DR DIPLAL MAROAM

Chaque année, la commémoration de la Journée mondiale de l’Alimentation et de celle du Refus de la misère les 16 et 17 octobre suscite une sérieuse prise de conscience sur deux préoccupations majeures de l’humanité – la faim et la pauvreté. Cependant, s’il y a effectivement des millions d’êtres humains qui sont victimes de l’insécurité alimentaire dans le monde, il y a, en même temps, des millions d’autres qui souffrent des conséquences de la surconsommation. Ainsi, hormis la sous-alimentation, la malnutrition, la carence en fer, en calcium, en iode, etc, une consommation abusive de nourriture grasse, sucrée et salée combinée aux effets nuisibles du tabac et d’alcool constitue aussi un cocktail explosif de morbidité chez l’homme. Si, dans certains pays pauvres, le manque de ressources pour nourrir les populations est souvent associé aux conflits armés, à une gouvernance irresponsable et la corruption, dans les pays du Nord, en revanche, les mauvaises habitudes alimentaires sont le principal facteur de mortalité due aux maladies non-transmissibles (MNT), notamment cardiovasculaires, le diabète, l’hypertension et certains types de cancer. Et à Maurice, la situation n’est guère réjouissante. Les statistiques de la FAO indiquent d’ailleurs qu’au niveau global, plus de 700 millions d’adultes, 200 millions de jeunes de 5 à 18 ans sont obèses et que plus de 70 millions d’enfants de moins de 5 ans sont en surpoids, ce alors qu’en même temps, environ un milliard de personnes souffrent de la faim.
Par ailleurs, il convient de faire ressortir que la tendance vers la souveraineté alimentaire dans de nombreux pays en développement – Maurice n’est également pas épargnée – est, dans une grande mesure, freinée par la pratique agricole abominable des pays riches, consistant à accorder des subventions à la production et à l’exportation, entravant, par conséquent, toute initiative de diversification dans les pays importateurs, inondés par des produits plus compétitifs. C’est ainsi que les denrées agricoles dont l’objectif primordial est de combattre la faim et la sous-alimentation, sont devenues finalement de simples marchandises susceptibles d’accroître les profits des multinationales concernées. Dans ce contexte, la génétique des semences est même modifiée afin de répondre à des critères de rentabilité maximale et les hybrides, étant stériles, les paysans sont contraints d’acheter de nouvelles semences chaque année. Aujourd’hui, environ 5 multinationales privées contrôlent presque 75% de la semence potagère globale, plongeant ainsi dans la dépendance et l’incertitude alimentaire une partie importante des peuples de la planète. Il est inconcevable que la quête des profits à tout prix de la part des firmes agricoles de même que des spéculateurs sans scrupule, poussent hors d’accès, pour une section non-négligeable des populations dans les pays pauvres, des produits alimentaires de base. Il est temps de revenir au projet initial tendant vers l’autosuffisance des peuples sur leur territoire et de rétablir une agriculture naturelle, économe et respectueuse de la santé et de l’environnement.
Ainsi, pour subvenir aux besoins alimentaires de la population mondiale qui compte 80 millions de bouches supplémentaires à nourrir chaque année, nous n’avons d’alternative que de changer notre fusil d’épaule. Non seulement du point de vue de notre mode de vie et d’alimentation, mais aussi de celui du développement économique. Car si le nombre de personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté (moins de 1,90 dollar par jour par personne) dans le monde a diminué ces 30 dernières années – diminution observée principalement chez les géants démographiques devenus géants économiques, la Chine et l’Inde, mais pas en Afrique subsaharienne –, de fortes inégalités – caractéristique intrinsèque d’une économie néolibérale, hautement financiarisée – persistent et sont même en augmentation dans presque tous les pays du monde.
À Maurice, dans les manifestes électoraux des trois principaux partis en lice et qui seront rendus publics sous peu dans le cadre des législatives du 7 novembre prochain, la pauvreté et la sécurité alimentaire doivent essentiellement constituer une priorité fondamentale. Nous n’avons d’autres alternatives que de miser sur l’autosuffisance alimentaire, car toutes les ressources nécessaires – main-d’œuvre, terres, etc – sont disponibles, mais ne sont guère exploitées à bon escient, ce alors que nous importons plus de 75% de nos produits alimentaires de base.