Ceux qui pensaient que le judo mauricien allait connaître un nouveau départ, voire une nouvelle sérénité, vont devoir s’armer de patience. Pour cause : la décision a été prise de ne pas organiser hier l’assemblée générale que toute la famille du judo attendait, après plus d’une année de blocage administratif et sportif. Prévue hier à 14 heures au nouveau siège du Comité Olympique Mauricien à Trianon, cette assemblée est devenue le talk of the town dans diverses sphères depuis vendredi matin, quand la rumeur de son renvoi s’est répandue.
La confirmation est tombée hier matin. Le président du caretaker committee a indiqué à Week-End qu’effectivement l’assemblée générale de la FMJ n’allait pas avoir lieu et qu’elle a été renvoyée à une date ultérieure. Mais quand?? « Je ne suis pas en mesure de donner une réponse à cette question », a lâché Gérard Réquin. Les raisons derrière ce renvoi n’ont aussi pas été révélées, Gérard Réquin disant tout simplement que cette décision a été prise dans les « hautes sphères du sport mauricien ».
Fait-il allusion à la réunion de jeudi qui a eu lieu dans les locaux du ministère de la Jeunesse et des Sports en présence de lui-même et des membres du Comité Olympique Mauricien (COM)?? Une question à laquelle le président du caretaker committee— dont le mandat de trois mois, comme stipulé dans la section 9 dans la Sports Act 2016, prend fin aujourd’hui, dimanche 30 avril— n’a pas souhaité répondre. Alors que la question est de savoir pourquoi n’a pas eu lieu cette assemblée destinée à confirmer comme nouveau comité directeur de la FMJ les neuf candidats issus de trois régions (Rodrigues, Port-Louis et Grand-Port Pamplemousses).
Élections communautaristes
Selon les informations de Week-End, il semblerait que deux raisons auraient été évoquées pour expliquer le renvoi de cette assemblée générale d’hier. Notre source indique que durant les travaux, le caretaker committee aurait constaté de gros manquements au niveau des finances de la fédération de judo. À tel point que l’affaire est considérée comme un détournement de fonds. « Ce n’est pas qu’une question de quelques milliers de roupies, mais quelques millions », nous avance-t-on dans les coulisses de ce dossier. Ce qui, selon notre source, constitue une première raison du renvoi de ladite assemblée. Même si, dans le fond, cet argument ne justifie en rien qu’un caretaker committee ne fasse pas son travail final, qui consiste à organiser des élections.
Dans ce sillage, nous apprenons aussi d’une source autorisée que le ministère de la Jeunesse et des Sports aurait demandé des enquêtes à diverses agences dans ce qui est considéré comme un cas d’embezzlement (misappropriation of fund). On cite volontiers le Registrar of Companies, notamment s’agissant de la création et de l’utilisation de la compagnie qui a pour nom AJOM Mauritius. Cette dernière serait, selon nos informations, au coeur de cette vaste affaire d’escroquerie autour des fonds récoltés durant l’Africa Judo Open Mauritius. La MRA, le Registrar of Associations et la police sont aussi appelés à contribuer.
Mais comment la section 12 (2) (c) (ii) peut-elle se greffer avec la première raison pour justifier ce renvoi de l’assemblée générale d’hier? Cette section aborde les « Regional operation of National Sports Federations ». La sous-section évoquée stipule qu’un comité région doit « appoint its officers in such a way that no person is discriminated against by reason of race, community, caste, creed or colour ». Pourquoi cette clause est-elle applicable dans le cas des élections régionales de la FMJ?? A priori, l’idée d’une élection à base communautariste est rejetée par le président du caretaker committee. Par contre, du côté de ceux qui sont à l’origine de la décision de renvoi de l’AG, on y croit fermement. D’où la décision de demander une enquête du Registar of Associations, qui est membre du caretaker committee depuis le début par le biais de Mamdae Sheinaz Badal.
CT faillit lamentablement
Puis, si on considère ceux qui ont été élus pour la région de Port-Louis et Grand-Port/Pamplemousses, cette clause de la loi ne peut être justifiée. Les élus sont, entre autres, Shafaraz Rughony (Plaine Verte JC), Hemraj Ramtohul (Ste Croix JC) et Alain Batterie (Cité Briquetterie JC) pour Port-Louis, Jacques Desbleds (Pointe aux Piments JC, Yannick Brutus et Ibtihaaj Ukkhoy (Union Judo de GBA) pour Grand-Port/Pamplemousses. À moins qu’au ministère de la Jeunesse et des Sports a été développé depuis un « standard » pour définir le communautarisme dans le sport à Maurice, la discrimination raciale contre laquelle la lutte est engagée dans le sport — et qui est bannie dans la Charte Olympique— ne peut s’appliquer contre les élections pour ces deux régions.
Comme le dit l’adage « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». Le judo est devenu depuis l’arrivée de Yogida Sawmynaden le joujou du ministère des Sports. Stephan Toussaint donne lui aussi l’impression de vouloir devenir le nouveau marionnettiste d’un triste spectacle, à un peu plus de deux ans des JIOI 2019. Selon nos informations, sur le plan légal, le caretaker committee a failli lamentablement à sa tâche en n’organisant pas ces élections.
Du coup le ministère des Sports a aussi participé à un gaspillage de fonds, puisqu’il a accepté, pour ne pas dire participer, à la non-tenue de cette assemblée générale d’hier. La question qui se pose maintenant est si les fonds publics seront à nouveau engagés dans un caretaker committee pour arriver au même résultat que celui obtenu au bout de ces trois derniers mois de travail. On a fait comprendre à Week-End que les instances internationales seront contactées, attendons voir si le syndrome de la FMN ne va pas encore frapper.