Lorsque le téléphone a sonné en début d’après-midi mardi dernier pour nous proposer une rencontre exclusive avec Teddy Riner, qui se la coulait douce dans le cadre enchanteur de l’hôtel Le Paradis au Morne, on ne se pose pas de question. D’autant que lors de son séjour à Maurice en mai 2010, le Français aux origines guadeloupéennes avait noué des liens avec la rédaction sportive de Week-End. Ce qui fait que le contact a été plus que facile, surtout que Teddy « The Winner », comme il est prénommé désormais en France et ailleurs, a la communication facile. Il s’est montré très disposé à parler de son parcours de champion exceptionnel (voir hors texte) et surtout de ses ambitions légitimes de gagner encore des titres, une 8e consécration en 2015 au Kazakhstan, mais surtout un 2e titre olympique en 2016 à Rio. Une ville qui lui a porté chance à ce jour, même si en août il a réussi sa 7e couronne mondiale en Russie.
Teddy Riner, d’habitude les champions du monde sont très sollicités par les médias et les publicitaires, avec des contrats assez juteux. À la place, vous choisissez de passer des vacances à Maurice. Pourquoi ?
Les championnats du monde en Tcheliabinsk en août ont été très durs pour moi. Certes, je suis extrêmement heureux d’avoir gagné ce 7e titre, mais cela a été un vrai parcours du combattant, puisqu’il y a eu énormément de travail derrière cette 7e victoire aux championnats du monde qui m’a privé de mes proches. Donc, il me fallait une pose avec ma famille et Maurice a été un choix du coeur. C’est la première fois depuis que je voyage que le reviens dans un pays pour la 2e fois. Je me sens un peu chez moi, comme en Guadeloupe.
Comment se sont passées ces vacances mauriciennes ?
Très animées, avec beaucoup de découvertes qui n’étaient pas possibles lorsque j’étais venu pour la première fois en 2010. Cette fois, j’ai eu l’occasion de découvrir votre île sous plusieurs aspects et j’ai étais aussi agréablement surpris par les Mauriciens.
Pourquoi ?
Je ne savais pas que les gens me reconnaissent. Maurice n’est pas une terre de judo et ma derrière visite remonte à presque quatre ans. J’ai été surpris que les gens m’ont sollicité, mais content.
Vous en êtes à votre 7e titre de champion du monde. Vous ne vous dites pas que c’est sans doute l’heure d’arrêter et de quitter la scène en étant déjà le judoka le plus titré de l’histoire de ce sport ?
(rires) Vous savez, de nature je suis un battant, voire un conquérant. Pourquoi dois-je arrêter ? Je me suis posé la question avec mon entourage et je n »ai pas vu une raison d’aller dans cette direction. Certes après Tcheliabinsk qu’il y a eu des remises en cause. Mais il n’y a aucune raison de mettre ma carrière en parenthèse.
Vous iriez jusqu’où ?
Je n’ai que 25 ans et j’ai eu la chance de gagner très jeune mes titres, alors que d’autres judokas de renommée mondiale ont commencé à gagner à l’âge de 30-35 ans. Je suis pour l’heure dans une bonne dynamique, avec mon entraîneur nous avons fait le tour de la question et une fois de retour à Paris je commence la préparation pour les Mondiaux du Kazakhstan et par la suite je m’engage sur Rio 2016.
À Tcheliabinsk, justement, votre finale contre le Japonais n’a pas été aussi facile que vos précédents titres. Le doute ne s’installe-t-il pas après un combat où vous auriez pu perdre ?
Ah, vous les journalistes, toujours à chercher la petite puce ! Non, je n’ai pas douté !
Quand même un petit peu, surtout que vou,s Teddy Riner, vous gagnez une finale sur pénalité… C’est du jamais vu…
Je n’ai jamais douté de mon propre potentiel et puisque mon adversaire aurait été disqualifié bien plus tôt dans cette finale. Rye Shichinohe n’a jamais engagé le combat durant toute la finale. Le judo c’est l’engagement. C’est le combat. C’est un face-à-face. Si votre adversaire ne joue pas le jeu, il est impossible d’être au meilleur de soi-même. Pour la petite histoire, tous mes précédents combats, je les ai gagnés sans difficulté.
On ne gagne pas sept titres mondiaux par hasard. Quel être votre secret, Teddy Riner ?
Dans ma famille, on m’a toujours appris que le secret de la réussite c’est le travail. Comme vous dites, ces titres ne sont pas le fait du hasard, même si on dit que je suis doué pour ce sport. C’est beaucoup de sacrifies physiques, moraux et familiaux. C’est en moyenne quatre séances d’entraînement quotidiennement. Pas que du tatami. Il y a beaucoup de boulot en altitude, dans le froid (des bains dans l’eau glacée), des sorties à vélo, la préparation psychologique et beaucoup de travail sur soi-même.
N’êtes-vous pas un peu blasé avec tous ces titres et ces entraîneurs ?
Tu lâches pas l’affaire, toi. J’ai encore d’autre somments à surmonter et des titres à gagner.
D’autres grands judokas français, à l’instar de Thierry Rey et David Douillet, se sont engagés dans la politique après leur carrière. Envisagez-vous de vous lancer dans cette voie ?
Je suis un peu jeune pour la politique. Bon, c’est pas trop mon truc la politique. De nature je suis un homme qui sait rester humble et c’est pourquoi j’ai fait un choix d’image bien calculé avec mon manager qui n’est autre que mon frère Moïse. Je suis assez loin de tout ce star system. C’est pas mon frère.
Vous êtes à Maurice et vous ne visitez pas le dojo national ? Avez-vous un message quand même pour les judokas mauriciens ?
J’aurais bien aimé rencontré mon ami Joseph (ndlr : Mounawah), mais c’était un peu compliqué cette fois. Mais je tiens à dire aux judokas que je les apprécie beaucoup, surtout ceux que je croise assez régulièrement du reste dans les compétitions. Je leur dis bon courage et bonne chance. Je sais qu’ils ont un objectif important l’année prochaine.