L’honneur, ça n’a pas de prix ! C’est la très belle leçon que vient de donner, à son corps défendant, l’avocat Patrice Doger de Spéville. Il avait poursuivi en justice d’abord l’ancien inspecteur de police Prem Raddhoa et, suite au décès de ce dernier, ses héritiers, en leur réclamant Rs 5 millions en guise de réparation pour une arrestation arbitraire. Mais, lundi dernier, l’avocat a volontairement et pour sauver son honneur, réduit ses réclamations à une somme symbolique d’une petite roupie. Un geste qui restera pour la postérité !
Me Doger de Spéville s’était plaint auprès de la justice d’avoir été arrêté illégalement et de manière arbitraire, en avril 2001, alors qu’il ne faisait que son devoir d’assister Bernard Maigrot dans le cadre de l’enquête policière dans l’affaire d’assassinat de la styliste Vanessa Lagesse. Selon sa plainte, Me Doger de Spéville, accompagné d’autres hommes de loi, s’était rendu au campement de Bernard Maigrot dans la nuit du 23 avril 2001.
Les enquêteurs de la Criminal Investigation Division de Grand-Baie, commandé alors par Prem Raddhoa, devaient lui en interdire l’accès. Il eut, toutefois, le temps de conseiller à Bernard Maigrot, son client, de se prévaloir de son droit constitutionnel de garder le silence et de ne faire aucune déclaration. L’inspecteur Prem Raddhoa, alors au faîte de sa gloire avec ses méthodes musclées, n’avait pas apprécié et le fit mettre au cachot durant toute une partie de la nuit.
Me Doger de Spéville a dit avoir ensuite appris que des allégations avaient été faite par la police à son encontre à l’effet qu’il s’était mal comporté et avait profèré des jurons. « Ces allégations ont de toute évidences créé de la confusion dans le public, ont nui à mon intégrité professionnelle et à ma conduite personnelle et m’ont causé beaucoup d’anxiété ».
L’avocat a logé un procès en réparation contre l’officier de police Raddhoa, lui réclamant des dommages de l’ordre de Rs 5 millions. Le procès avait déjà débuté quand l’inspecteur de police est décédé. Me Doger de Spéville a alors maintenu son action légale contre les héritiers du policier comme le lui autorisait la loi. L’épouse de Prem Raddhoa et ses enfants ont résisté, ont demander à la Cour suprême de les mettre hors de cause et ont même contre-attaqué en réclamant à leur tour à l’avocat Rs 50 millions pour tentative de les rendre injustement responsables d’acte d’autrui.
Le procès a traîné tout le long des deux dernières années. Entretemps, la Cour suprême, présidée par le juge Asraf Caunhye a d’abord, débouté les Raddhoa. Puis, lundi dernier, s’est déroulé le dernier acte, à la satisfaction de deux parties. Le juge Caunhye a carrément qualifié  « d’arbitraires » les agissements de Prem Raddhoa à l’encontre de l’avocat. En fait, pour Me Doger de Spéville (plaignant), la cour n’a fait que rappeler un principe sacro-saint qui veut que l’avocat doit pouvoir en toute liberté et indépendance défendre son client. Un principe qui est clairement énoncé dans la Convention des avocats du monde.
Lundi dernier, magnanime, Me Doger de Spéville a fait savoir à la Cour suprême qu’un dédommagement symbolique… d’une roupie lui suffirait amplement du moment que son honneur était rétabli. La famille Raddhoa a accepté le verdict.