Claudia Baider, responsable de l’herbier de Maurice au MSIRI, vient de publier avec plusieurs autres scientifiques un article dans la revue Phytotaxa sur les orchidées sauvages du genre Jumellea, qui sont devenues particulièrement rares à Maurice. Cette publication offre l’occasion de se pencher sur les différents aspects qui ont pu entraîner la grande rareté de ces espèces, parfois jusqu’à l’extinction, et de remettre à jour les différentes données dont on dispose sur ces fleurs si fragiles et attachées à leur milieu d’origine. Cet article se concentre particulièrement sur le cas de deux espèces : la Jumellea exilis et la Jumellea rossii.
Le genre Jumellea regrouperait soixante espèces pour la plupart situées dans les îles de l’ouest de l’océan Indien, avec aussi quelques-unes sur le continent. Leurs fleurs sont généralement blanches et présentent la particularité de posséder un éperon, dont la taille est plus ou moins longue selon les espèces. Cet aspect fait d’ailleurs partie des critères morphologiques retenus pour décrire et distinguer ces espèces entre elles.
Une autre publication scientifique, proposée par Bertrand Mallet et d’autres collaborateurs, a d’ailleurs porté récemment sur les différences morphologiques et l’identification des Jumellea rossii et des Jumellea fragrans de La Réunion, qui ont été souvent confondues ou interverties au cours de la longue histoire de la recherche botanique dans la région.
Les auteurs de cet article rappellent que les orchidées, particulièrement dans les îles océaniques, constituent un cas d’école en matière d’évolution et de morphologie. Elles présentent des caractéristiques particulières selon les milieux, l’altitude à laquelle elles poussent qui rendent parfois leur identification difficile et favorisent les confusions. « En termes de conservation, la première recommandation est de reconnaître deux espèces bien distinctes : J. rossii et J. fragrans. D’autre part, l’inscription dans la catégorie vulnérable de la liste rouge de l’UICN et l’adoption d’un statut de protection semblent fortement recommandées pour J. fragrans. Concernant J. rossii, des connaissances approfondies sur la distribution géographique et la dynamique des populations de l’espèce s’avèrent nécessaires afin d’évaluer le risque d’extinction. Parallèlement, l’étude de la diversité génétique des deux espèces fournirait des données utiles pour la mise en oeuvre d’un plan de conservation. »
Paru plus récemment, l’article de Claudia Baider précise que ces études génétiques souhaitées ont eu lieu et ont permis de préciser la distinction de ces deux espèces. Il n’est pas inutile de rappeler que les Jumellea fragrans étaient très prisées en tisanerie à La Réunion. Ameenah Gurib Fakim les répertorie d’ailleurs dans son ouvrage sur les plantes médicinales de Maurice et d’ailleurs, parmi les plantes utilisées en médecine traditionnelle. Claudia Baider nous confie que leur parfum était également apprécié pour le rhum arrangé. Aujourd’hui, à Maurice, ce sont plutôt les macaques qui sont à l’origine de la raréfaction de ces plantes, qu’ils mâchouillent avant de les rejeter.