Le temps est à l’action. Le comité promis par le Premier ministre pour décider de la marche à suivre suite au jugement du Tribunal d’arbitrage permanent sur le Marine Protected Area décrété  unilatéralement par Londres doit être institué dans le plus bref délai et prendre la décision qui s’impose. Et, dans les circonstances actuelles, cette décision ne peut qu’être celle de porter l’affaire devant la Cour internationale de justice de La Haye pour le recouvrement de notre souveraineté sur l’archipel des Chagos. Un porte-parole du Foreign and Commonwealth Office ayant déjà réaffirmé dans The Guardian au lendemain du jugement « la souveraineté du Royaume-Uni  sur le BIOT, comprenant les Chagos », toute nouvelle initiative diplomatique de Maurice, selon toute vraisemblance, butera sur la sempiternelle réponse de Londres à l’effet que les îles seront restituées « when they will no  longer be needed for defence purposes ». Manifestement, cette réponse laconique a pris à contre-pied devant le Tribunal d’Istanbul l’argument principal de la souveraineté avancé par le gouvernement britannique pour sa défense, argument que, selon ce dernier, le Tribunal n’était pas apte à considérer.
 Ce jugement tombe donc à point nommé. En effet, le bail américain sur l’archipel arrivant à expiration l’an prochain, Maurice possède désormais une carte majeure pour pouvoir intervenir dans les négociations pour le renouvellement de ce bail, selon l’accord de 1966 entre Londres et Washington. D’autre part, au-delà du jugement favorable obtenu dans le passé devant la Haute Cour de Londres par les Chagossiens pour leur retour sur l’archipel – jugement neutralisé toutefois par un Order in Council –  en tant que citoyens britanniques avec des passeports britanniques, c’est la première fois que l’État mauricien obtient gain de cause sur ce dossier devant une instance juridique internationale depuis le consentement tacite accordé par nos dirigeants au projet de l’excision de l’archipel comme une des conditions de l’octroi de l’indépendance en 1968. Nous étions alors en pleine guerre froide ; quatre années plus tôt, le mur de Berlin fut érigé et les occidentaux tentèrent, par tous les moyens possibles, de contrecarrer l’expansion de l’influence soviétique dans le monde.
 Dès le début des négociations à Londres entre représentants mauriciens et britanniques, l’obscur dessein militariste des Américains dans l’océan indien fut savamment dissimulé par les Britanniques qui, à la place, annoncèrent à la partie mauricienne que l’archipel serait utilisé « for communication purposes ». Le démembrement d’un territoire avant l’indépendance ayant été décrété  illégal par les Nations unies,  le gouvernement anglais dédommagea Maurice à la hauteur de 3 millions de livres sterling et offrit 1,4 million additionnel pour le relogement des Chagossiens à Maurice. Dans la foulée, les Anglais accordèrent aux États-Unis un bail de 50 ans sur les îles, renouvelable pour 20 ans pour 11,5 millions de dollars.  
 Si l’effondrement de l’URSS suivi par la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991 avait officieusement signifié la fin de la guerre froide, cependant force est de constater que la confiance dans les relations internationales n’a jamais pu être totalement  rétablie. Il n’est un secret pour personne que, que ce soit lors de l’opération du Tempête du Désert en 1991 pour la libération du Koweit ou de celle pour déloger Saddam Hussein du pouvoir en 2003 sous prétexte du développement, à grande échelle, par son régime des armes de destruction massive, la base de Diégo-Garcia avait été mise à contribution. Et certaines informations font état que des prisonniers de Guantanamo y avaient même séjourné.  
  Mais ce qui a considérablement refroidi ces derniers temps les relations internationales, c’est bien évidemment la guerre en Ukraine où les rebelles anti-Maïdan soutenus par Moscou ont grignoté pas mal de terrain dans l’Est du pays depuis l’invasion de la presqu’île ukrainienne de la Mer noire, la Crimée, par la Russie l’an dernier. L’intention des Américains d’aider militairement l’Ukraine dans ce conflit fratricide a été déjouée par d’autres membres de l’OTAN, notamment la France et l’Allemagne bien que la Grande-Bretagne envoie déjà ses experts militaires pour former les soldats ukrainiens.
  Bref, au niveau de la géopolitique globale – comme au sein du Conseil de sécurité de l’ONU – , les tensions demeurent vives, à tel point que l’on peut, sans l’ombre d’un doute, avancer que les conditions qui avaient conduit à la construction de la base militaire de Diégo-Garcia plus de quatre décennies de cela, sont aujourd’hui loin d’être dissipées. Ainsi, dans les circonstances actuelles, la voie légale demeure l’alternative la plus plausible.