Il est peu d’exemples d’une symbiose entre une poésie, une création, un répertoire et des gestes. Est-il possible que la danse se déroule sur ce fil entre l’être extérieur et sa représentation extérieure? Il semblerait que le dialogue entre le corps et la musique permette l’écriture de ce travail. Kandha Anubhudi, un ballet initié par Adi Sankara Peruman, enseignant de musique carnatique au School of Performing Arts de l’Institut Mahatma Gandhi, a été présenté, après six mois de travail dans différentes régions de Maurice : Beau-Plan, Mount, Pailles, Chebel, Rivière des Anguilles, Port-Louis. Pour la première fois, des chorégraphes et musiciens mauriciens ont permis au Bharatanâtyam de s’exprimer de mille et une manières. Le ballet (une production du MGI et du Mauritius Tamil Cultural Centre) a d’abord été présenté dans des temples, alliant les traditions à un style moderne, engagé et spirituelle. Danser n’est pas seulement l’aboutissement des cours dispensés au MGI et une activité. C’est aussi, pour les chorégraphes et danseurs concernés, une recherche intérieure, un moyen de trouver une certaine vérité. Les danseurs (Satyavani Baloonuck, Vreendabye Naojee Cahannac, Jay Kumaren Iyasamy, Revadhy Murugesan et Senthil Arnachellum) ont offert au public mauricien un beau spectacle avec une maîtrise de l’art du Bharatanâtyam. Vingt-sept minutes d’enchantement servi par un beau texte : Kandha Anubhudi, un long poème de 51 versets, riche en symbolisme pour célébrer la quête de Dieu. Ces versets sublimes de Arunagirinathar ont servi de base pour un dialogue entre le corps et la musique. Le ballet Kandha Anubhadi, sans fausses notes du début à la fin, fait place à la diversité à travers une mise en scène mêlant danse, gestes des mains appuyés à l’expression faciale. Satyavani Baloonuck et Ramdevi Chetty sont les chorégraphes de ce ballet. Cette dernière souligne l’importance de l’expression faciale dans ce ballet thématique (naissance, vie, mort). Il lui a paru important de synchroniser les paroles, les pas et l’expression du visage. Elle souligne aussi que ce n’est pas un projet élaboré à partir d’un disque mais d’un texte spirituel. C’est une production locale qui sera présentée à la Réunion et aux Seychelles (des négociations sont en cours). Le ballet est accompagné de chansons sur des airs carnatiques. Les instruments battent le rythme et marquent le pas. Les chants sont interprétés par Deven Ayacouty et Adi Sankara Peruman. La liste des musiciens est longue. 
Adi Sankara Peruman, initiateur de ce ballet, nous dit que seuls dix versets du poème de Arunagirinathar ont été retenus pour créer une danse thématique. Les objectifs de ce ballet sont, entre autres, promouvoir la musique et la danse du Sud de l’Inde, dialoguer avec la communauté et mettre en valeur la création artistique et les travaux de recherches de la School of Performing Arts du MGI.
Le ballet Kandha Anubhadi est un projet artistique majeur qui a obtenu tout le soutien de la direction du MGI. Il réunit des artistes qui travaillent depuis des années et qui partagent l’envie d’établir un dialogue à travers la création pour engendrer un impact social.
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Comme son étymologie l’indique, il s’agit de la danse (Natya, en sanscrit) de l’ancien royaume de l’Inde (Bharata). A l’époque, cet art n’était interprété que dans les temples par des danseuses qui dédiaient toute leur vie à la danse et aux divinités qu’elles honoraient.
Présenté aujourd’hui dans des théâtres, le Bharata Natyam, sans perdre de son caractère dévotionnel, a pris la forme très structurée d’un récital pour danseurs accompagnés d’un chanteur et de quelques musiciens virtuoses : percussionniste, violoniste, flûtiste… Sur scène, le dialogue entre musique et mouvements est savamment orchestré. Chaque mouvement se déploie avec une grâce extrême en épousant les rythmes véloces des instruments. La complicité qui unit les artistes leur permet d’atteindre des sommets de raffinement et d’harmonie.