L’opération « Sov Lassiette Manzé Peser » lancée par l’Assemblée régionale de Rodrigues, lundi dernier, avec la fermeture de la saison des ourites jusqu’au 12 octobre, semble faire l’unanimité au sein de la communauté des pêcheurs dans l’île même si des problèmes de démarrage (Teething Problems) se font déjà sentir. Dès lundi matin, les 1 400 piqueurs et piqueuses d’ourites concernés se sont mobilisés à travers l’île en vue de rendre effective cette mesure visant à préserver l’environnement marin et à éviter la disparition des ourites des eaux rodriguaises. Le commissaire de la Pêche, Richard Payendee, ne s’est épargné aucun effort pour accompagner les partenaires de cet aspect de l’industrie de la pêche pour faire de cette fermeture de la saison d’ourites un succès. Mais, des spécialistes de la mer dans l’île ont fait comprendre à Week-End que cette mesure de conservation subira son premier test de grandeur nature aujourd’hui avec la grande tentation de la « marée ourites » du jour. Les autorités se disent prêtes à intervenir pour l’interdiction de prendre ou de vendre des ourites jusqu’au 12 octobre prochain soit respectée à la lettre. Des premières saisies d’ourites sur des passagers en partance au Sir Gaëtan Duval Regional Airport ont déjà été effectuées.
Les règlements adoptés par l’Assemblée régionale de Rodrigues sont clairs : pendant la période de la fermeture de la saison des ourites dans l’île, personne ne peut se retrouver en possession du moindre gramme d’ourites. D’ailleurs, les pêcheurs, commerçants ou restaurateurs, ayant en leur stock des ourites séchées ou autres auraient dû obligatoirement les déclarer aux autorités à la fermeture. De ce fait, d’ici le 12 octobre, aucun Rodriguais ou même visiteur mauricien ou touriste étranger ne peut se retrouver en possession d’ourites.
Les dernières informations à la fin de la première semaine de l’Octopus Closes Season indiquent qu’une vingtaine de kilos d’ourites séchées se trouvant dans les bagages de huit passagers en partance à l’aéroport de Plaine-Corail ont été saisis. Dans ces premiers cas, les passagers n’ont fait l’objet d’aucune autre tracasserie. Les Mauriciens encore tentés par les ourites de Rodrigues sont avertis de cette interdiction avec des sanctions sévères prévues. D’autre part, dans la journée du 15 août, les autorités ont procédé à la saisie d’une embarcation engagée dans des activités illicites de pêche aux ourites dans la région de Baie-du-Nord.
Le premier test des mesures de surveillance du lagon en vigueur avec la fermeture de la saison d’ourites devrait intervenir aujourd’hui. Avec la « marée ourites »‘ du jour, nombre de Rodriguais pourraient être tentés par la marée basse pour se procurer « ène curry ourites » en mer. « Nous avons déjà pris les mesures nécessaires pour que l’interdiction soit respectée comme il se doit marée, ourites ou non. Nous lançons un appel à tous les Rodriguais car l’adoption de cette mesure, aussi drastique soit-elle, est au bénéfice de toute l’île », fait comprendre un porte-parole du gouvernement régional à Port-Mathurin.
Avec l’entrée en vigueur de la fermeture de la saison d’ourites, lundi dernier, l’une des premières mesures a été le choix des piqueurs et piqueuses d’ourites, qui seront appelés à assurer qu’aucune activité de pêche ne soit autorisée en mer. Le commissaire Payendee, arborant un t-shirt « Femetir lapss ourite », était présent dans les principales régions côtières pour superviser cet exercice et également la signature des contrats de reconversion professionnelle des piqueurs et piqueuses d’ourites.
Dans l’ensemble, l’exercice s’est déroulé dans le calme même si des moments de tension étaient palpables à Baie-du-Nord, Petite-Butte et Tamarin. Des pêcheurs n’étaient nullement satisfaits de la fermeture de la saison des ourites. Ils ont clairement fait état de leur mécontentement en affirmant haut et fort qu’ils poursuivront leurs activités professionnellement en mer et qu’à l’arrivée des Fisheries Officers, ils lâcheront leurs prises en mer.
Avec le choix d’une vingtaine d’hommes, dont la mission principale est de procéder à la surveillance de la mer, un premier dispositif de l’interdiction est mis en place. Ces hommes ont pour responsabilité de s’assurer qu’aucune activité de pêche aux ourites ne soit engagée en mer. Néanmoins, ils ne sont pas habilités à procéder à des arrestations dans des cas de flagrant délit. Leur seul pouvoir est de se mettre en contact par téléphone cellulaire avec les officiers des Fisheries pour rapporter les incidents.
D’autre part, l’Assemblée régionale de Rodrigues a élaboré un plan de conversion professionnelle en faveur des 1 400 piqueurs et piqueuses d’ourites recensés officiellement dans l’île. A hier, 1 319 étaient en poste officiellement. Pendant toute la durée de la fermeture de la saison, ces pêcheurs professionnels seront déployés dans d’autres activités. Pas moins de 28 zones de travail, principalement des travaux de réhabilitation et de préservation de la zone côtière ont été identifiées avec 55 groupes de pêcheurs constitués.
Le programme de reconversion professionnelle permettra à chacun des 1 400 pêcheurs de bénéficier d’une allocation de Rs 3 750 pour une quinzaine de demi-journées de travail. Au cours de ces deux prochains mois, ils seront engagés dans des travaux de protection de l’environnement et de la biologie marine, d’embellissement des principaux sites d’intérêt public et d’ordre social. Certains pourront être embauchés en tant que Watchman ou Watchwoman.
A la fin de la première semaine de travail, les pêcheurs ont soumis une demande à l’Administration régionale pour que des équipements de protection, comme des bottes et des gants, leur soient founis vu les conditions difficiles de leur travail. Ils protestent également contre le fait qu’ils ne disposent d’aucune assurance en cas de blessure sur leurs sites de travail. Les autorités auraient fait comprendre que le budget alloué à ces activités n’est pas suffisant pour encourir de telles dépenses.
« L’opération Sov Lassiette Manzé Peser a pour objectif de permettre à la population d’ourites d’augmenter. Pendant ces deux moins quelque 800 000 oeufs d’ourites seront à l’abri de tout dégât. Nous voulons éviter la disparition de nos ourites comme ce fut le cas pour nos bambaras (concombres de mer). Pa pou éna okenn lassiette mangé ki piu affecté », martèle le commissaire Payendee face aux critiques contre la fermeture de saison, projet qui bénéficie de l’appui de la Commission de l’Océan Indien (COI).
Le commissaire de la Pêche, qui affirme n’avoir aucune crainte tant que la décision, même si elle est impopulaire, est dans l’intérêt de Rodrigues et de son peuple, a annoncé une fête de l’ourite à la réouverture de la saison le 13 octobre.
Entre-temps, l’une des principales composantes de la cuisine authentique rodriguaise ne sera pas dans l’assiette à table au nom de la préservation et de la conservation…