On ne peut parler de banjo « guitare » sans se référer à ce vertueux musicien qu’est Karl Brasse et qui vient de fêter ses 75 ans. Le banjo et la guitare sont indissociables du destin de ce musicien mauricien, toujours libre de ses mouvements, grand modeste à la maturité éclatante. La carrière longue de Karl Brasse, célèbre guitariste surtout dans le secteur hôtelier de 1963 à 1988, a été saluée par ses parents et amis le 29 avril 2005 au Domaine Izi à Bambous. Une carrière aussi couronnée par un « Certificate of Achievement » délivrée par l`Association of Tourism Professional (ATP) avec le soutien de Alan Marimootoo (vice-président de l’ATP) qui a sans doute le mieux apprecié Karl Brasse. Un événement tout en émotions et qui ouvre les portes d’un univers à la fois reconnu et méconnu de certains lecteurs.
Sans forfaiture et sans forcer dans l’éloge, Karl Brasse reste, à ce jour, le plus talentueux joueur de banjo et guitare, au vu de ses mélodies fouillées, ses répliques originales et son sens de l’improvisation. Sobre, mais généreux en interview, il a accepté de tourner avec nous quelques pages de sa carrière musicale. Natif de Grand-Gaube, Karl Brasse vient d’une famille de cinq enfants. Il se souvient comment il a appris à jouer du banjo seul, ensuite de la guitare avec le soutien de sa mère Odette qui avait l’oreille musicale et de sa grande soeur qui lui apprenait les chansons de Tino Rossi, Luis Mariano. Nous sommes en 1955, Karl a 7 ans. Et comme derrière chaque enfance, il y a un conte, notre musicien nous livre cette petite histoire de fabrication d`instruments de musique avec des boîtes de conserves et de bouts de fils de fer. Voilà son souvenir musical le plus lointain. Il apprend très jeune à jouer du banjo, cet instrument dont le parent lointain est le banjar (XVIIe siècle), utilisé par les esclaves africains déportés aux Etats-Unis et travaillant dans les champs de coton. Le principe en est assez simple : une peau animale tendue sur une calebasse.
Le premier contact sérieux de Karl avec un instrument survient à 15 ans lorsqu`il hérite de la guitare de son frère. Musicien de variété, Karl joue d`abord du banjo dans les anniversaires et les dîners, ensuite il se met à la guitare d’accompagnement. Sa technique : il joue avec son pouce sur les grosses cordes. « J`ai joué de la guitare à 18 ans au Jardin de la Compagnie, à la demande des frères Damoo, en accompagnant les gens qui se présentaient à des auditions… » Il travaille pendant un an en tant que typographe avant de se vouer complètement à la musique. Karl Brasse fait ses débuts dans un orchestre en 1958 avec le Typhoon Band à Cabane Bambous, dans le quartier chinois de Port-Louis. Dans les années 1960, il accompagne au Golden Night Club Sylvaine Ramene, Alain Permal, Yvan Emile, entre autres. En mars 1963, il reçoit une proposition des frères Pouzet pour jouer au Vatel, à Curepipe, au sein de l’ADC Band. Cet orchestre lui permettra de faire une tournée la Réunion avec « Boom 63 » et d’obtenir un contrat pour jouer pendant 6 semaines dans l`ancienne Rhodésie (Zimbabwe). De 1963 à 1988, il mène carrière dans le secteur hôtelier (Park Hotel, Le Chaland, Le Morne, Trou-aux-Biches, Royal Palm. Il faut aussi mentionner son jeu au banjo-guitare avec Yves Ramdeal au violon, au sein des Country Boys. Une douleur à l’épaule met une pause à sa carrière pendant deux ans. Mais il reprend la musique avec les encouragements de Gérard Cimiotti. Quand on demande à Karl Brasse quels sont les musiciens qui l’ont marqué, il parle de Ernest Wiehe, qui de retour d’Amérique jouait « The Girl from Ipanema ». Il évoque Alan Marimootoo qui vient jouer au Morne en tant que bassiste et qui évolue rapidement. Il accompagne la chanteuse Mardy Baker, en Amérique, se lance dans la pédagogie avec les frères Latimer. Karl Brasse est l`auteur des ségas « Stacato », « Séga pour deux guitares » pour ce qui est de ses créations. Il faut mentionner aussi sa première cassette audio « Karl Brasse  et sa guitare ». Aujourd’hui, il joue régulièrement dans des anniversaires et les fêtes privées et un dimanche par mois dans la chorale de l`Eglise de Roches-Brunes. Et pour faire le bilan de la guitare, il conseille aux jeunes de jouer avec leurs tripes. Il parle de son fils Patrice qui a suivi ses traces. Voilà un homme comblé par sa famille, sa passion de la guitare. Il y aura un nouveau chapitre dans sa carrière avec un voyage programmé cette année en Suisse.