A 40 ans, Kalpana Koonjoo-Shah fait ses premières armes en politique. La fille de Prem Koonjoo avance qu’être la fille de… n’a pas forcément facilité son parcours dans la vie. Aujourd’hui, fière d’être la relève de SAJ, dans la circonscription No 7, elle fait son entrée au Parlement, certes avec quelques appréhensions, mais déterminée à apporter sa pierre à l’édifice pour le progrès du pays, dit-elle.

Elue du premier coup, quel est votre sentiment ? Vous attendiez-vous à cela ?
— Coup d’essai, coup de maître, comme on dit. Mon élection est le résultat d’un travail d’équipe. Je profite de l’occasion pour remercier ceux qui m’ont encouragée : mes colistiers, notre Campaign Manager Ravi Yeerigadoo, mes parents et en particulier mon mari. Cela n’a pas toujours été facile, car j’ai des enfants en bas âge. Celui-ci, qui a 1 an, a fait ses premiers pas alors que j’étais en campagne. Cela m’a fait beaucoup de mal de ne pas avoir vécu ce moment. Mais c’est ainsi. Etre avec les sympathisants, avec l’électorat c’est facile pour moi. J’ai confiance en moi, je parle facilement et j’aime rencontrer les gens. Le plus dur c’est de quitter ses enfants à la maison. Aujourd’hui, je suis animée par un sentiment d’humilité, mais aussi de joie. Est-ce que je m’attendais à cela ? Je dois dire que j’étais assez confiante et sereine. J’ai un leader qui m’a fait confiance et nous avons un électorat qui connaît déjà le bilan et la vision de notre leader pour le pays. La décision pour l’électorat a donc été facile.

Cela fait quoi de se faire élire dans la circonscription où SAJ avait été élu dans le passé et surtout la dernière fois de sa carrière politique ?
— Je l’ai dit, après l’annonce des résultats par le Returning Officer vendredi : SAJ se retire de la politique et moi, je fais mes premiers pas dans le bastion de Sir Anerood. Quand je suis descendue sur le terrain, outre mes parents, SAJ a été la première personne à me donner sa bénédiction. Et après le dernier congrès à Rivière-du-Rempart, il m’a une nouvelle fois donné sa bénédiction. Pour moi, c’est un honneur extraordinaire de me retrouver dans le bastion de SAJ — ma circonscription désormais — que suis fière de représenter. Il ne faut pas oublier que je suis une enfant de Plaine-des-Papayes, du No 7. Je suis née, j’ai grandi ici, après mes études en Angleterre, je suis retournée vivre ici.

Vous prenez la succession de votre père qui, contrairement aux autres, s’est retiré avant votre entrée en fonction. On l’a vu pleurer lors des résultats…
— L’émotion était grande. Ni moi, ni mon père, ou ma famille ne nous attendions à ce que je sois candidate. J’ai reçu mon ticket un mardi après-midi, et j’ai dû démissionner de mon poste d’Assistant Permanent Secretary au ministère de la Santé le lendemain. Tout le monde était content. Mon père était content et me disait qu’il avait fait la même chose en 1976. Il était Assistant Permanent Secretary et avait lui aussi dû démissionner. La différence c’est qu’en 1976, il n’avait pas été élu, mais moi, en 2019, pour ma première fois, j’ai été élue. En 1976, les choses étaient différentes. Lorsqu’on n’était pas élu, on n’avait pas de travail facilement. On prenait alors notre appareil sur le dos et nou ale arroz carro margoz. On l’a fait avec papa. C’est pourquoi quand j’ai accepté d’être candidate, en tant que père, il était très soucieux… Surtout qu’il connaît ma situation. Cela ne faisait pas longtemps que j’étais cadre, je mettais mon avenir en jeu… Finalement la décision a été prise : servir le peuple. Mon père m’a dit : « Kan Bon Dieu mett enn zafer lor to semin, nou pa litt are li. » Et c’est la bonne décision que nous avons prise.

Que pensez-vous de votre leader et Premier ministre ? Le connaissez-vous personnellement ?
— Je ne connais pas Pravind Jugnauth personnellement. Je le connais à travers la fonction publique où je travaillais. Nous avions des contacts professionnels, mais peut-être pas directement. C’est le mentor que je connais personnellement, car mo enn soldat SAJ. Gras à l’opportunité ki Pravind inn offert moi, monn vinn enn zeneral dans so l’armée.

Vous n’êtes pas aussi médiatisée que d’autres enfants d’un politicien. Quel est votre parcours ?
— J’étais élève au QEC, National Award Holder en Hindi et GP. J’ai fait mes études supérieures à l’université de Brighton, en Angleterre, où j’ai rencontré mon mari Nikil Shah. J’ai un double diplôme en Pharmacie et en Biomedical Science. J’ai eu une riche carrière. J’ai travaillé comme chimiste dans une grande industrie pétrolière. J’ai passé un bon bout de temps sur les plates-formes pétrolières. J’ai aussi travaillé au National Health Service. J’ai vécu 11 ans en Angleterre et quand je me suis mariée, nous sommes revenus à Maurice parce que nous voulions que nos enfants grandissent dans le même environnement et les mêmes valeurs que mon mari et moi avons eus. Et le choix entre le Kenya et Maurice a été simple. On a préféré Maurice. Mon mari a été chanceux et a pris de l’emploi presque immédiatement dans une firme privée ici. Malheureusement, moi, malgré mes diplômes, j’étais chômeuse pendant quatre ans. C’était très dure. Monn deza trouv enn dimounn mett mo CV à la poubelle en disant : tifi Prem sa… Cela n’a pas été un parcours facile. Mon père a été élu en 2014 et moi je suis entrée dans la fonction publique en 2017. C’est pour cela que je ne suis pas médiatisée. Les gens auraient pu dire : Prem so tifi inn gagn travay par influence… J’ai attendu mon tour at the right moment. Il n’y a pas eu aucune intervention.

Quelles idées ou idéaux défendez-vous ?
— Je suis un bébé de l’Independent Forward Block (IFB), j’ai grandi comme une enfant militante. Je n’ai pas honte de le dire. J’en suis même très fière : monn colle l’affis pour le MMM, car mon papa a été militant pendant 18 ans à côté de Paul Bérenger. Mais après les changements sur la scène politique, il a quitté le MMM et depuis il a rejoint SAJ et désormais Pravind, sa loyauté n’a pas fléchi. Et moi aussi c’est la même chose. It goes without saying combien je suis fidèle au parti et à sa philosophie.

Vous faites partie de cette vague de femmes qui va entrer au Parlement pour la première fois. Comment appréhendez-vous cela ?
L’appréhension est là, mais je suis tout de même très confiante, car je suis bien encadrée. Pour commencer par mon père, mon leader, le Mentor, Ravi Yeerigadoo… Je suis confiante d’avoir tous les conseils et soutiens nécessaires pour avancer.

Y a-t-il suffisamment de femmes représentées au Parlement, selon vous ?
— C’est un très bon commencement déjà. We can only get better. The only way is up.

Comment comptez-vous concilier votre rôle de députée et de mère, surtout avec un bébé d’un an ? Votre mari est-il aussi dans la politique ?
— Mon mari n’est pas impliqué du tout dans la politique, mais il me soutient à 200 %. Il a été un support system extraordinaire. Il a été, durant toute la campagne, ma colonne vertébrale. C’est vrai que c’est assez prenant de faire de la politique. J’ai trois enfants, Adishi, Aditi et Rav de 5 ans et demi, 2 ans et demi et 1 an. Comment je compte concilier vie politique et vie familiale ? Je suis une femme et nous, les femmes, nou conn fer beaucoup zafer. Nou multitask. Comme on dit : If you want something said, ask a man. If you want something done, ask a woman…