Alors que l’Organisation internationale du travail (OIT) a choisi pour thème cette année « Optimiser la collecte et l’utilisation des données sur la sécurité et la santé au travail », la Confédération des travailleurs des secteurs privé et public (CTSP) a décidé d’alerter l’opinion publique sur « l’urgence pour les autorités de prendre en compte le stress, la souffrance, la santé mentale et les risques psychosociaux des travailleurs ». Il intervenait hier après-midi Place Raymond Chasle, à Rose-Hill, lors d’un débat/exposition marquant la célébration de la Journée mondiale pour la Sécurité et la santé au travail.
« Alors que les travailleurs et les employeurs prennent de plus en plus conscience de la nécessité de préserver la sécurité et la santé physique des employés sur leur site de travail – bien souvent sous peine de sanctions légales –, nous constatons malheureusement que la santé mentale des travailleurs n’intéresse personne à Maurice ! » s’est indigné le secrétaire de la CTSP, Reeaz Chuttoo, hier après-midi Place Raymond Chasle, Rose-Hill, lors d’un débat organisé par la centrale syndicale pour marquer la Journée mondiale pour la Sécurité et la santé au travail, célébrée chaque 28 avril.
« Si les employeurs sont tenus aujourd’hui, de par nos lois, d’effectuer des « Risk Assessment » concernant les risques à la sécurité et la santé physique auxquels s’exposent les travailleurs sur leur lieu de travail, il n’en est rien concernant leur niveau de stress, la violence, le harcèlement moral ou sexuel, ou les conflits entre personnes ou équipes qu’ils subissent au travail. Tous les jours, nous recevons de plus en plus de gens au bureau souffrant mentalement sur leur site de travail sans savoir quoi faire », a-t-il élaboré.
Reeaz Chuttoo a ajouté que de très nombreux travailleurs mauriciens ne connaissent pas l’article 54 de l’Employment Rights Act 2008, qui sanctionne la violence au travail par une amende de Rs 75 000 et une peine de prison de deux ans. « Encore faut-il que le travailleur brave l’intimidation et les représailles patronales et porte plainte, et que la police et le ministère du Travail fassent leur travail en appliquant la loi », a-t-il nuancé.
« Quoi qu’il en soit, aucune loi ne fait mention spécifiquement de la santé mentale des travailleurs et des risques psychosociaux auxquels ils sont exposés », a-t-il déploré. Pour soutenir ses dires, le secrétaire de la CTSP a cité le cas de ces 500 femmes travaillant comme « cleaners » dans des écoles du gouvernement et percevant Rs 1 500 par mois. « Zot latet fatige. Zot per perdi sa plas-la. Zot oblize travay. Zot bizin fer kousti pou viv. Ek enn direkter Labour ena toupe dir lor radio ki zot saler zistifie parski zot travail selma trwa zer par zur. Me si li kone, me li kasiet se ki sa bann madam-la travay enn her gramatin, enn her midi ek enn her tanto ek ti zot oblize res enn zurne de plis ki 6 her dan travay… Si se pa explwatasion bann madam vilnerab, se kwa ? Personn na pa oule kompran zot soufrans mental ! » a-t-il poursuivi.
Reeaz Chuttoo a aussi cité ces travailleurs en cols blancs payés selon des « global package » sous l’Employment Rights Act et qui n’ont aucun préavis ni salaire supplémentaire pour faire obligatoirement des heures supplémentaires, en contravention avec la Convention 29 sur le travail forcé que le gouvernement a ratifié. « N’est-ce pas une souffrance morale que d’être obligé de faire des heures supplémentaires sans en être prévenu ni payé ? » se demande-t-il. « Réalise-t-on que cette souffrance au travail mène souvent au stress, aux maladies cardio-vasculaires, à des douleurs musculaires, à l’anxiété et à la dépression, et même au suicide ? »