’exercice (EIE), qui est diagnostiqué et traité différemment.
En hiver, il convient de prendre davantage de précautions. « La saison hivernale est la saison de la grippe et la grippe est l’infection la plus fréquente qui déséquilibre le contrôle de l’asthme. Nous conseillons aux patients souffrant d’asthme modéré et sévère de se faire vacciner contre la grippe chaque année ». Les précautions à prendre par les personnes asthmatiques dans la vie de tous les jours consistent notamment à éviter les allergènes, éviter de fumer, conserver un mode de vie sain, éviter le gain de poids et bien suivre son traitement.
Selon le Dr Kumar, 6 à 8 % des Mauriciens présentent des symptômes d’asthme, d’après le dernier sondage mené au début de 2000. Et selon l’Initiative mondiale contre l’Asthme, « 330 millions de personnes souffrent d’asthme dans le monde et, d’ici 2025, plus de 100 millions s’y ajouteront ».
Quant aux femmes enceintes asthmatiques, « la grossesse peut aggraver les symptômes, en particulier au deuxième trimestre, ce qui n’est pas un bon signe pour le bébé et la maman. Il est donc extrêmement important de continuer d’utiliser un inhalateur préventif, qui peut être pris en toute sécurité pendant la grossesse aussi », souligne le médecin.