Mille par an. C’est le nombre de décès à Maurice qui sont causés par les maladies liées à la cigarette. Même si le nombre de fumeurs semble être en baisse, il demeure à un niveau inquiétant, estime le Dr Pravin Bucktowar, Coordonnateur de la Smoking Cessation Unit. Scope a rencontré quelques personnes qui racontent les conséquences de la cigarette sur leur santé.
Yeux jaunis, lèvres noircies, dents abîmées, peau matte, mauvaise haleine, essoufflement, problèmes cardiaques, cancer à la gorge, etc… Ceux que nous avons rencontrés portent les lourdes séquelles du tabagisme. Parmi eux, Sanjay, qui lutte en ce moment contre un cancer de la gorge. En dépit du mal qui le ronge, il est incapable d’arrêter de fumer. De vingt cigarettes par jour, il a réduit péniblement à moins d’une demi-douzaine. Mais chaque cigarette qu’il fume est une de trop…
Complications.
Linda, proche de la soixantaine, commence à se sentir mieux depuis qu’elle a arrêté de fumer, il y a quelques mois. Elle avait 17 ans quand elle a débuté avec “quelques cigarettes”, avant d’en arriver à sept par jour. Elle a vu son état de santé se détériorer. Comme Sanjay, elle n’a pas pu arrêter plus tôt, malgré toutes les complications de santé: difficultés cardiaques, hypertension, diabète, problèmes gastriques. Elle a même dû subir des interventions pour son problème au coeur. “Tout cela à cause de la cigarette”, précise-t-elle. Accro, elle a continué à fumer en dépit des risques qu’elle encourait. En approchant la cinquantaine, les complications de santé ont été plus difficiles à vivre et à gérer, ce qui l’a contraint à prendre plusieurs médicaments par jour pour survivre.
Gaëtan et Jeanne ont eux aussi souffert du tabagisme. La consommation de cigarettes entraîne parfois une baisse dans la performance sexuelle et cela a été le cas pour Gaëtan. Jeanne, pour sa part, a été dans l’incapacité de procréer jusqu’à ce qu’elle se décide à mettre de côté la cigarette. Comme d’autres fumeurs, ils ont commencé “molo molo”, avant de passer à une vingtaine de cigarettes par jour.
Irritable.
Comme la majorité des fumeurs interrogés, ils confient : “Tan ki zen, pa santi so bann lefe. Me kouma rant dan laz, bien santi ki lekor nepli reponn parey kouma avan”. Il a fallu les remontrances de son entourage pour inciter Jeanne à vouloir arrêter la cigarette. “J’étais devenue laide, avec des lèvres qui avaient commencé à se déformer et à noircir. Mes yeux avaient jauni. Étant de teint clair, tout cela a été bien visible.”
Après avoir apprécié pendant des années la fumée des cigarettes, Gaëtan ne peut plus la respirer et éprouve même un certain dégoût envers elle. “J’ai réalisé à quel point ma fumée pouvait déranger les autres. Je ne peux plus m’approcher de fumeurs. Je les encourage à arrêter.”
Linda, Gaëtan et Jeanne ont pu se défaire de l’emprise de la cigarette. Mais tel n’est pas le cas pour les autres fumeurs que nous avons interrogés. C’est avec peine que Sanjay nous explique que c’est en cachette, comme un gamin, qu’il s’adonne à son petit plaisir. Ayant développé une grande accoutumance à la cigarette en peu de temps, il est devenu l’homme le plus irritable et “méchant” de la terre s’il n’en fume pas. C’est tout son entourage qui en fait les frais…
Handicap.
Dans ses efforts d’arrêter la cigarette pour que son traitement contre le cancer ait plus de chance de réussir, Sanjay a malheureusement pris du poids : pour éviter de fumer, il “manz tout sort kalite gonaz”. Ce qui laisse la porte ouverte à d’autres problèmes de santé. Il est conscient que fumer ne l’aide pas à vaincre sa maladie, mais le jeune homme se dit prisonnier de cette situation. Jusqu’à présent, tout le support moral qu’il a eu n’a pas pu l’aider. Paradoxalement, alors qu’il a besoin de tout le soutien de son entourage, il agit comme un voleur en se cachant pour fumer afin de ne pas subir les remontrances de ses proches.
Richard tente bien que mal de s’en sortir. Pour avoir de meilleures chances de réussite, il suit depuis quelque temps le programme mis en place par le ministère de la Santé pour y parvenir. Sa peau du visage terne, ses dents abîmées et sa mauvaise haleine trahissent ses longues années de fumeur. Sa consommation était de deux paquets de vingt par jour. Il confie qu’il se sent vite fatigué, ce qui constitue un handicap très lourd dans son travail. Il a aussi pris conscience des effets néfastes de la cigarette sur son entourage.
Budget.
C’est le cas pour Anwar également, que nous avons rencontré à l’une des clinics où sont dispensés les conseils pour arrêter de fumer. Fazila, ancienne grande fumeuse, accompagne son fils de… 13 ans, qui est tombé sous l’emprise de la cigarette par l’intermédiaire de ses amis. Pour l’instant, il ne subit pas de graves problèmes de santé. C’est sa mère qui l’aide à se défaire de son addiction : elle se sent “plus fraîche”, maintenant qu’elle ne fume plus. En dépit des conseils prodigués et du soutien de sa mère qui n’arrête pas de lui expliquer les effets néfastes de la cigarette, le jeune garçon peine à s’en sortir.
Pour sa part, Anwar ressent des palpitations – “leker bat vit”, dit-il – lorsqu’il marche vite ou quand fait des efforts. D’où sa volonté de cesser de fumer.
Le budget énorme consacré à la cigarette est aussi une des raisons qui a poussé certains de nos interlocuteurs à vouloir mettre fin à leur dépendance au tabagisme.