EMMANUEL BLACKBURN

Le jugement dans l’affaire MedPoint bouleversera sans aucun doute les stratégies des partis politiques, relancera les koz-koze et déterminera l’échéance des prochaines législatives, le Premier ministre pouvant être tenté de surfer sur cette vague pour appeler le pays aux urnes. Personne ne lui reprochera de vouloir optimiser ses chances de renouveler le mandat de son gouvernement.

Mais cet aspect purement politique n’est qu’accessoire et y limiter son analyse serait absolument réducteur car, par essence, un gouvernement tout comme les hommes, passe tandis que l’État demeure. La permanence de ce dernier est assurée par la solidité et l’indépendance de ses institutions ainsi que le juste équilibre qui prévaut entre chacun de ses pouvoirs; législatif, exécutif et judiciaire.

L’île Maurice est confrontée à un archaïsme où presque tous les pouvoirs sont ramenés à un seul homme. Mais hier le Premier ministre, le plus puissant citoyen du pays, était, face au Privy Council, le pair de son plus humble compatriote. Le véritable vainqueur de cette joute est ainsi cette confiance que le citoyen se doit de renouveler dans le judiciaire. Coupable en Cour intermédiaire, blanchi par la Cour suprême, appel du Directeur des Poursuites publiques et point final au Privy Council, voilà une administration de la justice digne de ce nom. Au-delà de l’euphorie des partisans du MSM et de la déception de ses détracteurs, le citoyen mauricien doit se réjouir de la diligence de notre judiciaire. Le tribunal de l’opinion publique est un autre débat. Nous y reviendrons…